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Continuer la lectureLa récente rentabilité de Blablacar déjà menacée
L’opérateur de cars Flixbus réclame l’annulation d’un arrêté gouvernemental qui a permis au leader du covoiturage d’engranger d’importantes ressources sur la longue distance. La rapporteure publique du Conseil d’État lui a donné raison.
Enfin ! En avril dernier, Blablacar annonçait avoir dégagé ses premiers bénéfices annuels, sur l’exercice 2023. Un bon résultat obtenu, selon la licorne française, grâce à « la monétisation progressive du covoiturage dans de nouveaux pays et la restructuration de l’activité des bus en Europe de l’Ouest ». Son chiffre d’affaires mondial progressait de 29 % pour atteindre 253 millions d’euros. Mais, en France, l’embellie pourrait être de courte durée car une véritable manne est sur le point d’échapper à la société de Frédéric Mazzella. Flixbus a en effet déposé un recours devant le Conseil d’État pour annuler le dispositif d’aide gouvernementale au covoiturage longue distance (au-delà de 80 km), un marché très largement dominé par Blablacar. Ce soutien public a été mis en place le 1er janvier 2023 dans le cadre du « plan covoiturage » censé réduire les émissions de CO2 en faisant passer le nombre moyen de passagers par voiture de 1,1 à 1,8 d’ici 2030.
Opérateur d’autocars inter-villes, Flixbus juge trop généreux le « coup de pouce » gouvernemental au covoiturage longue distance : il créerait une distorsion de concurrence à son détriment et au bénéfice de Blablacar (lequel opère par ailleurs aussi des autocars). Ce vendredi 7 juin, lors d’une audience à laquelle a assisté l’Informé, la rapporteure publique du Conseil d’État lui a donné raison en concluant à l’annulation de l’arrêté du 26 septembre 2022 qui fixe les modalités de ce soutien. Une nouvelle de bien mauvais augure pour Blablacar, car ses avis sont généralement suivis par la juridiction administrative suprême.
Premier élément attaqué : contrairement au code de l’environnement, le ministère de la transition énergétique a pris l’arrêté en 2022 sans avoir procédé au préalable à une consultation de l’ensemble des parties prenantes (associations de défense de l’environnement, syndicats professionnels, …). C’est pourtant obligatoire pour toutes les mesures ayant un impact environnemental.
Surtout, la rapporteure publique a fustigé « l’absence de justification de la méthode de calcul » qui a servi au ministère à évaluer les économies d’énergie générées par les opérations de covoiturage d’un conducteur. Comment le soutien gouvernemental a été établi ? Selon l’arrêté, chaque nouvel inscrit pour du covoiturage longue distance génère 18 800 kWh d’économies d’énergie dans un certificat. Après bonification du gouvernement, Blablacar récupérait le double (37 600 kWh) qu’il revendait à Total et Engie. Problème selon la a magistrate : le système repose sur une évaluation « irréaliste au regard des économies d’énergie effectivement générées ».
Le dispositif permettait aussi aux conducteurs de bénéficier d’un bonus de 100 euros versé par Blablacar à l’issue de leur troisième voyage sur une période de trois mois. Selon Bercy, 491 000 personnes ont bénéficié en 2023 de cette incitation financière. La rapporteure publique s’est néanmoins appuyée sur un bilan dressé par la Direction générale de l’énergie et du climat du ministère de la transition écologique, qui fait état d’un « volume d’économies d’énergie décevant », en raison d’une pratique du covoiturage peu intensive et d’un « effet d’aubaine » pour les personnes pratiquant déjà le covoiturage.
Quoi qu’il en soit, le mécanisme a permis à Blablacar de percevoir 90 millions d’euros de recettes sur l’année 2023, selon les déclarations des entreprises d’énergie qui participent au dispositif CEE. Sur ce montant, 30 millions ont été rétrocédés sous forme de prime aux conducteurs, 60 millions ont gonflé les résultats de la plateforme.
Seulement voilà, premier coup dur pour le site, la bonification était tellement avantageuse que le gouvernement a décidé de ne pas la reconduire après le 31 décembre 2023, même si elle a été maintenue pour la courte distance. Depuis le 1er janvier, les conducteurs ne perçoivent donc que 25 euros supplémentaires au moment de leur inscription. L’exécutif a préféré concentrer ses efforts sur les trajets du quotidien, essentiellement les déplacements domicile-travail, qui étaient le cœur de son « plan covoiturage ». Ce sont désormais uniquement les utilisateurs inscrits pour ces trajets courte distance qui bénéficient d’une prime de 100 euros.
La suppression de la bonification au 1er janvier pourrait coûter cette année à Blablacar plusieurs millions voire dizaine de millions de recettes. Si maintenant la décision du Conseil d’État va dans le sens des conclusions de la rapporteure, c’est tout le système d’aide à la longue distance qui sera remis en cause. Un risque, pour Blablacar, de voir émerger un dispositif moins généreux. Le jugement est attendu d’ici trois semaines.
Contacté, Blablacar n’était pas disponible à l’heure de la publication de cet article.