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L’affaire des stagiaires accusés de racisme chez Gide rebondit à l’école d’avocats de Versailles

Début octobre, le célèbre cabinet a mis fin au stage de quatre étudiants suite à une enquête interne confirmant des comportements discriminatoires. L’inscription de l’un d’eux à l’HEDAC choque une partie de sa promo.

Image d’illustration.
Image d’illustration. NICOLAS GUYONNET / Hans Lucas via AFP

L’affaire avait fait grand bruit dans le monde des avocats. Début octobre, le célèbre cabinet Gide Loyrette Nouel avait subitement mis fin au contrat de quatre stagiaires. Dans un mail interne, la firme d’affaires avait précisé que cette décision faisait suite à un signalement auprès de la déontologu...

Début janvier, les élèves de l’établissement ont fait leur rentrée et se sont alors rendu compte, lorsqu’ils ont prêté leur « petit serment », que le jeune homme en question faisait partie de leur promo. Ayant réussi le concours pour être avocat en 2024, il a commencé son cursus, comme les autres admis, dans cet organisme de formation, qui apprend le métier aux futures robes noires durant un an et demi. Cette découverte a d’abord fait l’objet de vifs débats sur la boucle de discussion de la classe, où des élèves ont exprimé leur choc. Puis une quarantaine d’entre eux ont signé un courrier adressé au directeur de l’école, Me Benoit Dumontet, pour lui faire part de leurs « préoccupations » concernant l’inscription de cet étudiant.

Citant les articles parus en octobre dans StreetPress et le Parisien sur cette affaire, ils indiquent : « Sans préjuger de l’exactitude complète de ces informations ni porter de jugement définitif, nous estimons nécessaire de partager avec vous les interrogations que soulève cette situation au regard des valeurs fondamentales de notre profession. » Comme la dignité, la probité ou la non-discrimination. Le collectif s’inquiète aussi du signal que cette inscription « pourrait adresser aux élèves issus de minorités et aux personnes sensibles aux questions de discrimination, quant à la protection effective dont ils peuvent bénéficier au sein de leur établissement de formation ». Les signataires concluent le texte en se disant « pleinement conscients que toute décision appartient » à la direction et « sera prise dans le respect des droits de la défense et des procédures applicables ».

Dans un premier courriel envoyé le jour même, le directeur indique sèchement que la lettre dont il est saisi l’« interpelle tant sur la forme qu’au fond pour le moins et ne [lui] semble pas répondre aux exigences des principes essentiels de la profession d’avocat ». Puis dans une réponse plus longue écrite ce lundi, l’équipe de direction au complet précise sa position : « Si nous ne sommes pas juges du passé des uns et des autres et si l’accès à l’école ne peut être interdit à qui que ce soit sur le fondement de critères autres que celui de la réussite à l’examen d’entrée (...) il n’en demeure pas moins qu’aucun comportement discriminatoire, de harcèlement ou contraire aux lois et règlements en vigueur n’a été, n’est et ne sera accepté à l’HEDAC ». La direction confirme ensuite avoir été informée des « faits inacceptables » ayant eu lieu chez Gide. Toutefois, après avoir échangé avec les différentes parties prenantes, elle considère que « chacun a pris ses responsabilités », que des sanctions ont été prises « pour les faits avérés » et que tout ce qui a été relaté sur les réseaux sociaux ou « relayé » dans le courriel des élèves n’est pas prouvé.

La réponse se poursuit sur une série de mises en garde : « Il faut veiller, tout particulièrement lorsqu’on aspire à exercer la profession d’avocat, à ne pas s’associer à des démarches concernant des faits dont on n’a pas pu personnellement vérifier la véracité », ni « se substituer aux personnes compétentes (...) pour engager des poursuites ou prendre décisions disciplinaires ». La direction tonne aussi « qu’il n’y a pas lieu à créer des tribunaux populaires sur les réseaux sociaux », voire qu’il est « paradoxal en dénonçant des faits graves de discrimination, de racisme et de harcèlement de reproduire soi-même un comportement de discrimination et de harcèlement à l’encontre de la personne » mise en cause, en violation du principe du contradictoire, ainsi que « de tenir à son encontre des propos susceptibles d’être reconnus comme étant diffamatoires ».

Une réponse qui jette un froid chez les élèves. « C’est comme une inversion, ça met la pression sur ceux qui ont dénoncé cette situation et ont fait part de leur malaise », indique une source qui souhaite rester anonyme. L’avocate du jeune homme mis en cause, Me Anastasia Pitchouguina, salue de son côté la réaction « ferme » de l’école face à une démarche qu’elle juge « peu confraternelle ». Selon elle, la lettre du collectif s’appuie sur « des faits allégués pour lesquels personne à ce jour n’a été ni poursuivi ni condamné et qui font l’objet d’énormément de rumeurs et de déformations ». Le conseil affirme que le récit rapporté dans la presse est « inexact », avant de préciser que des procédures en diffamation sont en cours. Elle estime que son client et les trois autres stagiaires ont été « jetés en pâture » sur internet, « ce qui a mené à des menaces de mort et des campagnes de harcèlement ». Avant d’indiquer qu’une plainte a été déposée pour ces faits. L’avocate précise enfin que le jeune homme s’est inscrit à l’HEDAC plutôt qu’à l’EFB sur ses conseils, « vu qu’il est stigmatisé et insulté à cause de ce qui a été diffusé ».

Contacté par l’Informé, le directeur de l’école versaillaise, Me Benoit Dumontet, n’a pas souhaité commenter avant la tenue d’un conseil d’administration se tenant ce mercredi soir.

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