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« Premiers écologistes de France ? » : les chasseurs perdent une manche contre la Ligue pour la Protection des Oiseaux

La Fédération nationale des chasseurs avait attaqué en diffamation l’association qui s’était moquée de la campagne d’affichage dans laquelle ceux-ci s’étaient autoproclamés « premiers écologistes de France ».

Image de la campagne de la Ligue de Protection des Oiseaux répondant à celle de la Fédération Nationale des Chasseurs
Image de la campagne de la Ligue de Protection des Oiseaux répondant à celle de la Fédération Nationale des Chasseurs

Les chasseurs sont-ils les premiers écologistes de France ? Si la justice n’a pas encore tranché ce point, elle les a en tout cas encore renvoyé dans leurs buts. Au terme d’une longue procédure émaillée de rebondissements, les magistrats de la 17e chambre du tribunal judiciaire de Paris ont déclaré caduque la plainte en diffamation de la Fédération nationale des Chasseurs (FNC) contre la Ligue de Protection des Oiseaux. Ils ont en effet estimé que la citation directe à l’égard de son président Allain Bougrain-Dubourg était intervenue trop tardivement. Un recours identique contre le directeur général de la LPO, Yves Verilhac, sera jugé ultérieurement.

En 2018, alors que la FNC avait placardé dans le métro des affiches de 4 mètres sur 3 qualifiant les chasseurs de « premiers écologistes de France » , l’ONG présidée par Allain Bougrain-Dubourg avait répondu en publiant plusieurs visuels sur les réseaux sociaux : « Les chasseurs, premiers écologistes de France ? Non, parce que 20 espèces d’oiseaux chassées sont menacées » « Non parce que des milliers d’oiseaux sont torturés sous prétexte de chasses traditionnelles ». Cette riposte de la LPO avait fait grand bruit.

Lors de l’audience, début septembre, Allain Bougrain-Dubourg avait explicité son parcours, et son engagement au sein de la LPO, qu’il préside depuis 37 ans. « Au départ, notre mouvement est né pour protéger les macareux moines qui étaient massacrés en Bretagne. On a obtenu la création de la première réserve d’oiseaux, la réserve des Sept Iles » a raconté l’inlassable défenseur du vivant devant la juge. Il a aussi dénoncé les pratiques que son ONG combat, comme les chasses dites traditionnelles : chasse à la glue ou au filet, matoles (cages tombantes). « J’ai vu ces oiseaux pris dans des matoles, en sang, déplumés, jetés à côté d’autres comme les rouges-gorges, parce qu’on voulait attraper des ortolans ». Il a défendu le fait que la LPO se soit toujours battu contre le non-respect du droit, gagnant progressivement ses combats devant le juge administratif puis européen.

Face à sa faconde, la Fédération Nationale des Chasseurs, pourtant plaignante, a tenté de se défendre sans grand succès, en mettant en avant ses efforts en matière d’écologie. Ancien avocat de la FNC appelé pour témoigner en sa faveur, le lyonnais Charles Lagier s’est dit « consterné de voir qu’on débatte encore du fait que les chasseurs contribuent ou pas au respect de la nature ». Le directeur scientifique de la FNC, Pascal Lapébie, a listé plusieurs projets menés par sa fédération, dont par exemple la protection de la barge à queue noire, un oiseau de rivage au long bec. Répondant aux accusations de la LPO, le salarié de la FNC a aussi assuré qu’il était possible de chasser des oiseaux présents sur les listes rouges de l’IUCN (Union internationale pour la conservation de la nature), donc considérées comme menacées. « La population du vanneau huppé se réduit pour d’autres raisons que la chasse, à commencer par la dégradation de l’habitat. La chasse ne lui pose pas de problème » a assuré le spécialiste. Pour rappel, les chasseurs français abattent plusieurs dizaines de milliers de vanneaux, une espèce classée comme vulnérable, chaque année, notamment l’hiver sur la façade atlantique.

Une guérilla judiciaire qui dure depuis 2018

Image de la campagne originale de la FNC

La conclusion de cette plainte clôt un long chapitre de procédures judiciaires enclenchées par la campagne de la FNC. En 2018, l’Autorité de régulation de la publicité avait d’abord demandé aux chasseurs d’ajouter un point d’interrogation à l’affirmation « premiers écologistes de France », la jugeant peu fondée. Puis en 2021, la troisième chambre du tribunal judiciaire de Paris avait condamné la FNC pour parasitisme car elle avait repris les codes visuels de la LPO. La FNC avait ensuite fait appel, et essuyé une nouvelle déconvenue. En décembre 2022, la cour d’appel de Paris avait qualifié la campagne de communication des chasseurs de « contrefaçon » et lui avait interdit de la réutiliser ainsi que la charte graphique de la LPO.