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Continuer la lecturePoursuivi en justice, le professeur Fourtillan lève des fonds pour relancer ses patchs
La plate-forme Ayomi démarche les investisseurs pour financer la société du pharmacien antivax, pourtant accusé d’exercice illégal de la pharmacie.
En voilà un qui ne se laisse pas démonter. Poursuivi par le parquet de Paris pour exercice illégal de la pharmacie, le professeur Fourtillan, devenu célèbre pour ses positions antivax, est en train de lever des fonds pour développer des patchs via sa société Sodeval. Objectif officiel ? Réunir 500 000 euros pour accélérer la production de dispositifs transdermiques destinés à administrer de la « valentonine », une molécule proche de l’hormone du sommeil (mélatonine), censée avoir de multiples vertus thérapeutiques.
Le démarchage est pour le moins musclé. Après un e-mail pressant - « Si vous êtes intéressé, soyez réactif car nous ne prendrons que les 30 premières souscriptions ! » - les investisseurs potentiels sont orientés vers la plate-forme Ayomi, « première intelligence artificielle qui permet de lever des fonds grâce à son réseau ». Joignables par téléphone, les commerciaux du site sont tout aussi engageants. « Pour l’instant, nous avons une trentaine d’investisseurs pour un ticket moyen de 40 000 euros… Et vous, vous pensez investir combien ? ». À l’autre bout du fil, Loïc ne défend rien moins qu’un projet « d’importance pour la santé publique ». Les « ImuPatch » seraient attendus à la vente dès cet été grâce à un partenariat avec des chaînes de supermarché en cours de discussion, selon le jeune homme qui vante les retours sur investissements impressionnants que la société Sodeval s’apprête à engranger.
Sur des documents maison, on peut découvrir d’autres éléments financiers enthousiasmants : une introduction en Bourse de Sodeval serait prévue en 2024, et la valorisation de la société a d’ores et déjà été fixée à 10 millions d’euros. « C’est une valorisation réalisée par notre comptable, par Ayomi, et aussi PwC ; elle s’appuie notamment sur nos nombreux brevets » nous assure Cédric Pierrot Stalmeier, le directeur général de Sodeval. La PME précise aussi avoir déposé 55 demandes de financement pour des biothérapies dans le cadre de l’appel à projets de la Banque Publique d’Investissement France 2030.
Sans trop de surprise, le commercial d’Ayomi s’étend beaucoup moins sur le passé du professeur Jean-Bernard Fourtillan, président de Sodeval. De 2018 à 2019, le scientifique avait testé ses patchs sur environ 400 malades d’Alzheimer et de Parkinson… Sans en avertir l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) qui avait alors fait interdire les essais. Le parquet de Paris a mis en examen l’ex-pharmacien pour exercice illégal de la pharmacie, tout en poursuivant les dirigeants et la société AdhexPharma, leader de la production de patchs en France, pour avoir concouru à cette entreprise - et en être complice. La société AdhexPharma et ses dirigeants ont été condamnés fin 2023 dans le cadre d’une procédure de reconnaissance préalable de culpabilité. L’ANSM a de son côté vu ses décisions retoquées par le juge administratif - jusqu’au Conseil d’État, pour un vice de procédure. « Ce qui montre qu’elle n’aurait pas dû intervenir », estime Cédric Pierrot Stalmeier. Sodeval a toutefois pris soin de requalifier son produit phare : ses patchs sont désormais des « compléments alimentaires ». Ce qui les affranchit des longues procédures d’obtention d’agrément réservées aux médicaments.
La société se défend, aussi, d’être antivax, malgré le positionnement longtemps défendu par le Professeur Fourtillan… mais elle propose aussi des patchs appelés Detox Vax et Detox Max, « pour assurer la détoxication de notre organisme de l’ensemble des métaux lourds et substances dangereuses ». Selon le courant antivax, les métaux lourds potentiellement présents dans de nombreux vaccins provoqueraient certaines pathologies.
Selon une enquête de Radio France, le Professeur Fourtillan avait déjà sollicité son réseau en 2020 pour acheter de l’or, l’équivalent de 4 kg qu’il promettait de réinvestir dans le Fonds Josefa. Cette structure, actionnaire majoritaire de Sodeval, portait les premiers essais cliniques.