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Continuer la lectureServier : le savant meccano d’Olivier Laureau pour assurer sa reconduction
À un an de la fin de son second mandat à la tête de Servier, Olivier Laureau a soigneusement balisé les conditions de son renouvellement.
Malgré l’actualité tumultueuse du groupe Servier - depuis janvier, le procès en appel du Mediator se tient à Paris - son patron, Olivier Laureau, peut envisager son avenir avec sérénité. À un an de la fin de son second mandat de président, le dirigeant, désigné en 2014 par Jacques Servier pour lui su...
L’ancien directeur financier du laboratoire a su jouer sur les deux leviers à sa disposition pour étendre son influence : la composition du comité exécutif et les statuts de l’entreprise. D’abord, comme l’a déjà révélé l’Informé, le dirigeant s’est façonné un comex à sa main. Les derniers changements datent des dernières semaines : exit les historiques DRH Nicolas Bouts et patron de l’international Frédéric Sésini, ces deux figures de l’époque du fondateur ont pris le large en début d’année. Le vice-président exécutif industrie Pierre Venesque, 30 ans de boutique, devrait aussi être remplacé. Résultat : sur les douze membres du board, la moitié est composée de quadragénaires, recrutés à l’extérieur. De quoi injecter du sang neuf et s’affranchir des poids lourds du groupe.
Lifting des statuts
Ensuite, Olivier Laureau a orchestré une discrète refonte des statuts de l’entreprise. À l’initiative de Jacques Servier, le groupe est gouverné depuis 1986 par la Fondation Internationale de Recherche Servier (FIRS). Côté face, il s’agit d’une organisation sans capital ni but lucratif, « unique dans le secteur pharmaceutique », s’enorgueillit la société dans son rapport annuel. Elle permet de « préserver l’indépendance du groupe », de garantir « une vision à long terme » et de « réinvestir tous ses bénéfices dans son développement », « sans pression actionnariale ». Côté pile, cette très secrète structure, implantée aux Pays-Bas, désigne ou révoque le patron de l’entreprise. La FIRS fait l’objet d’une communication minimaliste par le groupe et publie ses statuts en néerlandais. Son président se voit nommé à la tête de la holding Servier SAS et de facto propulsé aux manettes opérationnelles du laboratoire. La fondation est donc le lieu où se fait et défait le pouvoir chez Servier et Olivier Laureau en tient les rênes bien serrées.
Deux instances de gouvernance pilotent la FIRS : le conseil de fondation et le conseil de surveillance. Le premier rassemble le comité exécutif et le président de Servier, ainsi que d’autres managers de l’entreprise. Le second, appelé Supervisory board, regroupe, lui, des membres non salariés de Servier et a longtemps eu pour mission essentielle de veiller au respect de la stratégie et des statuts. Mais changement de cap il y a 18 mois, Olivier Laureau a modifié les prérogatives de chacun : le pouvoir de désignation du patron n’appartient plus au conseil de fondation, il est désormais entre les mains du Supervisory board.
Cette instance, jusqu’ici composée de juristes et de financiers, est ouverte à des profils issus du secteur de la santé à compter de 2021. Tout l’intérêt de la manoeuvre pour Olivier Laureau réside là : les statuts prévoient que ces nouveaux venus soient proposés par… le président de la fondation lui-même, donc Olivier Laureau himself, conjointement avec le président du conseil de surveillance ! Les noms de trois nouveaux membres ont été rapidement trouvés et présentés au Supervisory board. Jean-Christophe Tellier, CEO du groupe biopharmaceutique belge UCB, Catherine Mazzacco, ex-présidente de Leo Pharma et Kapil Dhingra, administrateur dans différentes sociétés pharmaceutiques ont donc rejoint en 2022 les rangs de ce cénacle, faiseur de roi…
Pour Servier, rien d’anormal dans ces changements, bien au contraire : ils sont « en phase avec les meilleures pratiques des sociétés cotées les plus réputées en France ». Il vise à « renforcer les contre-pouvoirs » en donnant plus de poids à la seconde instance « composée très majoritairement de membres indépendants », insiste le groupe.
Actionnariat de Servier : une indépendance qui confine à l’autarcie
Groupe indépendant, Servier ne compte aucun actionnaire extérieur. Ses titres appartiennent à 48 % à trois associations loi 1901 sans but lucratif (l’Institut Servier, Sciences et Technologie et l’Institut La Conférence Hippocrate) - dont les membres sont exclusivement des sociétés du groupe - et à 52 % par des structures en autocontrôle (schéma juridique permettant à une entreprise de détenir son propre capital). La holding Servier SAS ne dispose pas de conseil d’administration ou de conseil de surveillance, susceptible d’exercer un contre-pouvoir face aux choix du management.
Ce rôle de vigie est dévolu au conseil de surveillance de la fondation, laquelle ne détient pas le capital du laboratoire pharmaceutique, mais en supervise seulement la gouvernance. Indépendants et extérieurs à l’entreprise, les membres de ce conseil ne représentent donc qu’eux-mêmes. C’est donc sur une instance sans véritable moyen de pression que le patron de Servier peut compter pour valider sa stratégie et donner un avis sur le profil du prochain grand manitou du géant du médicament…