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Médias - Culture

Flambe, dettes, Tracfin… les gros soucis d’argent de Pierre Lescure. Épisode 1

Le présentateur de Beau geste sur France 2 n’a pas touché le fruit de la vente de la start-up Molotov. Il a été rattrapé par son passé : ses dettes contractées, notamment auprès de Stéphane Courbit. Premier épisode d’une série de trois sur les problèmes d’argent du cofondateur de Canal+.

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JOEL SAGET / AFP

À bientôt 78 ans, Pierre Lescure fait un retour gagnant. France 2 vient de renouveler pour une seconde saison Beau geste, l’émission sur le cinéma dans laquelle il interviewe les stars en promotion dans des lieux originaux, loin des plateaux TV. Le journaliste y montre ainsi l’étendue de ses talents - créatif, cultivé, sympathique - qui lui permettent de faire l’unanimité dans la profession. Derrière la bonhomie du personnage, le cofondateur de Canal+ cache un gros défaut. C’est un panier percé. Un trait de sa personnalité à la source de maintes mésaventures, admet-il lui-même dans le portrait que lui a consacré Maxime Switek diffusé fin 2020 sur France 5. Il y explique s’être endetté « toujours pour la bonne cause ». Avant tout pour assouvir son péché mignon de collectionneur d’objets américains des années 1930 à 1960 : tableaux, photos, affiches, mais aussi breloques de la vie quotidienne comme des postes de radio… « Je ne pouvais pas résister, je n’ai pas été sérieux », avoue-t-il dans le même documentaire. Son ancienne compagne Katherine Pancol y ajoute : « il n’a aucune notion de l’argent. C’est le type le plus généreux du monde. Je l’ai vu faire des chèques énormes pour payer les impôts des autres. Et quand il n’a pas d’argent, il va voir les autres » .

À force d’inconséquence et de légèreté, l’auteur du livre - judicieusement nommé - In the baba s’est retrouvé dans des situations rocambolesques, que l’Informé va vous dévoiler dans une série de trois articles. La première de ces mésaventures concerne Molotov, une start-up destinée à bousculer la télévision.

Le 2 novembre 2015, dans un discret appartement du 8e arrondissement de Paris, Pierre Lescure reçoit en catimini quelques journalistes pour leur présenter un projet alors top secret. Dans quelques semaines, il s’apprête à dévoiler publiquement Molotov. Dans ce service réside l’avenir de la télévision selon lui, grâce à l’accès en un clic à toutes les chaînes en direct et à tous les programmes en différé dans une seule et même application. « J’ai vu [le fondateur] Jean-David Blanc en 2013, et il m’a montré son projet. J’ai été tout de suite emballé ! », explique-t-il alors, excité comme un adolescent.

L’affaire peut aussi s’avérer juteuse. Caution morale et parrain médiatique, Pierre Lescure accepte d’être président - rémunéré - de la société. Comme cofondateur, il hérite d’actions pour une bouchée de pain : 5 % du capital pour seulement 8 650 euros. Il souscrit aussi à 6055 BSPCE (équivalent de stock-options) pour 79 744 euros. Bonne pioche. L’appli, rapidement téléchargée 17 millions de fois, est un succès commercial. Des offres de rachats affluent bientôt. À l’automne 2018, Orange propose 50 millions d’euros, puis France Télévisions 40 millions, mais Jean-David Blanc décline ces propositions pourtant alléchantes. En janvier 2019, un accord de rachat par Altice/SFR pour 40 millions d’euros (dont 10 millions en cash) est annoncé, avant de capoter.

La start-up, lourdement déficitaire, doit donc être renflouée par son principal investisseur, le fonds IDinvest. L’opération dilue la participation de tous les autres actionnaires, dont Pierre Lescure, qui ne conserve que 0,2 %. Finalement, Molotov est enfin cédée fin 2021 à l’américain Fubo TV pour 102 millions d’euros (14,4 millions d’euros en cash, le reste en actions). Une belle somme sur laquelle le chroniqueur de C à vous sur France 5 pouvait espérer toucher près de 300 000 euros, mais dont il ne verra quasiment pas la couleur, selon nos informations.

