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Médias - Culture

La guerre entre Christophe Nobili et l’ancienne direction du Canard resurgit aux prud’hommes

Le journaliste qui avait révélé l’existence d’un potentiel emploi fictif au sein de l’hebdo satirique accuse Nicolas Brimo et Michel Gaillard de harcèlement moral et discrimination syndicale. L’Informé a assisté à l’audience, électrique.

Christophe Nobili
Christophe Nobili ALAIN JOCARD / AFP

Entre Christophe Nobili et le Canard Enchaîné, la tension ne retombe pas. L’audience qui s’est déroulée vendredi 29 novembre au Conseil de prud’hommes de Paris l’a une nouvelle fois montré. Pour rappel, celui qui avait participé à la révélation de l’affaire Fillon en 2017 avait dévoilé en 2022 l’exis...

Toujours en poste, avec un salaire mensuel de base de 5 950 euros, Christophe Nobili a réclamé à chacun de ses deux anciens patrons quatre fois 20 000 euros de dommages et intérêts pour harcèlement moral, discrimination syndicale, violation de la liberté d’expression et pour l’atteinte de son droit à l’image, ainsi que 16 000 euros pour contrefaçon. Soit un total de 192 000 euros. Intervenants volontaires à ses côtés, le Syndicat national des journalistes (SNJ) et le SNJ-CGT réclamaient également à chacun des anciens dirigeants du Canard 20 000 euros, soit 80 000 euros au total, pour des « agissements qui portent atteinte à la profession de journaliste ». Dans la salle, une poignée de journalistes du Canard étaient venu soutenir leur confrère, mais ni Nicolas Brimo, ni Michel Gaillard n’étaient présents.

Conseil de Christophe Nobili, maître Ktorza a rappelé le contexte. « C’est le « fonctionnement totalement obscur, même pour les salariés qui sont propriétaires du journal » qui est à l’origine de cette crise qui a commencé en 2021 quand le journaliste a exigé des éclaircissements sur la propriété du titre et sur l’utilisation des fonds. Cerise sur le gâteau, il a également voulu que des élections professionnelles aient lieu, dans un journal qui n’en avait jamais organisées. Selon un PV de police, son confrère Hervé Liffran le prévient alors : « une section syndicale ? hé ben, je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée. Tu vas braquer Michel [Gaillard] et Nicolas [Brimo]. » A la page 171 du livre publié par Christophe Nobili en 2023, celui-ci relate : « Alors que nous fêtions ce triomphe [élections au CSE] au champagne, au premier étage, Gaillard, ivre de rage m’a agrippé : « ça y est tu vas prendre le pouvoir ? »

Les relations entre Nobili et sa hiérarchie vont encore plus se dégrader lorsqu’il révèle que la femme du dessinateur André Escaro - parti en retraite - aurait été payée pendant des années à sa place. « À partir de ce moment, tout va changer, relate Me Ktorza. On va le harceler, lui pourrir la vie pour le contraindre à démissionner. » Me Ktorza justifie la qualification de harcèlement moral par la violence verbale dont se dit victime son client, traité de « balance des flics » et ostracisé. L’avocate a aussi cité un passage de l’audition de Michel Gaillard par la Brigade financière : « La vérité c’est qu’en novembre 2021, j’ai pensé (...) qu’il fallait nommer Nobili rédacteur en chef adjoint, pour rajeunir les cadres, mais aussi pour le remettre au boulot parce que je trouvais qu’il était en roue libre. Mais, c’est là qu’on a appris qu’il montait une section syndicale pour nous « rentrer dans le chou et il y a eu une perte de confiance. » Selon elle, le Canard, qui avait mis en cause le journaliste dans ses colonnes, lui a refusé toute réponse. Et que Brimo et Gaillard ont porté atteinte à son image. « On essaie de le réduire à néant et de le salir auprès du lectorat » poursuit Me Ktoza.

À son tour, Christophe Nobili a pris la parole pour relater « un véritable enfer depuis deux ans et demi » dans un journal qui « donne des leçons à nos lecteurs ». Sa mise à l’écart, les intimidations et le titre dee Libération sur sa convocation à un entretien pour licenciement le dimanche 2 avril 2023. Selon le plumitif, la fuite vient de Nicolas Brimo et Michel Gaillard-. « Aucun mail ne peut être envoyé sans leur accord », assure-t-il. « Si tu parles, on t’attaquera », relate-t-il. « On ironise même sur ma santé. » Et de raconter aussi son retour au journal après la réintégration par l’inspecteur du travail. « Jean-Luc Porquet m’attend et devant 25 personnes balance “c’est le retour du traitre”. C’est un procès stalinien qui s’installe. » Pour certains, « c’est un homme d’argent ». D’autres plumes du Palmipède lui font savoir : « on ne peut plus te sentir ».

Conseil des deux anciens dirigeants, Maître Assous décrit une autre histoire. « S’est-on vengé ? Non. Avez-vous déposé des plaintes ? Non. Même pas une petite main courante entre 12h et 13h ? » Il détaille ce qu’il définit comme une volonté de nuire de Christophe Nobili qui, avec ceux qui le soutiennent, « se constituent des preuves à eux-mêmes », notamment avec l’ouvrage du journaliste. « On a droit de ne pas aimer les syndicats, assène l’avocat. Vous rendez-vous compte du dégât atomique de cette affaire ? Il a voulu détruire le mythique outil créé par le Canard. » Pour Assous, Christophe Nobili « se venge sur ceux qu’il estime responsable de sa non-promotion », car « on a décidé de ne pas le nommer rédacteur en chef adjoint ». La décision du Conseil sera rendue d’ici quelques semaines.