L'abonnement à l'Informé est à usage individuel
Un autre appareil utilise actuellement votre compte
Continuer la lectureSNCF : Jean-Pierre Farandou se positionne pour une prolongation après les Jeux paralympiques
Profitant de la persistance d’un gouvernement démissionnaire et d’une rentrée sociale qui s’annonce tendue pour l’opérateur ferroviaire, son PDG compte se maintenir en poste jusqu’à la fin de l’année voire jusqu’au printemps prochain.
La nomination du successeur de Jean-Pierre Farandou à la tête de la SNCF vire à l’arlésienne. Alors que l’exécutif avait planifié une décision à la fin des Jeux paralympiques, il pourrait finalement se donner un peu plus de temps. « Des réflexions sont en cours », ne dément pas un conseiller ministériel. Les difficultés à former un nouveau gouvernement, près de huit semaines après le second tour des élections législatives, incitent Emmanuel Macron à calmer le jeu sur certains changements à la tête de grandes entreprises publiques. Le décret présidentiel pour ce type de poste se prenant « sur proposition du premier ministre », la décision doit, a minima, recevoir l’aval du prochain locataire de Matignon, quel qu’il soit.
Et ce n’est pas le seul problème. Pour compliquer la donne, aucun candidat ne s’impose réellement pour remplacer Jean-Pierre Farandou, auréolé de la réussite des transports pendant les JO. Pour l’instant, les noms de plusieurs dirigeants de filiales tournent sans vraiment convaincre et Xavier Piechaczyk, un ancien membre de l’équipe du candidat Emmanuel Macron qui est aux manettes de RTE depuis 2020, aurait mené campagne de façon assez intensive cet été.
Dans ce contexte difficile, l’actuel PDG laisse son entourage défendre une solution : son prolongement. « Il n’y a pas d’intérêt à bouger trop vite, souffle un proche de Jean-Pierre Farandou. Sauf si l’État a déniché un candidat qui coche toutes les cases, il serait bien inspiré de patienter quelques mois avant de nommer un successeur car la rentrée sociale risque d’être hautement inflammable… Ce n’est pas un cadeau que de parachuter un nouveau président dans ce contexte. » Il est vrai que les syndicats fourbissent déjà leurs armes en vue des négociations annuelles sur les salaires (NAO), tenues habituellement fin octobre.
« Ça va frotter sur les rémunérations, prévoit un négociateur syndical à peine revenu de congés. Dans les premières discussions avec la direction, on a compris qu’avec la baisse de l’inflation ces derniers mois, il serait beaucoup plus difficile d’obtenir les hausses de salaires qu’on a pu connaître ces dernières années. » De 2022 à 2024, les agents SNCF avaient bénéficié d’une augmentation « inédite » de 17 % en moyenne alors que la hausse des prix cumulée atteignait 13 % sur la période, selon le groupe ferroviaire public. « Si on revient à des NAO peau de chagrin, ça aura beaucoup de mal à passer auprès des cheminots », avance un autre responsable syndical.
Ce contexte social tendu permet à Jean-Pierre Farandou de laisser habilement la porte ouverte à un prolongement de son mandat. « Il vaut mieux attendre la fin de l’année et le laisser gérer ces négociations ardues, plaide un de ses proches. Voire le laisser en poste jusqu’au printemps car il y a une logique à ce que ce soit lui qui présente l’arrêté des comptes du groupe qu’il a dirigé l’année précédente. » Ce qui reviendrait à maintenir le PDG jusqu’à la limite d’âge (il aura 68 ans en juillet prochain) : pile ce qu’il réclamait au départ à l’actionnaire public.
Mais, le 7 mai dernier, le gouvernement de Gabriel Attal, aujourd’hui démissionnaire, avait préféré le remplacer après les JO. La décision a été prise après que le PDG a signé un accord d’entreprise sur les fins de carrière à la SNCF, un texte qui a annulé les conséquences financières pour les agents de la dernière réforme des retraites, pour un surcoût de 35 millions d’euros. « Il n’y a pas de date fixée pour la fin du mandat de Jean-Pierre Farandou, indiquait Bercy à l’époque. Comme c’est une décision du président de la République, tout peut arriver… » Et, en effet, un prochain gouvernement intégrant une partie de la gauche pourrait opter pour un maintien de ce patron à la fibre sociale, écouté par la base cheminote. Aujourd’hui, son entourage, qui n’entend « ni confirmer, ni démentir » la volonté du PDG de rester en poste, indique seulement qu’il « continuera de faire le job jusqu’à ce qu’un successeur soit nommé. »
Cela ne devrait, en tout cas, intervenir qu’après le renouvellement de Jean Castex à la présidence de la RATP, une des premières décisions attendues. Le processus avait été lancé le 13 juin avec une proposition formelle d’Emmanuel Macron mais il a été interrompu par la dissolution, les députés de la commission Développement durable n’ayant pas eu le temps d’auditionner le candidat. Pour redémarrer, la procédure attend seulement - si l’on peut dire - la nomination du prochain gouvernement.
Chez ADP, plusieurs candidates pour succéder à Romanet
La présidence d’Aéroports de Paris ne pose pas de difficultés majeures. L’État a demandé le 20 mars dernier à Augustin de Romanet « d’assurer la continuité » de la direction de l’entreprise aéroportuaire jusqu’à la fin des JO. « Ici, l’ambiance n’est pas du tout à une prolongation du PDG, indique un dirigeant. On gère seulement le mieux possible l’entreprise, notamment les flux importants de voyageurs cet été à Orly et à Roissy à l’occasion des Jeux olympiques et paralympiques. Ça s’arrête là. » Plusieurs candidats semblent déjà se détacher pour la présidence d’ADP. En particulier Marguerite Bérard, une inspectrice des finances, passée par les cabinets de Nicolas Sarkozy, qui a quitté en mars ses fonctions chez BNP Paribas, où elle était directrice de la banque commerciale en France et membre du comité exécutif. Serait aussi intéressée Marie-Ange Debon, actuelle PDG de Keolis, la filiale de transports publics de la SNCF. Cette HEC-ENA avait précédemment été candidate à la direction générale d’Engie puis de Suez.