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Finance - Conseil

Patrick Puy tire un trait sur son fonds pour entreprises en difficulté

L’ex-patron de Vivarte et son associé Pascal Lebard ont liquidé leur société de gestion Equerre Capital Partners. À leurs yeux, l’absence de soutien de Bpifrance a été fatale au projet.

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Alamy Stock Photo / Abaca

L’un s’est forgé une réputation de star des restructurations chez Moulinex ou Vivarte. L’autre a piloté pendant une quinzaine d’années le groupe papetier Sequana, qui a fini en liquidation judiciaire… Patrick Puy et Pascal Lebard espéraient capitaliser sur leur CV pour lever un fonds de 300 millions d’euros. L’objectif ? « Remettre d’équerre des entreprises en difficulté », expliquaient-ils. D’où le nom de leur société d’investissement : Equerre Capital Partners. Mais le projet a fini par tomber à plat. Faute de capitaux suffisants pour se lancer, la société de gestion à été récemment liquidée, a appris l’Informé.

Le véhicule devait prendre des participations majoritaires dans des sociétés de taille moyenne pour les aider à se restructurer et à redevenir durablement rentable. Un segment - le « retournement » - considéré comme risqué et socialement sensible, où les acteurs du private equity sont peu nombreux à pouvoir convaincre des institutionnels ou des fortunes familiales d’apporter leur argent dans un fonds d’investissement. Equerre Capital Partners avait bon espoir. En février 2023, Patrick Puy se disait même confiant quant à sa capacité à disposer dans un avenir proche de 180 millions d’euros pour un premier « closing ». Cette étape, techniquement, donne le top départ des investissements.

Mais le vieux routier des restructurations et son associé ont fini par jeter l’éponge. Auprès de l’Informé, Patrick Puy reconnaît bel et bien un « échec ». Malgré une période assez peu favorable aux levées de fonds dans le private equity (et encore plus pour les nouvelles sociétés de gestion), il aurait pourtant reçu de nombreuses promesses de souscription. Mais, à l’écouter, l’absence de soutien de Bpifrance comme souscripteur aurait pénalisé le fonds. La banque est effectivement l’un des plus gros investisseurs tricolores dans les véhicules de private equity : en 2023, elle a par exemple accordé 1,6 milliard d’engagements de souscription, ses interventions étant historiquement fléchées vers le capital-risque, les fonds sectoriels ou régionaux pour l’essentiel. Le soutien de Bpifrance agit traditionnellement comme une sorte de label : sa présence dans un fonds rassure les investisseurs privés et suscite auprès d’eux un certain effet d’entraînement. C’est ainsi que, aux yeux de Patrick Puy, la décision de Bpifrance de ne pas investir aux côtés d’Equerre a eu pour effet de refroidir les autres souscripteurs. Quand bien même son projet était bien vu à Bercy, insiste-t-il.

Le fonds avait commencé à étudier quelques dossiers sensibles. Selon nos informations, il a par exemple envisagé d’investir dans la compagnie aérienne Corsair - sauvée de justesse fin 2023 grâce à, entre autres, une annulation de dettes fiscales et sociales (laquelle fait actuellement l’objet d’une enquête de Bruxelles au titre des aides d’État). Mais Bpifrance s’est semble-t-il montrée dubitative sur le profil de l’équipe, très concentrée autour de ses deux fondateurs. Patrick Puy et Pascal Lebard ont aujourd’hui 68 et 61 ans, un âge assez avancé si on le rapporte aux dix ans de durée de vie d’un fonds de private equity. La banque publique aurait par ailleurs assez peu goûté de voir Patrick Puy continuer à accepter de nouvelles missions à la tête des entreprises, en parallèle de son projet. Fin début 2022, l’intéressé avait accepté de devenir le patron de Go Sport, au moment où le distributeur était au bord du gouffre.

Les pouvoirs publics, et en particulier Bpifrance, ont souvent eu des positions ambivalentes à l’égard du retournement d’entreprises. Les règles européennes sur les aides d’État imposent des limites très strictes à des prises de participations publiques dans une société en difficulté. Priorité a été donnée de favoriser l’émergence de véhicules privés. En 2016, l’État avait monté un fonds de fonds de retournement dont la gestion avait été confiée à Bpifrance. Cet instrument n’a toutefois souscrit qu’à une poignée de fonds, comme Hivest Capital Partner - qui, d’ailleurs, s’est plus concentré sur des sociétés sous-performantes que vers des structures ayant besoin de vraies restructurations. Le britannique Bridgepoint avait caressé le projet de lever un fonds de 300 à 500 millions d’euros en France, ce que Bpifrance avait encouragé, mais le projet a fini dans une impasse. Aucune nouvelle initiative de cette ampleur ne s’etait depuis fait jour, si ce n’est celle de Patrick Puy et de Pascal Lebard.

Contacté, Bpifrance n’a pas donné suite à nos sollicitations.