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Transports - Auto

Renfe pourrait concurrencer la SNCF sur le Paris-Bordeaux

La compagnie ferroviaire espagnole étudie sérieusement l’ouverture de plusieurs lignes dans le grand Sud-Ouest.

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STEPHANE FERRER / Hans Lucas via AFP

Depuis qu’en mai 2021, la SNCF a lancé en solo ses Ouigo entre Madrid et Barcelone, la ligne la plus fréquentée et la plus rentable du marché ibérique, les couteaux sont tirés avec son ancien partenaire espagnol Renfe. D’autant que le groupe présidé par Jean-Pierre Farandou ne s’est pas arrêté là dans la péninsule : ses TGV low-cost relient depuis le 7 octobre Madrid à Valence et des liaisons vers Alicante et Séville sont en préparation pour le printemps. Face à cette offensive en règle sur ses terres, la compagnie publique espagnole se prépare à rendre coup pour coup... sur le marché français.

Dans un premier temps, Renfe compte reprendre l’exploitation de trajets transnationaux, abandonnés depuis la dissolution, le 11 décembre 2022, d’Elipsos, sa société commune avec la SNCF. La compagnie a annoncé son projet d’exploiter « dans les prochains mois » des liaisons Lyon-Barcelone et Marseille-Madrid, que sa concurrente tricolore a délaissé pour se concentrer sur Paris-Barcelone. Selon nos informations, Renfe a reçu le 22 décembre le certificat de sécurité de l’ERA, l’agence de l’Union Européenne pour les chemins de fer, pour ces deux lignes. Elle prévoit de premiers tests opérationnels (« marches à blanc ») à partir du 16 janvier et l’ouverture d’une filiale française d’ici la fin du mois. Le lancement commercial est prévu avant l’été, d’abord avec 12 circulations par semaine, avant d’augmenter la cadence à 28 dans un second temps. « Les liaisons vers Lyon et Marseille sont une première étape, indique la compagnie espagnole à L’informé. Nous ne pouvons pas offrir de service jusqu’à Paris, car les autorités françaises n’ont pas autorisé nos rames S-100 produites par Alstom entre Lyon et Paris. » Le problème devrait être réglé avec la commande de la nouvelle génération de train à grande vitesse Talgo Avril, dont les tests d’homologation en France ont débuté l’année dernière.

Mais, selon nos informations, l’opérateur pourrait ne pas s’arrêter là. « Les Espagnols ne vont pas tarder à créer une offre alternative à la SNCF sur l’axe Sud-Ouest en France », affirme Renaud Lagrave, vice-président de la région Nouvelle Aquitaine, chargé des transports et des mobilités. Selon plusieurs sources, des représentants de Renfe ont en effet rencontré, en fin d’année dernière, des élus locaux ainsi que des responsables d’infrastructure comme SNCF Réseau et Lisea, le concessionnaire de la LGV Tours-Bordeaux détenu par Vinci, la Caisse des dépôts, Meridiam et Ardian. « Nous sommes ouverts à étudier de nouvelles opportunités commerciales en France », répond un porte-parole de Renfe à L’Informé, sans vouloir donner plus de détails.

L’opérateur réfléchirait sérieusement à venir attaquer la SNCF sur sa liaison Paris-Bordeaux. Avec un terminus dans la capitale aquitaine ou un peu plus loin, à Irun, San Sebastian ou encore Bilbao. « Il y a des discussions en cours avec l’opérateur historique espagnol, confirme une source française. Car de l’autre côté des Pyrénées, les infrastructures à grande vitesse vont connaître un coup d’accélérateur avec la mise en service en 2027 du Y basque ». Ce nouveau réseau ferré de 175 km comprendra 23 tunnels et 45 viaducs.

À Bordeaux, l’arrivée de Renfe serait plutôt très bien perçue, tant les critiques à l’égard de la SNCF sont récurrentes. Élus comme usagers ne cessent de dénoncer une attrition de l’offre sur la liaison avec Paris, avec un manque de places disponibles et des tarifs élevés. Pour sa défense, la compagnie française affirme devoir s’acquitter de péages pour chaque train utilisant l’infrastructure de Lisea d’un « montant 1,6 fois plus cher en moyenne que sur les autres lignes ». Résultat : la liaison Paris-Bordeaux est « déficitaire depuis son ouverture en 2017, rappelle le P-dg de SNCF Voyageurs, Christophe Fanichet, dans un courrier aux élus régionaux. En dépit du succès de fréquentation, l’exploitation des TGV sur cette liaison a généré 87 millions d’euros de déficit en 2019 pour notre entreprise ». Pour répondre au mécontentement, l’opérateur a annoncé 20 000 places supplémentaires fin décembre. Il augmente la capacité des trains, avec des rames doublées, mais sans améliorer la fréquence de la desserte, déplore-t-on à Bordeaux. « Il nous apparaît indispensable de restaurer l’offre en semaine au niveau d’avant la crise sanitaire », soit 18,5 allers-retours par jour, réclament Alain Rousset, le président de la région Nouvelle Aquitaine, et son homologue de Bordeaux Métropole Alain Anziani. La ligne Paris-Bordeaux reste en tout cas aujourd’hui sous-exploitée : 74 trains y roulent chaque jour pour une capacité de 130 circulations quotidiennes.

Le Sud-Ouest intéresse aussi Trenitalia. La compagnie italienne qui a rompu son alliance avec la SNCF sur les liaisons transalpines, compte en effet se déployer sur le marché français de la grande vitesse, au-delà de la liaison Paris-Lyon-Milan déjà ouverte il y a un an. En plus d’une ligne Paris-Madrid via Barcelone en projet, Roberto Rinaudo, le président de la filiale française de la compagnie ferroviaire italienne, affirmait le 14 décembre qu’il « n’exclut pas l’exploitation d’une LGV comme Paris-Bordeaux ou Paris-Lille. Nous étudions à 360° le marché français de la grande vitesse pour saisir les opportunités de lancer de nouvelles lignes ». De son côté, la start-up Le Train, créée à Angoulême en 2019, entend aussi offrir des connexions à grande vitesse dans le Grand Ouest, mais sans desservir Paris. Elle comptait lancer son service en achetant des rames de seconde main à la SNCF. Mais la présence d’amiante a empêché leur cession. Le lancement du service est reporté à 2024.