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Continuer la lectureSuccession à la tête d’ADP : le plan de vol se précise
L’exécutif n’a pas souhaité renouveler Augustin de Romanet pour un troisième mandat aux commandes d’Aéroports de Paris. Le calendrier de sa succession s’affine et de nouveaux candidats émergent.
C’est un mercato dont l’issue est attendue par toute la place de Paris. Qui pour prendre la présidence d’ADP ? Le 20 mars dernier, l’État a fait savoir lors d’un conseil d’administration qu’il demandait à l’actuel patron du groupe, Augustin de Romanet, de rester en poste jusqu’à la fin des Jeux olympiques et paralympiques de Paris cet été, mais qu’il ne lui confiera pas de troisième mandat. Depuis, le flou persistait sur le calendrier, beaucoup attendant la désignation d’un successeur dès la prochaine assemblée générale des actionnaires d’Aéroports de Paris, le 21 mai.
L’État s’est, en fait, donné du temps pour choisir : le nom du remplaçant d’Augustin de Romanet ne devrait être connu qu’après l’été. Il est en effet prévu que, le 21 mai, l’assemblée générale renouvelle le mandat d’administrateur d’Augustin de Romanet. « Les résolutions qui seront présentées à l’AG sont gravées dans le marbre depuis le dernier conseil d’administration, précise un proche du dossier. Les actionnaires, y compris ceux représentant le gouvernement, voteront pour renouveler le mandat d’administrateur d’Augustin de Romanet. Le conseil se réunira à l’issue pour le désigner comme président. » L’État a simplement prévenu qu’il lui trouvera un successeur une fois les Jeux achevés.
« C’est ce qui se passera sauf si, par extraordinaire, Matignon décidait de revenir sur sa décision de confier l’intérim pour réussir les JO au président actuel, confirme un proche d’ADP. Mais il y a peu de chance que le gouvernement présente en urgence une résolution en ce sens à l’AG : vu l’état de préparation du dossier de la succession d’Augustin de Romanet, ce scénario semble fantaisiste. » Le choix d’un nouveau PDG est en effet loin d’être tranché et l’Élysée est toujours à la recherche du candidat idéal pour piloter un des premiers groupes aéroportuaires mondiaux avec 336 millions de passagers en 2023.
Plusieurs prospects étaient encore sondés ces derniers jours et les refus s’enchaînent, selon nos informations. Même l’ex-première ministre, Élisabeth Borne, a décliné, préférant se concentrer sur son mandat de députée du Calvados. « J’ai une ambition, celle de continuer à servir mon pays de la meilleure façon. Pas en étant à la tête d’une entreprise publique : ça, je vous remercie, j’ai déjà fait ! » a répondu l’ex-PDG de la RATP de 2015 à 2017 à des étudiants de l’université de Brest qui l’interrogeaient le 29 mars, ainsi que l’a rapporté le Monde.
Selon plusieurs sources, Marguerite Bérard, une inspectrice des finances passée par le cabinet de Nicolas Sarkozy à l’Élysée et les groupes bancaires BPCE et BNP Paribas, aurait fait savoir son intérêt pour le poste. Âgée de 46 ans, elle vient, à la surprise générale, de claquer la porte de la banque du boulevard des Italiens, après plus de six ans au Comex en tant que directrice de l’activité Banque commerciale en France. Si elle dément pour l’instant une candidature, un de ses proches assure bien qu’« elle y réfléchit ». Mais, récemment entrée au conseil d’administration de Bureau Veritas, elle pourrait aussi, à plus ou moins long terme, prendre plus de responsabilités dans la société de certifications.
« Marguerite Bérard connaît très bien le monde de l’entreprise, c’est important pour un groupe coté en Bourse comme ADP, avec plus de 5 milliards d’euros de chiffre d’affaires et des implantations mondiales », s’enthousiasme un dirigeant du groupe aéroportuaire, qui craint le parachutage d’un politique en mal de responsabilités. La connexion avec Emmanuel Macron, décideur ultime pour cette entreprise détenue à 50,6 % par l’État, est déjà très établie, puisque la quadra est sortie major de sa promotion de l’Ena (Léopold Sédar Senghor) et qu’ils ont débuté ensemble à l’Inspection générale des finances. Sa nomination à la tête d’ADP correspondrait aussi à l’objectif de l’Élysée de féminiser les directions des grandes entreprises, une démarche amorcée avec Engie et Orange.
Reste la contrainte de la rémunération, plafonnée à 400 000 euros par an pour les patrons de la sphère publique, très éloignée des niveaux habituels du secteur privé. « Elle peut s’en passer, ayant très bien gagné sa vie comme banquière pendant huit ans, indique un patron d’un grand groupe français. C’est peut-être le moment où elle peut ressentir le besoin de revenir au service de l’État et de l’intérêt général. C’est aussi pour elle l’opportunité de prendre la tête d’une entreprise de premier plan. » En interne, le nom d’une autre inspectrice des finances, Justine Coutard, la jeune directrice de l’aéroport d’Orly, passée par la direction du cabinet de Gérald Darmanin au budget, est aussi évoqué avec insistance par certains.
Autre patron issu du privé, Bruno Angles, le directeur général d’AG2R La Mondiale, serait également sur les rangs. « X-Ponts, passé par le fonds d’infrastructures Macquarie et la direction France de Crédit Suisse, il coche toutes les cases pour ADP », énumère un proche. « Il cherche surtout à se recaser suite aux tensions sur la gouvernance d’AG2R La Mondiale avec les syndicats actionnaires (CFDT, Medef, CGT, FO, CFE-CGC, ndlr), tempère un bon connaisseur du secteur des transports. Sa nomination serait un très mauvais signal adressé aux syndicats d’ADP. »