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Il rénove l’Élysée et la Maison-Blanche… Ateliers de France fait craquer Bpifrance

L’expert des chantiers prestigieux devrait repasser sous le contrôle de son patron grâce à Bpifrance et un milliardaire new-yorkais.

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MUSTAFA YALCIN / Anadolu Agency via AFP

Voilà un attelage pour le moins improbable : Bpifrance associée au milliardaire américain Israël « Izzy » Englander. Et pourtant… Selon nos informations, la banque publique est entrée en négociations très avancées pour obtenir une grosse participation minoritaire au capital d’Ateliers de France. Et le patron fondateur du hedge fund Millenium devrait prendre une petite position à ses côtés. Embarqué dans cette affaire par la BPI, le magnat new-yorkais de la finance a pu se laisser séduire par la longue liste de clients prestigieux de la société : vitrine du savoir-faire tricolore en restauration de monuments et de bâtiments d’exception, Ateliers de France travaille aussi bien pour d’importants donneurs d’ordre publics que des grandes fortunes.

Avec ses 1 400 compagnons (tailleurs de pierre, des ébénistes, des doreurs…), le groupe redonne vie à la charpente de Notre-Dame de Paris, rénove les façades du château de Versailles ou les dorures de l’Opéra Garnier et de l’Élysée, donne un coup de jeune au bureau ovale à La Maison Blanche... Mais on fait aussi appel à lui pour restaurer ou aménager des palaces, des hôtels particuliers, des boutiques de luxe ou même des yachts. La renommée de l’entreprise dirigée par Antoine Courtois et de sa quarantaine de filiales (qui jouissent d’une certaine autonomie) lui permettra d’atteindre 500 millions de chiffre d’affaires en 2023, pour un Ebitda proche des 10 %.

Un match Bpifrance - Amundi

C’est en début d’année que la banque Lazard a été mandatée pour lui trouver un nouvel actionnaire. Trois financiers souhaitaient alors sortir - Raise, l’Idi et Tikehau - et Antoine Courtois voulait en profiter pour reprendre le contrôle du capital avec sa famille et l’équipe de direction. Sans surprise, le dossier a attiré plusieurs acheteurs potentiels. Investindustrial, la société de gestion du milliardaire italien Andrea Bonomi, a exprimé un très vif intérêt en juin, mais aucun accord ne s’est concrétisé. Idem pour le fonds britannique TowerBrook. Les débats ont fini par déboucher cet été sur un duel entre Bpifrance et un consortium formé par Amundi, Société Générale Capital Partenaires et Idia (filiale de private equity du Crédit Agricole). « Ces trois investisseurs avaient une proposition mieux-disante sur le plan financier, mais Bpifrance a eu le dernier mot avec une offre plus accommodante sur la gouvernance, commente l’un des nombreux intervenants de cette opération. Elle était prête à ne conserver que peu de droits par rapport à ce que proposait le consortium, cela a plu à Antoine Courtois, qui a poussé en sa faveur. »

De quoi faire grincer quelques dents au passage… « Il est étonnant de voir Bpifrance concurrencer frontalement des acteurs privés dans un processus de vente, s’agace un autre interlocuteur. Ce n’est pas vraiment dans l’esprit de la doctrine d’investissement qu’elle avait adoptée à ses débuts il y a dix ans, en vertu duquel il était plutôt question de co-investir aux côtés des fonds. » Certains n’hésitent d’ailleurs pas à pointer la position ambiguë de la BPI, présente à la fois côté acheteur (via son activité Mid & Large Cap, dédiée aux grosses opérations) et côté vendeur, puisqu’elle avait participé à la précédente recomposition du capital des Ateliers de France en 2017 via des équipes chargées d’investir des petits tickets.

Une dette de 220 millions d’euros

Quoi qu’il en soit, l’opération de LBO en cours de préparation devrait reposer sur une dette senior de 220 millions d’euros essentiellement apportée par des banques : CIC, BNP Paribas, Société Générale, BPCE (notamment via Banque Palatine et de la Banque Populaire Rives de Paris), La Banque Postale, des caisses régionales du Crédit Agricole… Les prêteurs se sont par ailleurs engagés à mettre un crédit supplémentaire de 40 millions d’euros à la disposition d’Ateliers de France pour financer ses futures opérations de croissance externe.

Contactés par l’Informé, Antoine Courtois, Ateliers de France et Bpifrance n’ont pas répondu.