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Médias - Culture

Babar contre les Babolex : les nouveaux ennuis judiciaires de l’artiste Vincent Faudemer

Créateur controversé, Vincent Faudemer s’est fait connaître par ses statues inspirées du célèbre pachyderme de Jean de Brunhoff. Les ayants droit veulent y mettre le holà.

Capture d’écran de la boutique en ligne de Vincent Faudemer
Capture d’écran de la boutique en ligne de Vincent Faudemer L’Informé

Sur ses derniers posts Instagram, datés de fin 2024, Vincent Faudemer présente fièrement la statue géante d’un éléphant trônant dans le hall du Plaza Doha, un hôtel de luxe au Qatar. Mi-dorée, mi-chromée, c’est une nouvelle déclinaison de Babolex, le personnage créé par l’artiste en 2018. Le Normand ...

Jusqu’à quand ? Alors que Vincent Faudemer a déjà eu maille à partir avec la justice, une nouvelle procédure menace désormais le cœur de son activité, à savoir son utilisation du personnage de Babar. Selon nos informations, les ayants droit de l’éléphant vert poursuivent l’artiste devant le tribunal des activités économiques de Paris (ex-tribunal de commerce) : ils veulent lui interdire « la fabrication, la promotion, l’exposition et la commercialisation de personnages reprenant l’univers de Babar ». À l’origine de la procédure, la société canadienne Nelvana qui produit et distribue les dessins animés Babar et gère les droits pour les produits dérivés.

Juridiquement, l’affaire n’a rien d’une évidence. Car en France, le personnage de Babar est tombé dans le domaine public en 2008. C’est la règle 70 ans après le décès d’un créateur. Le « père » de Babar, Jean de Brunhoff, étant décédé en 1937, les poursuites pour contrefaçon ne sont pas possibles. Nelvana a donc trouvé un autre angle d’attaque : la concurrence déloyale et le parasitisme.

Il faut dire que la société, spécialiste des licences de personnages pour enfants, s’est cassé les dents sur un projet commercial pour le 90e anniversaire de Babar en 2021. Elle envisageait de faire réaliser des statues de Babar. Mais le prestataire approché par Nelvana s’est désisté en raison de l’existence des Babolex de Vincent Faudemer. Outre l’interdiction des Babolex, l’entreprise canadienne réclame aujourd’hui à l’artiste un total de plus de 1,5 million d’euros en réparation. La somme a beau être coquette, elle est provisoire : Nelvana entend aussi accéder à sa comptabilité pour achever de chiffrer ses préjudices.

Au printemps, le tribunal des activités économiques s’est déclaré compétent pour traiter l’affaire. Les échanges pour l’examen au fond vont pouvoir commencer. Contacté, l’avocat de la société Nelvana n’a pas souhaité commenter le dossier. Vincent Faudemer et son avocate n’ont pas répondu à nos sollicitations.

Au-delà de Nelvana, de nombreux particuliers s’en prennent aussi au créateur des Babolex. Statues de piètre qualité, livraisons non honorées, promesses de gains liées à des jeux non tenues… Certains disent avoir perdu plusieurs milliers d’euros. Fédérées par le Collectif d’aide aux victimes des influenceurs (AVI), cinq victimes ont déposé plainte pour escroquerie, abus de confiance et pratiques commerciales trompeuses il y a un an. Et les dossiers s’accumulent : « Au total, nous avons réuni plus de 350 témoignages de victimes pour un préjudice total dépassant 1,1 million d’euros », précise Jean-Baptiste Boisseau, membre du collectif AVI et cofondateur du site Signal Arnaques.

Rien de bien nouveau pour Vincent Faudemer, abonné aux prétoires. Avant de se proclamer artiste, il s’était essayé au commerce en ligne. Mais les dérives de son affaire de vente de quads et minimotos lui avaient valu une interdiction de gestion d’entreprise pour dix ans en 2017. Rebelote en juin 2024 : il avait écopé d’une nouvelle interdiction dans une affaire de fraude fiscale, comme le rapporte France 3 à l’époque.

Bordeaux, Dublin, Dubaï : sur la trace de l’argent des Babolex
La vente des objets de Vincent Faudemer emprunte des chemins tortueux. Aujourd’hui, le site Vincentfaudemer.com, qui permet les commandes, indique une adresse postale à Bordeaux, correspondant à une société de domiciliation. Mais l’achat est facturé par une société irlandaise, STT Computing limited. Un nom curieusement introuvable sur le site : il ne figure que sur la facture, émise après achat. Créée en 2023, STT Computing limited est gérée par un proche de Vincent Faudemer. Selon les éléments déclarés au registre du commerce irlandais, elle est administrée depuis des bureaux à Dubaï.