Offrez un coup d’avance à vos collaborateurs

Grande conso

Office Dépôt se dirige vers un lourd plan social

Déjà mal en point, la chaîne de produits de bureau devrait être amputée d’une moitié de ses magasins et de ses troupes si le plan de continuation en cours de discussion est validé par le tribunal de commerce de Bobigny.

RICCARDO MILANI / Hans Lucas via AFP

En 2021, la reprise d’Office Dépôt en France par la société Nouvelle Victoire avait fait grand bruit. Un millier d’emplois avaient été supprimés, la gestion du dossier par le tribunal de commerce de Lille avait été très critiquée et le front syndical s’était fissuré. Quatre ans plus tard, la situatio...

Ce plan comprend plusieurs mesures chocs. D’abord, un nouvel allégement de la masse salariale, puisque seulement la moitié des 300 salariés actuels (CDD compris) et un peu plus de la moitié des points de vente seraient conservés. Ensuite, le siège de Rosny-sous-Bois serait fermé. Enfin, sur le plan capitalistique, les actionnaires actuels de Nouvelle Victoire, Patryk Bidgrain (société Librairie générale des écoles), la société Alda (Pascal Orlando) et Jacques Rouard (société Charlemagne), céderaient la majorité de leurs parts à la coopérative Alkor dont ils sont membres.

Fondée en 1958, Alkor est d’abord un spécialiste de la fourniture scolaire, avec une centrale et des magasins sous ses 3 enseignes (Majuscule, Burolike et iOburo) et d’autres, que ses adhérents exploitent sous leurs propres marques. Ni Alkor, ni la présidente actuelle de son conseil d’administration, Agnès Pecoul, n’ont répondu à nos sollicitations. Pour l’instant, et malgré la casse sociale en vue, les administrateurs judiciaires ne recherchent pas d’autres repreneurs. Rien ne les y oblige. Ils pourraient le faire si le tribunal de commerce de Bobigny ne retient pas leur plan de redressement. Pour mémoire, en 2021, treize candidats s’étaient déclarés intéressés par Office Dépôt. Dont le groupe Adveo (Calipage, Plein Ciel et Buro+) qui avait présenté une offre conjointe avec son actionnaire Sandton, et l’un de ses distributeurs partenaires, Adex. Depuis, Adveo a mis la main sur un autre acteur de ce marché, Top Office.

La chaîne Office Dépôt France péserait encore autour de 80 M€ de chiffre d’affaires. Selon plusieurs sources proches du dossier, elle n’aurait jamais gagné d’argent depuis la reprise par Bidgrain, Orlando et Rouard, qui n’ont pas répondu à nos questions. Les observateurs du secteur estiment que l’affaire était trop grosse pour eux et pointent leurs erreurs : création maladroite d’un siège à Rosny-sous-Bois, manque de produits en magasin, absence de site e-commerce durant deux ans et de campagne publicitaire. « En école de commerce, on pourrait présenter cette reprise comme l’exemple de ce qu’il ne faut surtout pas faire », conclut un proche du dossier.

En attendant de savoir qui reprendra Office Dépôt, environ 250 anciens salariés poursuivent le combat contre le propriétaire du réseau jusqu’en 2021, le fonds d’investissement allemand Aurelius. Réunis dans une association, ils demandent réparation devant les prud’hommes de Creil et d’Orléans ainsi que devant le tribunal judiciaire de Colmar. Ils contestent le licenciement sans cause réelle et sérieuse et cherchent à faire reconnaître une faute de gestion d’Aurelius. « Entre fin 2024 et début 2025, les prud’hommes ont décidé de surseoir à statuer, indiquant qu’ils ne rendraient leur décision qu’après un jugement définitif du tribunal de Colmar », explique Sébastien Fournier, président de l’association et ancien secrétaire du CSE central d’Office Dépôt il ne travaille plus. « Or, nous n’avons aucune visibilité sur la date d’examen de notre dossier à Colmar. La constitution des pièces est en cours, mais cela pourrait durer dix ans au minimum. »