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Continuer la lectureLa marque pour enfants Cyrillus condamnée pour discrimination à la grossesse
La chic enseigne aux 60 magasins en France met la famille au centre de son business. La justice vient de reconnaître que la direction avait harcelé et mis de côté une directrice de magasin enceinte.
« Cyrillus, c’est l’histoire d’une maman qui décide de créer une ligne de beaux classiques pour ses enfants. » Quarante ans après sa naissance, la très chic marque de vêtements et de linge de maison, rachetée par le groupe MGA (Des Petits Hauts, Harris Wilson) en 2021, affiche toujours la famille com...
« Les méthodes de discrimination et de harcèlement moral mises en œuvre par la direction de Cyrillus paraissent relativement grossières », commente le conseil, qui a défendu la salariée aux côtés de Me Carine Benamouzig et de Me Laetitia Lencione. Immédiatement après l’annonce de sa grossesse, la direction a adressé à la responsable de magasin un avertissement pour lui reprocher des absences. La jeune femme s’est aussi vue imposer la présence à ses côtés d’un collègue masculin, gérant d’une autre boutique parisienne. « Comme si le fait d’être enceinte m’avait rendu soudainement incapable de travailler, se souvient l’ancienne cadre. J’avais toujours été félicitée, j’avais même eu une prime pour la gestion du magasin quelques semaines auparavant, et du jour au lendemain, plus aucune de mes choix n’allait, j’avais sans cesse des remarques et je me sentais surveillée, épiée. » Sa hiérarchie lui retire subitement l’écran de vidéosurveillance qu’elle avait pour garder un œil sur le point de vente depuis son bureau, et assurer ses missions de responsable.
Inertie de la direction
La jeune mère tombe des nues, habituée à une tout autre atmosphère. « On travaillait dans une ambiance familiale, on parlait quotidiennement de maternité, de la rentrée des classes, des vacances scolaires… ». Aussitôt, elle multiplie les alertes auprès de la direction des ressources humaines de Cyrillus. « Est-ce pour me pousser à partir ? Suis-je devenue incompétente en l’espace d’un mois ? », écrit-elle dans un mail. La réplique de la société n’arrange rien à son mal-être. « Je vous prie dès à présent de cesser tout propos diffamatoire ainsi que toute interprétation fallacieuse à l’encontre de votre hiérarchie ou de l’entreprise », répond la direction, avant de lui rappeler sa convocation à un entretien qui peut aller jusqu’au licenciement. « Je vous laisse donc le soin de préparer tous vos commentaires pour cet entretien, à supposer qu’ils soient opportuns. »
Sous le choc à la lecture du mail, la jeune femme fait un malaise dans sa boutique. Les pompiers interviennent. Après cet épisode, son médecin lui prescrit un arrêt maladie à cause de son stress. « La DRH m’a clairement dit d’arrêter de faire des vagues. J’ai compris que je n’aurais aucun soutien. » À son retour de congé maternité, Cyrillus lui propose un poste d’adjointe à la responsable d’un magasin à Versailles, à plus d’1 h 30 de chez elle. Une offre qui revient à la faire chuter d’un échelon, avec moins de primes. En face, la société échoue à prouver ses efforts pour lui trouver un poste équivalent à ses anciennes fonctions. « Mon psy m’a interdit de remettre les pieds chez eux », explique la mère de famille. Devant la justice, la jeune femme a fait valoir que le comportement de la direction visait à la pousser à la démission. Face aux manquements de l’enseigne, la cour d’appel de Paris a fait droit à la résiliation judiciaire de son contrat de travail. Dans ce dossier, le Défenseur des droits s’est aussi rangé du côté de la salariée.
Sollicitée par l’Informé, la société Cyrillus n’a pour l’instant pas donné suite.