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Continuer la lectureL’énorme manne qui va échapper à Blablacar
Le Conseil d’État vient de priver le leader du covoiturage des ressources issues des certificats d’économies d’énergie. En 2023, elles lui avaient apporté 60 millions d’euros de bénéfices.
Gros coup dur pour Blablacar. Ce mardi, le Conseil d’État vient d’annuler l’arrêté gouvernemental de 2022 qui créait les certificats d’économie d’énergie à partir des opérations de covoiturage longue distance. Cette aide, entrée en vigueur le 1er janvier 2023 dans le cadre du « plan covoiturage », prévoyait que chaque nouvel inscrit sur une plateforme qui réalisait un nombre suffisant de trajets de plus de 80 km, générait 18 800 kWh d’économies d’énergie, un actif que le gouvernement doublait. Le site pouvait alors vendre ces certificats d’économies d’énergie (CEE) générés à des fournisseurs d’énergie comme Engie ou Total. Il reversait alors, sous forme d’un « coup de pouce » au covoiturage, un montant de 100 euros à ses nouveaux utilisateurs.
Acteur presque unique sur ce marché, Blablacar percevait la plus grande partie de cette ressource. En 2023, le groupe de Frédéric Mazzella aurait rétrocédé 30 millions aux conducteurs nouvellement inscrits sur sa plateforme. Il aurait surtout dégagé via ce mécanisme une marge de 60 millions d’euros. Si la bonification gouvernementale a été supprimée au 1er janvier dernier, la valorisation de CEE à hauteur de 18 800 kWh perdurait jusqu’ici. Le dispositif était attaqué par Flixbus, concurrent de Blablacar sur le marché des liaisons par autocar longue distance, qui estimait que le leader du covoiturage en bénéficiait de façon excessive.
Les juges de la plus haute instance administrative ont notamment considéré que le ministère de la transition énergétique, en estimant que tout nouvel inscrit générerait 18 800 kWh d’économies d’énergie sur une durée de douze ans, avait entaché l’arrêté « d’une erreur manifeste d’appréciation ». Ils précisent que le forfait de 18 800 kWh est « alloué dès le premier trajet », alors que la réalisation d’économies d’énergie pour un tel volume sur douze ans « suppose la pérennisation, sur le long terme, d’une démarche de covoiturage par des conducteurs qui y auraient été initialement incités par l’opération » attaquée. Or, précise la décision du Conseil d’État, « aucune étude indépendante de nature à accréditer cette hypothèse n’a été versée au dossier » par le gouvernement.
Avec la décision du Conseil d’État d’annuler l’arrêté, sont supprimés tous les CEE longue distance vendus depuis le 1er janvier 2023 par Blablacar aux énergéticiens, TotalEnergies pour la plus grande part. « Les contractants vont devoir trouver un moyen pour rembourser les certificats achetés qui n’existent plus », indique une source au fait du dossier. Contacté, Blablacar affirme « prendre acte de cette décision ». L’entreprise, qui propose aussi des trajets en covoiturage courte distance via sa plateforme Blablacar Daily, estime que « le Conseil d’État ne remet aucunement en cause le fond du dispositif ni les économies d’énergie générées par le covoiturage. » Elle rappelle que « le covoiturage a permis de doubler en 2023 le taux de remplissage de 10 millions de voitures déjà sur la route ».