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Transports - Auto

ADP : Augustin de Romanet candidat à un troisième mandat

En poste depuis 2012, le PDG d’Aéroports de Paris a fait savoir ses intentions à l’Élysée. Si ses chances d’être renouvelé sont bonnes, Emmanuel Macron peut aussi lui préférer un proche dans la dernière ligne droite.

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ERIC PIERMONT / AFP

Augustin de Romanet prêt à repartir ? Le patron d’ADP se verrait bien reconduit une nouvelle fois à la tête du groupe aéroportuaire, qu’il préside depuis sa nomination par François Hollande en 2012. Il a fait savoir à la présidence de la République, « de façon aussi officielle que discrète, qu’il était candidat au renouvellement de son mandat », selon plusieurs sources. L’intéressé ne dément d’ailleurs pas une candidature, concédant uniquement qu’il « n’[a] aucune information » de la part de l’exécutif. La décision doit intervenir au printemps, pour être entérinée le 21 mai 2024 par l’assemblée générale des actionnaires d’ADP, dont l’État détient toujours plus de la majorité du capital.

Augustin de Romanet a déjà été reconduit par Emmanuel Macron une première fois en mai 2019, et il n’ignore pas que le locataire actuel de l’Élysée apprécie d’avoir les coudées aussi franches que possible et une absence de pression, notamment médiatique, pour exercer son pouvoir de nomination. « Il n’y a pas de campagne active, souligne un proche. Augustin gère cette phase délicate tout en souplesse. Les relations avec la tutelle sont bonnes, il n’y a pas de danger particulier. »

Une difficulté pointe toutefois : le PDG, qui aura 63 ans en mai, atteindra, au cours de son éventuel prochain mandat, la limite d’âge autorisée pour diriger le groupe. Car, en l’absence de mention spécifique dans les statuts des sociétés anonymes, comme c’est le cas pour ADP, le code du commerce fixe une limite à 65 ans. Néanmoins, le sujet fait l’objet d’interprétations juridiques diverses : pour certains, le dirigeant doit quitter ses fonctions le jour de sa date anniversaire, quand d’autres jugent qu’un mandat entamé peut être terminé. « La modification peut de toute façon prendre effet avec une décision du conseil d’administration, qui sera ratifiée par l’Assemblée générale, rappelle un expert. C’est donc à l’État, actionnaire à 50,6 % du capital, de se positionner sur le sujet. »

L’ex-patron de la Caisse des dépôts et consignations a pour lui un bilan plutôt favorable, marqué par des résultats financiers revenus au beau fixe après l’épidémie de Covid-19 et des dividendes à nouveau versés à l’État dès 2022. « Augustin de Romanet a fait le job, à la fois pendant la période Covid et pour le développement de l’entreprise, juge un dirigeant du secteur. ADP est maintenant positionné pour profiter à plein des marchés à la plus forte croissance dans le monde, la Turquie et l’Inde. » Le projet de privatisation, finalement repoussé par la crise sanitaire, comme la nouvelle taxe imposée cet automne par le gouvernement sur les infrastructures (autoroutes et aéroports) n’a pas entamé des relations « cordiales et de confiance » avec l’Élysée. De même, ADP s’est plutôt bien sorti de l’épineuse préparation des transports pour les Jeux olympiques de Paris, où la RATP et la SNCF se retrouvent plus en difficulté. Le PDG d’ADP pourrait aussi, selon un bon connaisseur des arcanes de l’État, « être porté par une ‘jurisprudence JO’ (ndlr : qui induit qu’on ne change pas un patron quelques mois avant l’évènement) comme Jean-Pierre Farandou », son homologue à la SNCF, également dans l’attente de son renouvellement.

Autre avantage pour Romanet : pour l’instant, les candidats concurrents ne se bousculent pas. « Le poste n’est pas la sinécure que certains croient, indique un dirigeant du groupe. Il faut être disponible H24 pour régler des crises à répétition avec des enjeux industriels, sociaux, sécuritaires et régaliens sur les frontières et l’accès au pays. » Mais, dans cette dernière ligne droite, le risque existe toujours de voir le Président préférer placer un proche en mal de hautes responsabilités. « Nous restons méfiants car le danger peut venir de partout, souffle un soutien du PDG. En période de remaniement, on s’attend à ce que d’anciens ministres ou des fidèles collaborateurs lèvent le doigt pour réclamer un poste. » La fonction pourrait intéresser des acteurs au plus haut sommet de l’État. Comme l’ex-première ministre Élisabeth Borne, qui occupa des postes de direction à la SNCF, chez Eiffage et présida de 2015 à 2017 la RATP. Ou Alexis Kohler, l’inamovible secrétaire général de l’Élysée depuis 2017, que la rumeur annonce régulièrement en partance.

Rappelons toutefois que le fauteuil de PDG d’Aéroports de Paris est attribué, depuis 2010, après accord du Parlement dans le cadre de l’article 13 de la Constitution : cela encouragerait l’exécutif « à y réfléchir à deux fois avant d’ouvrir un nouveau front parlementaire alors qu’il ne dispose de majorité absolue ni à l’Assemblée, ni au Sénat », confie un conseiller ministériel. Le dossier est géré dans un cercle très restreint : le président de la République, son secrétaire général Alexis Kohler et le directeur de l’Agence des participations de l’État, Alexis Zajdenweber. Le ministre de l’économie Bruno Le Maire en est exclu : depuis que sa sœur cadette, Sibylle Le Maire, s’est mariée l’année dernière avec Augustin de Romanet, il s’est officiellement déporté des sujets tenant à ADP à partir du 4 août dernier. Le dossier est géré aujourd’hui par le premier ministre Gabriel Attal.