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Continuer la lectureSurconsommation d’huile : Volkswagen sous la menace d’un nouveau scandale
Le tribunal d’Évreux a commandé une première expertise judiciaire sur la consommation excessive d’huile de certains moteurs essence du constructeur allemand. Celle-ci pourrait déboucher sur le constat d’une mauvaise conception industrielle.
Les forums de discussions sur l’automobile en sont envahis ! Depuis plusieurs années, nombreux sont les propriétaires de Golf, Tiguan ou Polo Volkswagen à se plaindre d’une surconsommation d’huile de leurs véhicules, tous produits à partir de 2008. La plupart du temps, les mécontents demandent une prise en charge du remplacement du moteur par le groupe allemand : les plus chanceux obtiennent de rendre leur voiture contre un remboursement, quand les autres se séparent tout simplement de leur véhicule défectueux. Mais selon nos informations, la pression sur le premier constructeur européen, qui commercialise aussi les marques Audi, Skoda et Seat, vient de monter d’un cran. Une action en justice, lancée par le propriétaire d’un van California n’ayant pas obtenu de prise en charge du fabricant a débouché sur l’ouverture d’une première expertise judiciaire, ordonnée par le tribunal judiciaire d’Évreux.
Lors des nombreux contentieux qui se sont rdéjà retrouvés devant les tribunaux sur cette consommation excessive d’huile, les expertises techniques étaient apportées par les plaignants. Ici, c’est bien la première fois qu’un tribunal réclame une expertise judiciaire : elle pourrait aboutir au constat d’un vice de construction affectant tous les moteurs produits par le groupe allemand à cette époque. Cet exercice « est capital pour démontrer, enfin, qu’il s’agit d’un problème technique lié à la conception et pas d’un défaut d’entretien, explique Frederik-Karel Canoy, avocat du plaignant d’Évreux. Chaque propriétaire ayant subi les mêmes dommages pourrait alors obtenir réparation de ses préjudices. » Un expert auprès de la Cour d’appel de Rouen a mené début janvier ses travaux sur le moteur défectueux. Il doit remettre son rapport dans les prochaines semaines.
Jusqu’ici, les expertises techniques sur les anciens moteurs essence du groupe allemand mettent en cause un défaut d’étanchéité des segments, c’est-à-dire les ressorts entourant les pistons qui assurent que la chambre de combustion, où le mélange air-carburant explose, est bien hermétique du reste du moteur. S’ils sont défectueux, l’huile encrasse le tout et son niveau peut passer sous le seuil minimum pour son bon fonctionnement. « Il n’est pas normal de mettre de l’huile sans arrêt dans un moteur automobile ! », s’emporte Me Frederik-Karel Canoy, qui a délivré l’assignation contre le concessionnaire Volkswagen à Dreux (28), le groupe Lecluse. En 2018, son client achète un van California d’occasion, produit en 2014, pour environ 45 000 euros. Mais il s’inquiète d’un voyant du niveau d’huile qui passe souvent au rouge, ce qui l’oblige à faire contrôler à plusieurs reprises son utilitaire léger par le concessionnaire normand. Celui-ci ne préconise pas de réparation autre que l’ajout régulier de lubrifiant.
Le garage propose finalement en septembre 2023 de démonter le moteur essence pour vérifier la conformité de l’ensemble des pièces (un « contrôle de métrologie » dans le jargon de la réparation automobile), ce que le propriétaire accepte. Mais à la suite de cette opération facturée 2 500 euros, le California est victime en novembre d’une panne moteur qui l’immobilise totalement. Le garage Lecluse suggère alors des réparations à hauteur de… près de 15 000 euros ! L’automobiliste décide alors de se retourner contre son réparateur, dénonçant son inertie malgré multiples prises en charge du véhicule et la non-communication des résultats du « contrôle de métrologie ». Le garagiste se défend devant le tribunal d’Évreux en faisant valoir que son client a continué d’utiliser le California « alors que celui-ci connaissait une consommation excessive d’huile non réparée ». Il ajoute que le conducteur n’aurait pas non plus « transmis les justificatifs d’entretien du véhicule qui étaient réclamés par le constructeur pour une prise en charge des réparations ». Le tribunal judiciaire d’Évreux a toutefois constaté « la vraisemblance des désordres dénoncés » affectant le moteur du van. Jugeant « légitime » l’intérêt du propriétaire à établir la cause du dommage et évaluer le montant de son préjudice, il a donc ordonné une expertise.
Cela pourrait constituer un nouveau problème de taille pour l’industriel allemand, toujours empêtré dans le scandale du Dieselgate, pour lequel il a reconnu en 2015 l’utilisation de logiciels cachés pour déjouer les tests anti-pollution de ses véhicules diesel. Ouvert la même année par une plainte pour tromperie déposée par Frederik-Karel Canoy, le contentieux en France attend toujours son procès. Le constructeur de Wolfsburg, qui a multiplié les recours devant la Cour d’appel de Paris, a été mis en examen en 2021 pour « tromperie sur une marchandise entraînant un danger pour la santé de l’homme ou de l’animal ». Les trois magistrats instructeurs du tribunal judiciaire de Paris ont clos leur enquête, mais le procureur de la République tarde à rendre son avis, nécessaire pour que l’affaire soit renvoyée devant le tribunal correctionnel.
Interrogé, Volkswagen Group France n’avait pas répondu à nos questions à l’heure de la publication de cet article.