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Continuer la lecturePatchs contre Alzheimer et Parkinson : la victoire surprise des professeurs Joyeux et Fourtillan
Le Conseil d’État a désavoué l’agence du médicament dans l’affaire du Fonds Josefa. Son tort : avoir suspendu des essais cliniques non autorisés administrés par des antivax controversés.
Rebondissement dans l’affaire du Fonds Josefa. Cette association installée dans une abbaye près de Poitiers où les professeurs Fourtillan et Joyeux, deux antivax notoires, menaient des essais cliniques sauvages en administrant des patchs aux hormones à de vrais malades d’Alzheimer ou de Parkinson. Al...
Des patchs aux hormones dans le milieu catho antivax
En plus d’interdire les essais, l’agence avait prohibé la distribution et l’administration des patchs à partir desquels l’ex pharmacien Jean-Bernard Fourtillan prétendait soigner des maladies neurologiques, Alzheimer et Parkinson notamment. Avec Henri Joyeux, ils avaient « décidé d’unir leurs efforts, pour faire connaître au grand public, en même temps qu’aux professionnels de la santé et aux chercheurs, cette découverte essentielle, et les médicaments (patchs transdermiques), en cours de préparation, qui en découlent » déclaraient-ils sur leur site Internet pour tenter de recruter des patients. Catholique revendiqué, le professeur Fourtillan assure avoir découvert la recette de ses patchs magiques, à base de valentonine, une hormone dérivée de la mélatonine qui régule le sommeil, suite à une « apparition divine ». Missionnaire tout aussi convaincu, le professeur Joyeux s’est fait connaître pour son militantisme contre l’avortement, avant d'établir un lien entre le virus de la Covid-19 et l’Institut Pasteur. Ses thèses complotistes lui avaient valu une forte visibilité durant la pandémie, ce qui a sans doute joué dans le recrutement de patients. Plus de 350 d’entre eux, dont le professeur Joyeux lui-même, ont reçu ce traitement tout en allégeant leur porte-monnaie de montants variables. Selon l’enquête pénale en cours, les malades payaient un minimum de 1 500 euros pour avoir accès à cette expérience.
Ensemble, les deux compères ont mis en place une structure juridique complète, comprenant un Fonds de dotation et une association censés recueillir des dons, ainsi qu’une entreprise, la Société de Développement de la Valentonine. Cette « Sodeval » est détenue à 80 % par le Fonds de dotation Sœur Josefa Menéndez, et à 20 % par la Financière de la Seigneurie. Derrière cette drôle de structure, également actionnaire de référence du Rugby Club Toulonnais ? Bernard Lemaitre, pourtant fondateur de Stedim, une société qui a largement contribué à produire des vaccins durant la pandémie.
Premières condamnations
Après la suspension des essais, le Fonds Josefa Menéndez - du nom d’une religieuse espagnole qui aurait reçu des messages de Jesus avait attaqué les décisions de l’ANSM devant le tribunal administratif de Poitiers. Lequel avait rapidement validé les décisions de l’ANSM. Mais en mars dernier, miracle, la cour administrative d’appel de Bordeaux retoquait l’autorité spécialisée dans le médicament. Logiquement, l’organisme s’est pourvu en cassation auprès du Conseil d’État, sans plus de succès donc. Soyons clairs, la cour ne s’est pas penchée sur le fond de l’affaire ; elle a simplement indiqué que la procédure administrative était bien conforme. Si les décisions de l’ANSM ne tiennent pas, c’est en raison de vices de procédure, et notamment l’absence de contradictoire. En 2019, l’ANSM avait en effet décidé unilatéralement de suspendre les essais et les patchs, sans interroger et prévenir les principaux intéressés. Ce qu’elle n’avait pas le droit de faire, en raison de sa compétence dite « liée », et non pas directe, sur le sujet.
Pour autant, les essais à base de patchs à la valentonine ne sont pas près de revenir sur le marché. Entre-temps, l’ANSM a en effet saisi le tribunal judiciaire de Paris pour les sanctionner. Selon nos informations, l’instruction est terminée dans ce dossier, et le parquet est en train de plancher sur les réquisitions. Trois prévenus ont déjà été jugés après une reconnaissance de culpabilité, leur dossier ayant été disjoint de l’affaire principale.
Il s’agit des dirigeants et de l’entreprise AdhexPharma, une société de préparation pharmaceutique. Impliquée dans l’étude, la structure installée en Côte d’Or, dont le chiffre d’affaires avoisine 29 millions d’euros, a été reconnue complice comme l’a raconté le magazine Marianne. Accusée par la juge d’avoir « servi de caution à Fourtillan » ou encore d’avoir « donné une légitimité à ces essais », la structure bourguignonne a été condamnée à une amende de 180 000 euros. Ses dirigeants Roland de la Brosse et Bruno Loiseau, ont quant à eux écopé d’une amende 5 000 euros chacun le 6 novembre dernier.
Des décisions de justice contradictoires
Mais les poursuites concernant les instigateurs des essais cliniques sont autrement graves. Le professeur Fourtillan a ainsi dû être incarcéré deux fois, pour avoir rompu son contrôle judiciaire. En toute illégalité, il contactait en effet ses anciens patients notamment pour leur réclamer de l’argent… afin d’acheter des lingots d’or qu’il promettait de réinvestir dans la recherche par la suite. Le professeur Henri Joyeux a de son côté été interdit d’exercer la médecine par le Conseil de l’Ordre des médecins à partir de 2024, pour une autre raison. On lui reproche ses positions antivax concernant les enfants, notamment pour les vaccins contre le HPV et l’hépatite B. Lui a néanmoins pris ses distances sur le dossier des patchs à la valentonine, assurant qu’ils étaient surtout efficaces sur le sommeil.
Reste que la décision du Conseil d’État constitue un sérieux revers pour l’ANSM. Et ce n’est pas le premier dans cette affaire : son directeur de l’inspection, Bernard Celli, avait déjà été reconnu coupable de diffamation. « Les personnes ont été abusées puisqu’on leur a fait croire que ces patchs soignaient leur maladie… En outre, les substances qui étaient administrées ne sont pas connues. Donc on est à la limite de pratiques charlatanesques » avait-il déclaré en novembre 2019. Un verbatim qui semble aujourd’hui mesuré au regard de l’instruction pénale, et qui reflète, comme l’arrêt du Conseil d’État, les contradictions de la justice sur ce dossier ubuesque.