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Continuer la lectureRoquette remet en vente les colorants caramel Sethness
Sept ans après leur rachat, le roi de l’amidon a lancé cette cession dans l’espoir d’en tirer près d’un demi-milliard d’euros. Il finalise en parallèle la plus grosse acquisition de son histoire.
L’investissement aura été de courte durée. En 2018, le groupe Roquette, géant français des dérivés d’amidon et de protéines végétales, s’offrait l’américain Sethness, un important producteur de colorants caramels. Cet ingrédient liquide ou solide obtenu par un processus de caramélisation sert à la fabrication d’un grand nombre de denrées alimentaires, ici vendu aux marques de sodas comme Coca-Cola ou aux industriels de la pâtisserie et du snacking. Mais selon plusieurs sources, le champion nordiste est déjà prêt à s’en séparer : il a effectivement mandaté la Société Générale pour trouver un acheteur à sa filiale.
Les discussions en sont même arrivées à un stade assez avancé puisque la deuxième phase des enchères aurait fini par débuter après, semble-t-il, un temps d’hésitation du vendeur face aux offres de premier tour (indicatives). Les négociations opposeraient aujourd’hui une poignée de prétendants - ils ne seraient que trois, voire quatre. Si les industriels étaient fortement pressentis au départ, les fonds d’investissement seraient bien représentés dans la short-list. « Entre les deux tours des enchères, des acteurs ont été repêchés pour relancer un peu la compétition », confie un connaisseur du dossier, qui évoque notamment un appel du pied lancé à des investisseurs américains. Des sources laissent entendre que Roquette avait mis sa filiale en vente en espérant en tirer une valorisation relativement proche du demi-milliard d’euros. Un ordre de grandeur à comparer avec les quelque 200 millions d’euros de chiffre d’affaires que réaliserait Sethness, pour un Ebitda qui serait compris entre 40 et 50 millions d’euros.
Avant même son rachat par le poids lourd tricolore, Sethness avait préalablement bâti des liens avec lui, via des joint-ventures en France et en Chine. L’un de ses quatre sites industriels est d’ailleurs basé à Merville, dans le Nord, entre Hazebrouck et Béthune…à deux pas du siège de Roquette, situé dans le village de Lestrem, à la limite avec le Pas-de-Calais. Créé en 1880 dans l’Illinois, Sethness est devenu l’un des principaux producteurs de colorant caramel au monde, avec une part de marché de l’ordre de 20 à 25 %. Parmi ses concurrents notables figure DDW (filiale de Givaudan, géant suisse des ingrédients), confronté fin 2024 à l’explosion d’une usine américaine… qui aurait amené certains de ses clients à se tourner vers Sethness pour sécuriser leurs approvisionnements. Le marché des colorants caramel continue de bénéficier de la croissance des ventes de sodas et de snacking dans les économies émergentes, là où il stagne dans les pays occidentaux, notamment sur fond de chasse à la malbouffe.
Roquette a lancé la vente de Sethness au moment même où il boucle la plus grosse acquisition de son histoire, le rachat de l’activité d’excipients pharmaceutiques du géant américain des ingrédients et arômes IFF. Une opération qui va lui rapporter presque un milliard de dollars de chiffre d’affaires supplémentaire. Annoncé il y a tout juste un an, ce deal d’un montant de 2,6 milliards de dollars (hors compléments de prix) doit permettre au groupe familial d’accentuer sensiblement sa diversification vers le médical, alors qu’il génère 80 % de ses ventes dans l’agroalimentaire. Pour avaler ce gros morceau, Roquette a fait appel pour la première fois de son histoire au marché obligataire, en levant 1,2 milliard d’euros, en parallèle de l’obtention d’un prêt-relais bancaire… Mais ces financements contribuent à augmenter l’endettement au moment où le nordiste a enregistré un recul de 10 % de son chiffre d’affaires en 2024 (4,4 milliards d’euros), et une baisse de 13 % de son Ebitda (529 millions d’euros), pénalisé par le repli des cours mondiaux sur les marchés alimentaires, lui qui à l’inverse avait bénéficié de la hausse des prix en 2023 ». « Roquette est assuré d’avoir les fonds pour boucler l’acquisition d’IFF Pharma, explique une source financière. Une cession de Sethness n’est pas une condition indispensable pour y parvenir, mais elle permettrait au groupe d’être plus ‘confortable’ à l’égard de la progression de son endettement. »
Interrogé par l’Informé sur ce projet de cession, Roquette a indiqué qu’il « ne commente pas les rumeurs ». Le groupe indique néanmoins avoir « une gestion dynamique et pragmatique de son bilan et de son portefeuille d’actifs » et « examine régulièrement toutes ses options stratégiques dans l’intérêt de toutes ses parties prenantes ».