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Santé

Leem, Opella, UPSA… l’intense lobbying des labos auprès des députés sur le PLFSS

Les industriels du médicament ont fait jouer leurs réseaux à l’Assemblée nationale pour essayer de contrecarrer les dispositions qui leur étaient défavorables dans le budget de la sécurité sociale.

Une session du débat sur le Projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS)
Une session du débat sur le Projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) ADNAN FARZAT / NurPhoto via AFP

Fait rare, le président du puissant lobby de l’industrie pharmaceutique (Leem), Thierry Hulot, a convoqué la presse dimanche 9 novembre, dans la soirée, pour dire tout le mal qu’il pensait des dispositions votées à l’Assemblée nationale dans le cadre de l’examen du projet de loi de financement de la ...

Le Leem s’est pourtant démultiplié auprès des députés pour peser sur le texte au Palais Bourbon. Le travail de sape a commencé, fin octobre, lors des débats en commission des affaires sociales. Deux députés ont porté les intérêts du lobby pharmaceutique : Philippe Vigier (Modem) et Josiane Corneloup (Les Républicains), soutenus par les élus de leurs groupes politiques. Philippe Vigier s’est montré le plus entreprenant pour défendre les labos. Son amendement visait à alléger la charge fiscale des industries du médicament au nom de la concurrence avec les États-Unis. Rejetée par les députés en commission, la mesure a resurgi une semaine plus tard en séance publique, sans plus de succès. Le gouvernement s’est montré inflexible aux demandes fiscales des Big Pharma par l’entremise de ces députés.

D’autres laboratoires ont agi en leur nom propre pour mener des actions d’influence. C’est le cas d’Opella, maison mère du Doliprane, vendue par Sanofi au fonds d’investissement américain CD&R en mai 2025. Selon nos informations, l’industriel s’est appuyé sur un lobbyiste au riche carnet d’adresses à l’Assemblée : il s’agit d’Alexandre Freschi - élu LREM entre 2017 et 2022 - reconverti depuis lors en consultant. Ce dernier a servi de courroie de transmission avec les parlementaires, en mobilisant des élus du bloc central sur plusieurs propositions du laboratoire pharmaceutique. Il vient d’ailleurs d’inscrire sa société, Aube Fama, au registre de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), avec Opella pour seul et unique client déclaré.

Conséquence directe : le député Bertrand Bouyx (Horizons) s’est fait le relais de l’industriel, vendredi 7 novembre, dans l’hémicycle. Il a défendu un amendement visant à modifier l’assiette des contributions dues par les entreprises pharmaceutiques pour passer du chiffre d’affaires au montant des dépenses réellement engagées par l’Assurance maladie, forcément bien moins élevé. Deux autres parlementaires lui ont emboîté le pas : François Cormier-Bouligeon et Christophe Marion, appartenant au groupe de Gabriel Attal, via des amendements similaires.

Upsa mobilise un député un député du Lot-et-Garonne

L’entrisme des labos ne s’est pas arrêté là. UPSA, qui produit le Dafalgan et l’Efferalgan dans son usine historique du Lot-et-Garonne, a mobilisé le député du département, Michel Lauzzana (parti), pour faire entendre sa voix. Ce dernier a défendu auprès de ses collègues une mesure prévoyant une ristourne fiscale de 20 % pour les entreprises qui fabriquent leurs médicaments en France ou au sein de l’Union européenne. UPSA a réussi à convaincre les députés Vincent Thiébaut (Horizons) et Bertrand Bouyx de déposer des amendements similaires sur le sujet, sans qu’ils n’emportent l’adhésion des députés dans l’hémicycle.

Au final, c’est une requête comparable qui a été votée en séance publique. Michel Lauzzana et Bertrand Bouyx ont permis l’adoption d’une mesure qui introduit un critère de territorialité dans le calcul de la clause de sauvegarde, pour tenir compte du lieu de production des médicaments. Une demande qui émanait en réalité d’un autre lobby, à savoir l’AMLIS, qui représente les intérêts des PME du médicament - soit près de 160 entreprises à l’échelle du territoire.

Contacté, le LEEM n’a pas répondu à nos questions à l’heure de notre publication. Pas plus qu’Opella, UPSA, l’AMLIS et les députés cités dans l’article.