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Continuer la lectureMalgré le scandale Orpea, Medicharme veut revendre ses maisons de retraite
Le groupe créé par Patrick Boulard a mandaté une banque d’affaires pour orchestrer la sortie de son actionnaire majoritaire, le fonds britannique G Square.
Il y a un an sortait le livre de Victor Castanet sur Orpea, Les Fossoyeurs. S’en est suivi un scandale sans précédent sur les conditions de vie des seniors en établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), ainsi qu’un effondrement du cours de Bourse des grands noms du secteur....
« G Square veut capitaliser sur la trajectoire de croissance du groupe de ces dernières années. Des travaux de structuration et d’organisation interne ont aussi été effectués par la nouvelle dirigeante, Delphine Mainguy », souligne une source proche du dossier. La directrice générale du groupe est arrivée en janvier 2022 après avoir passé quatre ans chez le concurrent Maisons de Famille. Elle a donc dû tenir la barre pendant la tempête déclenchée par l’affaire Orpea, qui l’a également affectée. A la suite d’une inspection surprise, l’Agence régionale de santé d’Ile-de-France et le Conseil départemental de Seine-Saint-Denis ont fermé temporairement la maison de retraite La Roseraie, gérée par Medicharme. Une décision radicale que les autorités ont prise après avoir fait état d’une « situation grave, mettant en danger la santé, la sécurité, le bien-être physique et moral » des 27 résidents de l’Ehpad.
Un peu moins de 100 millions de chiffre d’affaires
« Ce carton rouge infligé à Medicharme a été salvateur car le groupe a par la suite pris des mesures sur l’ensemble de ses établissements, dotés au total d’environ 2.000 lits », constate un professionnel du secteur, davantage inquiet de la situation dans les Ehpad publics. Car si Medicharme ne jouit pas d’une haute réputation, ses finances sont saines. Son chiffre d’affaires est d’un peu moins de 100 millions d’euros pour une marge d’Ebitdar (Ebitda retraité des loyers) qui serait proche de 25 %. Dans le même temps, la Fédération hospitalière de France a alerté sur la situation financière dégradée des établissements publics : 85 % d’entre eux anticipaient de finir 2022 dans le rouge, alors qu’ils n’étaient qu’un peu moins d’un sur deux dans cette situation un an plus tôt. En cause, la hausse des coûts de l’énergie et de l’alimentation, ainsi qu’une baisse de 2,8 % du taux d’occupation des établissements, en raison des fermetures provoquées par le manque de personnel et les contaminations au Covid-19.
Conscient de la situation, le gouvernement n’est pas resté les bras croisés et a dopé le budget 2023 dédié aux établissements de santé et médico-sociaux. Dans un arrêté du 23 décembre, la hausse du prix des prestations d’hébergement des structures - publiques ou privées - accueillant des personnes âgées a été limitée à 5,14 %. « Ce niveau est supérieur aux attentes et s’avère une excellente nouvelle pour les groupes d’Ehpad », explique un banquier. D’ailleurs, Medicharme - dont les offres de premier tour sont attendues dans les prochains jours - n’est pas le seul opérateur à vouloir renouveler son actionnariat. Selon nos informations, le groupe normand Hom’Age (500 lits) tente de trouver un repreneur avec la banque d’affaires Adviso Partners, tandis que le breton Kerdonis (800 lits) aborde la phase finale de sa vente sous l’égide de Clearwater International. Tous espèrent pouvoir bénéficier du mouvement de concentration animé par les gros acteurs du secteur, en laissant derrière eux les scandales à répétition. En octobre 2022, les députés ont renforcé les moyens de contrôles et de sanctions des Ehpad. A la clé, un élargissement des pouvoirs de la Cour des comptes et des Chambres régionales des comptes pour contrôler les sièges sociaux des groupes, ainsi que la possibilité pour les magistrats de se pencher sur les recettes d’hébergement et les prestations annexes facturées aux usagers. Enfin, un amendement a augmenté à 5 % du chiffre d’affaires (contre 1 % auparavant) le montant maximum des sanctions applicables aux établissements en infraction.