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Continuer la lectureDerrière le lancement de Frontières, la guerre secrète des associés de Livre Noir
Alors que le média proche de l’extrême droite se relance avec un nouveau nom et des équipes étoffées, ses fondateurs se livrent un combat sans merci en coulisses sur la propriété de la marque.
Un nouveau nom pour de nouvelles ambitions ? Oublié Livre Noir, le média en ligne proche de l’extrême droite s’appelle désormais Frontières. « Un tournant radical » pour inscrire le titre « dans son ère », explique sur le site Erik Tegnér, président de la société éditrice Artefakt. Grâce à davantage de moyens financiers, le portail propose depuis quelques jours des enquêtes de terrain sur l’islamisme, l’immigration, l’extrême gauche… Avec un objectif : devenir « le Mediapart de droite ». Doté d’une équipe renforcée de 12 à 24 journalistes, d’un pôle investigation et de spécialistes de l’analyse de données ainsi que d’une matinale en direct, le média vise 10 000 abonnés payants d’ici à la fin de l’année (9,99 par mois ou 99,99 euros par an) et 50 000 d’ici à 2027, année de l’élection présidentielle. « On a évolué, on s’est professionnalisé… Je ne renie rien du passé mais Frontières vise à être plus généraliste et plus institutionnel », résume l’éditeur à l’Informé.
Voilà pour la version officielle. Mais il se pourrait que ce grand remplacement cache aussi - ou surtout - de prosaïques bisbilles entre associés. Selon nos informations, rien ne va plus entre Erik Tegnér et les partenaires avce lesquels il a créé Livre noir en 2021, Swann Polydor et François-Louis De Voyer D’Argenson : ces derniers le poursuivent actuellement devant les tribunaux pour récupérer la marque Livre Noir et le destituer de ses fonctions de président de la société éponyme. « M. Tegnér peut avancer toutes les raisons qu’il veut pour expliquer le changement de nom, souffle l’avocat de Polydor et de De Voyer D’Argenson. En réalité, la procédure initiée par mes clients fait peser un grand risque sur lui. Il cherche sans doute à limiter les dégâts en renommant le média Frontières. » Si le mis en cause reconnait l’existence d’un conflit, il refuse de le commenter davantage.
Il y a trois ans, tout avait pourtant très bien commencé entre ces trois-là. En 2021, Erik Tegnér est déjà lié à Swann Polydor dans une agence de communication politique, Morphea Partners, comme l’a révélé Mediapart. Le duo s’allie peu de temps après avec François-Louis De Voyer D’Argenson, président du Cercle Audace, un lieu de réflexion créé en 2014 par le Front National. Le trio donne alors naissance à Livre Noir, un site Internet d’informations visant à réaliser l’union des droites et Erik Tegnér en dépose la marque auprès de l’Institut National de la Propriété Industrielle quelques mois plus tard. Mais en 2023, les relations se tendent lorsque Swann Polydor et François-Louis De Voyer D’Argenson découvrent que leur associé a discrètement créé, sans eux, une nouvelle société batpisée Livre Noir Magazine. Cet éditeur publie un trimestriel papier vendu 14,90 euros qui revendique aujourd’hui 5000 abonnés et dont la dernière Une présente Donald Trump : « l’homme à abattre ».
Les deux partenaires estiment que Tegnèr a pris des décisions dans l’intérêt de Livre Noir Magazine, contre celui de leur société Livre Noir et de son site Internet. Ils décident alors de l’attaquer en justice afin de récupérer la marque et de le révoquer de son poste de président. Après l’échec d’une conciliation, le duo saisit le tribunal de commerce de Paris en référé en 2024 et demande la nomination d’un expert. Ce dernier aurait pour mission de déterminer « l’existence et les conséquences financières d’opérations réalisées à l’encontre de l’intérêt social de la société (...) et dans l’intérêt du président Monsieur Tegnér et des sociétés concurrentes ». Il devrait aussi « auditer les comptes et les finances de Livre Noir afin de « déterminer si les postes de dépenses “ honoraires divers” et “déplacements missions et réceptions” sont justifiés ». Enfin, il devrait déterminer si la société est en cessation de paiements et expliquer les raisons du « blocage des comptes bancaires » par Tegnér.
Finalement, le juge a estimé que la procédure d’urgence ne pouvait s’appliquer en pareil cas. L’affaire continue donc au fond cette fois. Elle pourrait faire une bien mauvaise publicité pour Frontières auprès de sa forte communauté sur les réseaux sociaux. Dans le détail, il compte plus de 156 480 abonnés sur X.com, 104 000 sur Instagram ou encore 393 000 abonnés à sa chaîne YouTube sur laquelle on trouve de longues interviews de personnalités souvent proches de l’extrême droite comme Laurent Obertone ou des élus du RN (Julien Odoul, Philippe Ballard, Caroline Parmentier, Jordan Bardella…) mais aussi de LR ou Reconquête (François-Xavier Bellamy, Sarah Knafo…). Sur tous ces comptes, l’internaute peut y trouver cette mention : ex-Livre Noir.