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Énergie - Environnement

Bercy prête l’oreille aux difficultés du parc éolien flottant Eolmed

Les opérateurs de ce projet pilote au large de Port-la-Nouvelle (Occitanie) ont besoin de 70 millions d’euros pour boucler leur budget.

 Parc éolien offshore flottant sur la côte de Viana do Castelo, dans le nord du Portugal.
Parc éolien offshore flottant sur la côte de Viana do Castelo, dans le nord du Portugal. MIGUEL RIOPA / AFP

Ce n’est pas encore un chèque en blanc mais peut-être un début de perspective pour Eolmed. En difficulté financière, la société chargée de construire un parc d’éoliennes flottantes au large de Port-la-Nouvelle mise gros sur la reprise des discussions avec le gouvernement pour sortir de la nasse. Selon nos informations, après une rencontre avec le cabinet du ministre délégué à l’industrie Roland Lescure le 13 mai, mentionnée par la Dépêche, pour évoquer son devenir, un autre point d’étape a été fixé dans une quinzaine de jours. Lauréate d’un appel à projets passé en 2016, Eolmed est censée mettre en service trois éoliennes d’une capacité de 10 mégawatts chacune, à 18 kilomètres des côtes méditerranéennes, dans une douzaine de mois. Les câbles de raccordement électriques sous-marins sont déjà posés au fond de l’eau et les éoliennes sont en cours de montage sur le port. Sauf que côté budget, le compte n’y est plus… Évalué à 212 millions d’euros au démarrage, le projet a encaissé plusieurs dizaines de millions d’euros de surcoût en huit ans, conséquence de la crise du secteur de l’énergie, de la hausse de matières premières et de la défaillance - en cours de route - du fabricant allemand de turbines Senvion. En mai 2022, le chantier dépassait les 300 millions d’euros. Il atteint désormais 375 millions.

« Il nous manque aujourd’hui environ 70 millions d’euros pour achever le projet », estime Laurent Vergnet, directeur des activités off shore de Qair, premier actionnaire d’Eolmed. La société en détient 63 %, aux côtés de Total Energies (20 %), de BW Ideol (5 %) et d’entités locales (12 %), comme la communauté d’agglomération du Grand Narbonne. Pour l’instant, rien ne filtre sur le contenu des échanges avec le gouvernement. Le rendez-vous avec Bercy a « permis de partager un état de lieux de la situation et d’évoquer des pistes pour Eolmed », confirme seulement Laurent Vergnet.

De fait, le secteur de l’éolien flottant - encore expérimental - est dans l’ensemble à la peine. Fin 2022, Shell a renoncé à construire le parc prévu au large de Belle-Ile en mer en raison de la hausse des coûts. De son côté, Eolmed agite depuis plusieurs mois le chiffon rouge et mobilise à tout-va. Après avoir sensibilisé la Commission de régulation de l’énergie (CRE), c’est auprès du Haut-commissaire au plan que l’entreprise est allée chercher des appuis. Ses arguments ont suffisamment porté pour que François Bayrou joue les intermédiaires auprès du ministre des finances Bruno Le Maire pour rappeler le potentiel de cette filière émergente. En février, la société présidée par Louis Blanchard a aussi tiré la sonnette d’alarme auprès des pouvoirs publics, via un courrier commun avec EDF et Engie évoqué dans les Echos, deux autres lauréats de parcs pilotes flottants. Les trois opérateurs y demandaient notamment une indexation du tarif d’achat de l’électricité garanti par l’Etat (240 euros le MWh) à l’inflation.

800 millions d’argent public déjà investis

Mais la piste a peu de chance d’aboutir. « Elle pourrait être considérée comme une subvention déguisée aux yeux de la Commission européenne », analyse un proche du dossier. Pour infléchir les financiers de Bercy, Eolmed pousse d’autres pistes comme la modulation des avances remboursables reçues ou l’octroi d’aides directes aux entreprises participant au chantier. « Nous avons conçu ce projet avec des partenaires français pour mettre en place une filière tricolore dans l’éolien flottant. La compagnie maritime Bourbon assure le transport et c’est ArchiMed, qui regroupe les ETI hexagonales Matières et Ponticelli Frères, qui fabriquent les flotteurs. Ce sont évidemment des choix plus onéreux que de faire produire en Chine ou en Turquie », rappelle Laurent Vergnet. En plus de l’argument du « made in France », Eolmed pointe aussi les quelque 800 millions d’euros d’argent public déjà dépensés pour faire du port de Port-la-Nouvelle un site d’assemblage des éoliennes flottantes. De quoi donner au dossier une dimension politique qui n’a pas échappé aux candidats aux Européennes : l’eurodéputé Christophe Clergeau en cinquième position de la liste PS-Place publique, devrait ainsi se rendre sur place aux alentours du 23 mai …