Car la justice avait déjà saisi ses parts dans Molotov en garantie de deux dettes. La première concerne Stéphane Courbit. Les deux hommes sont de vieilles connaissances : en 2005, le futur producteur de Nagui et de Cyril Hanouna lui avait confié une mission de réflexion sur les programmes TNT. Parallèlement, entre 2005 et 2010, il lui avait prêté 710 000 euros. L’ancien boss de Canal devait rembourser cette somme en janvier 2018. Ne voyant rien venir, le patron du groupe Banijay a envoyé des lettres de relance et des mises en demeure, en vain. Il a alors saisi la justice pour un paiement immédiat, ou à défaut pour forcer la vente des titres Molotov de Pierre Lescure.

En mai 2018, le tribunal de grande instance avait accordé au journaliste un délai jusqu’à l’automne 2019. Finalement, le cofondateur de Canal+ s’est acquitté de l’essentiel de sa dette. Lors du rachat par Fubo, il ne lui restait plus à payer que 40 879 euros, qui ont été directement versés à Stéphane Courbit.

La seconde dette concerne un dirigeant de Webedia, Grégory Bywalski, et sa femme Malgorzata, mannequin, qui cherchaient, eux aussi, à se faire rembourser. En 2019, ils devaient vendre à Pierre Lescure un appartement à Neuilly-sur-Seine pour 4,2 millions d’euros. Mais ce dernier a visiblement vu trop grand et n’a pas réussi à recueillir les fonds nécessaires. Finalement, l’opération ne s’est pas faite. Or, le créateur de l’émission les Enfants du rock avait signé une promesse de vente incluant le versement d’un acompte de 390 000 euros, perdu en cas de non-réalisation de l’affaire. N’étant pas payé, Gregg Bywalski a fini par saisir le tribunal judiciaire de Paris. Face aux juges, la star télévisuelle a fait « valoir qu’il a des difficultés financières importantes, notamment une dette fiscale qui l‘a empêché de respecter ses engagements », et a sollicité un délai pour rééchelonner les remboursements. Là encore, les actions Molotov ont été saisies.

Au total, lors de la cession de la start-up fin 2021, 225 960 euros sont allés directement dans la poche des créanciers de Pierre Lescure, soit la quasi-totalité de l’argent récolté. Un troisième créancier est même venu se servir peu avant la vente : le fisc, qui a fait saisir les comptes de Molotov pour prélever 10 4 862 euros sur son salaire.

Une autre start-up, Nam.r, a permis à Lescure de se refaire la cerise. En 2018, il avait investi une somme estimée à 34 124 euros dans ce spécialiste de la data intelligence dans l’immobilier. En 2021, il a revendu la moitié de ses actions peu après l’introduction en Bourse, récupérant 870 162 euros.

Notre investisseur ne pourra en revanche pas compter sur Audionamix pour régler ses dettes. En 2009, il était rentré au conseil d’administration de cette start-up spécialisée dans le traitement du son. Mais en 2018 son mandat n’a pas été renouvelé « en raison de ses absences répétées au conseil d’administration », selon les documents obtenus par l’Informé. La société a finalement été liquidée en 2022.

Contacté à plusieurs reprises, Pierre Lescure n’a pas voulu nous répondre, ni par écrit, ni par oral. Pour sa part, la porte-parole de Stéphane Courbit n’a pas souhaité faire de commentaires. Enfin, l’avocat de Gregg Bywalski n’a pas répondu.

Jusqu’à 30 000 euros de dettes auprès… des taxis G7

La note était salée et n’avait pas été réglée. Les Taxis G7 ont été contraints de saisir la justice en 2015 pour se faire payer les multiples courses impayées de l’ancien dirigeant de Canal +. Celui-ci avait souscrit un abonnement Club affaires, mais avait accumulé près de 30.000 euros de dettes. En 2014, il s’était pourtant engagé à la solder avant la fin de l’année. Ne voyant rien venir, les taxis G7 ont porté l’affaire en justice afin de réclamer les arriérés, plus 6 000 euros de pénalités. Pierre Lescure a contesté le paiement de cette pénalité. En vain. 
Ironie de cette histoire : les Taxis G7 appartiennent depuis 1960 à la famille d’André Rousselet. Ce dernier a fondé Canal+ en 1984, et proposé à Pierre Lescure de prendre la direction des programmes. Tirant déjà le diable par la queue, le journaliste avait alors demandé un “golden hello” de 200.000 francs pour combler son découvert à la banque… Après le départ d’André Rousselet en 1994, son protégé est devenu le patron de de la chaîne cryptée, tout en restant fidèle à la compagnie de taxis de son mentor. Une fidélité qui s’est donc terminée par un divorce devant la justice.