Finance - Conseil

Didier Quillot veut déloger JCDecaux et Publicis de la pub du métro parisien

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L’ancien patron d’Orange brigue le marché de la régie publicitaire du métro de la RATP face au sortant Metrobus. Mais la procédure est percutée par un vieux contentieux avec l’Autorité de la concurrence.

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DIMITAR DILKOFF / AFP

Elle règne sur les couloirs du métro parisien depuis 77 ans. Régie historique de la RATP, Metrobus loue aux annonceurs les espaces dans les stations et sur les flancs des autobus et y déploie leurs campagnes depuis 1949. Un marché stratégique que cette filiale de Publicis (67 % du capital) et du lead...

Cityz Media est issue de la reprise en 2023 de l’ancien Clear Channel France par Didier Quillot - ancien patron d’Orange, de Lagardère active et la LFP - et le spécialiste du retournement d’entreprise Equinox Industries. La société n’en est pas à sa première tentative de déloger Metrobus. Elle a déjà grignoté une partie de ses positions historiques en octobre 2025, en gagnant l’exploitation exclusive des bus de la RATP, le plus gros marché de bus en France avec 192 lignes et 3 500 véhicules représentant au total 13 800 emplacements publicitaires. Pour l’instant, la RATP s’estime « plutôt satisfaite » des premiers mois d’exploitation, selon une source interne.

Très « déterminé », voire « agressif » et usant « de méthodes de cow-boy » selon certains acteurs, Cityz Media va tenter de renouveler l’exploit avec le métro parisien. Ce marché est encore plus lucratif que celui des bus : il est évalué, selon la RATP, à 1,8 milliard d’euros sur douze ans. « Didier Quillot n’hésite pas à mettre tous les moyens sur la table pour obtenir ces marchés parisiens, qui font office de vitrine pour les métropoles, observe un expert du secteur. Il a investi son argent dans Cityz Media et entend bien développer l’entreprise à vitesse grand V. »

Selon nos informations, l’homme d’affaires a reçu l’appui d’un partenaire pour répondre à l’appel d’offres du métro. Il en avait besoin car le ticket d’entrée est particulièrement élevé : la RATP veut accélérer le remplacement des vieilles affiches sur les quais et couloirs de ses stations par des écrans numériques, qui passeront de 1 300 unités aujourd’hui à 2 500 à la fin de la concession. Le futur exploitant devra donc investir de sa poche 70 millions d’euros. Une somme trop élevée à débourser seul pour Cityz Media, bien que premier concurrent de JCDecaux en France avec un peu plus de 20 % du marché et 245 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025.

Mais le putsch est loin d’être gagné. La RATP pourrait se montrer prudente car l’activité de régie publicitaire est stratégique pour elle, sur le plan financier - l’exploitant lui octroie de généreuses redevances - mais aussi réputationnel : c’est à son prestataire qu’il revient d’écarter les campagnes qui ne respectent pas les principes dictés par l’entreprise publique, comme la « neutralité politique » ou la « laïcité ». Leur interdiction fait toujours grand bruit comme pour le livre de Jordan Bardella ou le film Sacré Cœur. Et le groupe de transports présidé par Xavier Piechaczyk « accorde une grande confiance à l’expérience de Metrobus » en la matière, selon des sources internes.

Enquête en cours pour entente contre JCDecaux et Metrobus

Pourtant, le challenger pourrait recevoir un coup de pouce avec une vieille affaire d’entente anticoncurrentielle, qu’il avait initiée en 2017 auprès de l’Autorité de la concurrence et qui pourrait bientôt aboutir. Tout part en 2015 d’un projet de JCDecaux d’acquérir les parts de Publicis dans Metrobus pour monter à 100 % du capital. L’autorité de la concurrence lance un examen approfondi de l’opération, considérant que JCDecaux aurait alors une part de marché supérieure à 50 % sur le marché de l’affichage. Devant ces difficultés, JCDecaux renonce en 2016 à sa prise de contrôle. Mais son concurrent Clear Channel France, devenu plus tard Cityz Media, porte plainte pour entente l’année suivante devant l’Autorité. Selon nos informations, il considère que JCDecaux et Mediatransports, la holding de Metrobus, se répartissent le marché français de l’affichage, en ne se portant jamais candidat à une concession d’affichage urbain pour Mediatransports et de transports publics pour JCDecaux. Après 5 ans d’instruction, l’Autorité de la concurrence adresse en avril 2022 une notification de griefs aux deux entreprises.

Depuis, JCDecaux s’est engagé dans une série de recours relatifs au « déclassement d’informations extrêmement confidentielles auquel l’Autorité de la Concurrence a procédé de façon inappropriée » et obtenues dans le cadre de son instruction, selon le rapport annuel de l’afficheur. Avec un certain succès car la Cour de cassation a, par deux fois, en 2023 et dernièrement le 28 mars 2026, estimé que l’Autorité n’avait pas suffisamment motivé sa demande de déclassement, au motif de la protection du secret des affaires.

Mais le gendarme de la concurrence n’entend pas lâcher et il devrait adresser prochainement une nouvelle demande de déclassement tenant compte des dernières indications de la Cour de cassation, avant de décider d’une éventuelle sanction concernant l’entente. Une perspective qui s’annonce douloureuse pour le groupe présidé par Jean-Charles Decaux, tant la durée de la procédure, et donc de l’infraction d’entente, risque d’alourdir le calcul de l’amende. Elle pourrait se compter en centaines de millions d’euros.

L’afficheur indique simplement dans son rapport annuel « continuer à coopérer avec l’Autorité de la Concurrence et à lui fournir toutes les explications nécessaires pour dissiper ses interrogations mais il considère le grief infondé et n’a donc pas considéré opportun de constituer une provision ». De son côté, la RATP est pleinement au courant du contentieux en cours, car elle a été interrogée par les services de l’Autorité. Malgré les tensions entre les acteurs, elle estime que la procédure est sans conséquence, quelle qu’en soit l’issue, pour son appel d’offres dans le métro, qu’elle maintient. D’ailleurs, lors du premier examen des candidatures, elle n’a émis aucune réserve à la candidature de Metrobus. Elle a toutefois expressément ajouté comme motif d’exclusion de son appel à candidatures les « accords avec d’autres opérateurs économiques en vue de fausser la concurrence ». Ce qui pourrait lui laisser la liberté de remettre en cause l’attribution à Metrobus en cas de sanction de l’Autorité de la concurrence. Interrogée, la RATP répond qu’elle « compte mener la consultation avec une extrême rigueur et conformément au code de la commande publique ».

Sollicités, l’Autorité de la concurrence, Cityz Media et Mediatransports n’ont pas souhaité commenter nos informations.

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