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Continuer la lectureGrégory Zaoui ne digère pas la fermeture de sa cagnotte Leetchi
Candidat à des législatives partielles, le cerveau de la « fraude à la taxe carbone » espérait financer sa campagne grâce aux dons des particuliers. Mais la plateforme l’en a empêché en s’appuyant sur le code électoral.
« Cette cagnotte Leetchi est à ma campagne législative ce qu’un avocat commis d’office est à un justiciable sans moyens financiers, je n’ai pas eu le temps de faire autrement, je n’ai pas de parti politique derrière moi en soutien, on n’attrape pas les mouches avec du vinaigre ». C’est avec sa verve habituelle que Grégory Zaoui avait présenté le 15 mars sur Twitter la cagnotte Leetchi qu’il venait de lancer. Objectif ? Lever des fonds pour financer sa candidature aux législatives partielles dans la neuvième circonscription des Français de l’étranger (Maghreb et l’Afrique de l’Ouest). Cette élection, organisée suite à l’invalidation de celle de 2022 pour des raisons techniques, a depuis vu la victoire de Karim Ben Cheikh (NUPES). Battu dès le 2 avril lors du premier tour avec seulement 9 voix, Zaoui estime que Leetchi a nuit gravement à sa campagne en fermant sa cagnotte le 17 mars. Après une première procédure avortée auprès du tribunal judiciaire de Paris, l’homme d’affaires compte faire appel.
Lors de l’audience en référé du 22 mars 2023, l’ex-affairiste a dénoncé une entrave au financement de sa campagne, et même une atteinte à sa liberté fondamentale « consistant à se porter candidat ». Pour plaider sa cause, il a assuré avoir respecté toutes les règles en vigueur. Une analyse pas vraiment partagée par Leetchi, défendue par Me Elsa Rodrigues, qui avait flairé de possibles contrariétés avec le code électoral, suffisamment graves pour justifier cette fermeture. Des indélicatesses confirmées par l’ordonnance du tribunal qui s’est appuyé sur l’article L.52-4 du Code électoral. Cette disposition impose aux candidats à une élection la désignation d’un mandataire. Celui-ci est alors chargé de recueillir « pendant les six mois précédant le premier jour du mois de l’élection et jusqu’à la date du dépôt du compte de campagne du candidat, les fonds destinés au financement de la campagne ». Ce mandataire peut passer par une cagnotte en ligne mais les sommes doivent être versées dans un compte de dépôt unique, où sont retracées la totalité des opérations financières.
Dans le cas présent, la justice a estimé elle aussi que ce n’est pas le mandataire financier qui avait ouvert cette cagnotte, ni qui était désigné comme titulaire du compte de paiement, mais à chaque fois Grégory Zaoui. Pour tenter de renverser cette conclusion, le candidat avait produit le relevé d’identité bancaire qui aurait été transmis à la société Leetchi (la plateforme conteste), libellé au nom du mandataire financier, mais la justice a estimé cette démonstration insuffisante : « Il ne s’agit pas d’un compte de dépôt unique (...) dans la mesure où l’intitulé du compte ne précise pas que le titulaire agit en qualité de mandataire financier du candidat, nommément désigné ». Pour la juridiction, pas de doute : « les fonds étaient manifestement destinés à être versés à Monsieur Zaoui, désigné comme le bénéficiaire de la cagnotte ». Le tribunal en a déduit qu’il n’y avait donc pas lieu à référé puisque « l’annulation de la cagnotte, fondée sur une violation de dispositions législatives et réglementaires du code électoral, ne constitue pas un trouble manifestement illicite », condition préalable à cette procédure d’urgence.
« J’ai détourné des milliards d’euros... »
Contacté par l’Informé, Grégory Zaoui nous annonce faire appel de la décision et qu’une plainte au pénal est par ailleurs en cours de rédaction. « Leetchi a menti à la cour avance-t-il. Lors de l’ouverture de la cagnotte, nous avions fourni toutes les pièces dont les coordonnées bancaires du mandataire financier comme la loi le prévoit. La défense de Leetchi a totalement occulté ces faits à la présidente de la chambre des référés du tribunal judiciaire de Paris qui ignorait les étapes d’ouverture d’un compte. Avec la plainte au pénal, les investigations permettront d’établir la vérité ». Et d’ajouter : « J’ai détourné des milliards d’euros, je ne vais pas lancer une cagnotte pour encaisser à titre personnel quelques milliers d’euros ! Dans ce dossier, j’ai été condamné à 5 000 euros pour couvrir les frais de justice. J’ai proposé à Leetchi si je pouvais ouvrir une nouvelle cagnotte pour pouvoir les payer ».
Également jointe par l’Informé, la plateforme reste droite dans ses bottes : « Nous démentons la totalité des propos de Monsieur Zaoui. Leetchi reçoit les RIB pour virement au moment de la demande de virement d’une cagnotte. Or, la cagnotte de Monsieur Zaoui a été bloquée bien avant sa demande de virement. » Après la fermeture de la cagnotte, Leetchi a restitué les fonds aux deux seuls donateurs : 20 euros pour l’un, 1 euro pour l’autre.