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Continuer la lectureMaisons du Monde accuse Fabrique de Styles d’avoir plagié son concept
Très procédurière, l’enseigne d’ameublement et de décoration estime que son concurrent a copié de A à Z son concept et ses codes de communication.
Dans le milieu, il se murmure qu’à chaque inauguration d’un magasin Fabrique de Styles, un observateur un peu particulier se glisse maintenant parmi la foule des badauds : un huissier. À la différence des curieux attirés par cette nouvelle enseigne d’ameublement, l’officier ministériel ne serait pas ...
C’est peu dire que cette déferlante ne plaît pas à Maisons du Monde. Le groupe de Loire-Atlantique, coté en Bourse (1,3 milliard d’euros de chiffre d’affaires, avec 300 magasins dont les deux tiers en France) a manqué de s’étrangler en découvrant les premiers établissements de son concurrent. Prompt à traîner les entreprises devant les tribunaux dès qu’un produit ressemble d’un peu trop près aux siens (voir encadré plus bas), il considère ici que le concept même de la nouvelle chaîne et ses codes de communication sont une copie pure et simple de son propre réseau. Enseigne, code couleur, agencement des boutiques... tout y passe. Début 2020, il a demandé à Fabrique de Styles de cesser tout acte de concurrence déloyale. Faute de réaction, Maisons du Monde a assigné son concurrent pour parasitisme la même année, puis étendu la procédure en y intégrant même quatre franchisés dans le lot. Une manière de dissuader de futurs candidats.
Le ton est encore monté d’un cran l’an dernier. A l’été 2022. Maisons du Monde exige - et obtient- du tribunal l’autorisation d’envoyer un huissier dans les bureaux de Cargo, de Fabriques de Style et même chez Zagass Design, l’agence qui a élaboré le concept qui fait débat. L’officier est mandaté pour saisir téléphones et ordinateurs des dirigeants et de toutes les personnes impliquées de près ou de loin dans le dossier, avec un objectif : prouver qu’un acte volontaire de copie avait été organisé, avec des consignes données en ce sens par la maison mère. Mais l’homme fait face à un mur : la directrice juridique de Cargo lui refuse l’accès aux locaux.
Mieux, les entreprises visées contre-attaquent immédiatement et obtiennent la rétractation de l’ordonnance autorisant l’action de l’huissier. Mais l’affaire n’est encore pas finie, puisque Maisons du Monde vient de porter le dossier en cassation. Le groupe cherche désormais à obtenir la condamnation de Cargo, « au titre de l’élaboration d’un kit de copie du concept de magasin et d’éléments de communication type copiant ceux de Maisons du Monde en amont d’actes d’exploitation commis par les franchisés », et d’un « faisceau d’indices attestant une volonté délibérée de copier ». Jointes par l’Informé, les deux parties n’ont pas souhaité faire de commentaires sur ces affaires en cours.
Le développement de Maisons du Monde patine
Cette bataille survient dans un contexte assez particulier. « Les tensions sont grandissantes sur un marché de la décoration de plus en plus happé par les discounters », explique Christophe Gazel directeur général de l’IPEA (Institut de prospective et d’études de l’ameublement), grand connaisseur en la matière. Gifi, Centrakor, B & M et les spécialistes des prix bas occupent désormais ce terrain sans vergogne.
Pendant ce temps, le réseau Maisons du Monde, lui, patine. Longtemps en croissance insolente, le distributeur installé à Vertou, une commune qui borde Nantes, avait de grosses ambitions ; en 2019 il visait alors 2 milliards de chiffre d’affaires à horizon 2024, notamment en misant sur les États-Unis (ou la greffe n’a pas pris). Mais depuis des années, ses ventes évoluent peu voire stagnent autour de 1,2 à 1,3 milliard d’euros par an, alors même que les autres grands noms du secteur ont profité comme jamais du dynamisme inédit des ventes de meubles et de déco depuis le premier confinement. Sur décision du conseil d’administration, Julie Walbaum, directrice générale du groupe depuis 2018, a d’ailleurs été remplacée en début d’année, cédant son fauteuil à François-Melchior de Polignac, ancien de Carrefour.
« Si Maisons du Monde n’a pas réussi à profiter du Covid, c’est bien qu’il y a un problème, souligne un concurrent qui résume la situation, sans faire de sentiment : la bête est blessée, c’est le moment d’en profiter ». Sur un plan commercial, la fréquentation des magasins d’ameublement repose beaucoup sur la décoration - il est plus compliqué de repartir avec un canapé sous le bras qu’avec un lot d’assiettes ou de bougies - et Fabrique de Styles se pose en rival sérieux. Poussé par Cargo, il bénéficie de la puissance d’achat de Centrakor et dispose de corners de marques, parfois même propriété du groupe (Geneviève Lethu, Sitram) dans ses magasins. À date, le réseau compte 20 points de vente, et en vise 35 d’ici la fin de l’année. D’ici là, le tribunal aura peut-être tranché sur les suspicions de copie.
Maisons du Monde et la contrefaçon, une longue histoire
Le distributeur a déjà mené plusieurs combats pour contrefaçons, avec des issues variées :
2012 : Les sociétés JJA, Centrakor et Stockomani sont condamnées à verser 100 000 euros de dommages et intérêts pour atteinte aux droits et à l’image. Elles avaient reproduit, importé et vendu trois tableaux de style africain reproduisant les caractéristiques des toiles « Tombouctou » de Maisons du Monde.
2016 : L’importateur Koopman International et Centrakor sont condamnés à 25 000 euros de dommages et intérêts pour préjudice commercial. Maisons du Monde les accusait d’avoir copié le design de boîtes de rangement créé par son bureau de style.
2019 : Estimant que des tasses et bols vendus par Auchan en 2013 reproduisaient un décor commercialisé sous forme de tableau créé par son propre bureau d’études de style en 2010, Maisons du Monde a porté plainte pour parasitisme. Et a perdu, y compris en Cassation.
2021 : Maisons du Monde a été déboutée de ses demandes de condamnation de Leroy Merlin. L’enseigne reprochait au géant du bricolage d’avoir commercialisé (en 2016) des paillassons et meubles de style industriel ressemblant à des articles vendus par l’entreprise de Loire-Atlantique des années auparavant. Elle a dû payer 15 000 euros à Leroy Merlin, et 10 000 euros aux sociétés Benoit Le Tapis Brosse et Alsapan.