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Médias - Culture

Porno : Jacquie et Michel perd une bataille contre Nikita Bellucci

La comédienne et productrice avait mis publiquement en cause les pratiques de la plateforme X, qui l’avait assignée pour dénigrement devant le tribunal de commerce. Ce dernier s’est déclaré incompétent.

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À gauche : Nikita Bellucci À droite : Romain Longieras / Hans Lucas via AFP

Nikita Bellucci n’est pas passée loin de la catastrophe. Attaquée en justice par la plateforme pour adultes Jacquie et Michel, l’actrice et réalisatrice de films pornographiques aurait pu être condamnée à lui verser jusqu’à 700 000 euros pour dénigrement. Mais ce 30 janvier, le tribunal de commerce de Paris devant lequel la société avait assigné son ex-actrice star et son mari s’est déclaré incompétent à trancher le litige. À l’origine de toute cette affaire ? Des déclarations publiques de Nikita Bellucci, dénonçant les pratiques de Jacquie et Michel. Parmi les propos litigieux, la société reprochait à Bellucci des sorties comme « Ces réalisateurs aux agissements nauséeux sont aujourd’hui rattrapés par la justice », « Quand on produit à bas prix il ne faut pas s’étonner qu’il y ait des dérives » ou encore « Ils ont enfanté un modèle de production ultradiscount, laissant le champ libre aux prédateurs dont les actrices ont été les victimes ».

À l’époque, Nikita Bellucci s’était également exprimée à l’époque sur l’affaire sur BFM TV mi 2022 : « Ce qu’on demande concrètement, ce sont des excuses (...) tout ce modèle qu’ils ont mis en place ce n’est plus possible. (...) Il faut que ça cesse. » Engagée pour l’interdiction du porno aux mineurs et la promotion d’une industrie plus éthique et respectueuse du consentement, Bellucci avait relaté un épisode survenu lors d’un tournage : après qu’on lui a servi de l’alcool, le réalisateur d’un film X avait, selon elle, « réalisé un acte sexuel sur [elle] » sans son accord préalable.

Une mauvaise publicité dont aurait aimé se passer la plateforme pour adultes : le site était déjà sous le coup d’une enquête pour viols et proxénétisme depuis juillet 2020, et son fondateur Michel Piron, mis en examen en juin 2022 pour complicité de viol et traite d’êtres humains en bande organisée.

Remontée, la société Ares, propriétaire du portail porno, a donc attaqué la productrice ainsi que son mari Ludovic Dekan fin 2022 pour dénigrement. Dans le droit de réponse publié dans plusieurs médias à la demande d’Ares l’entreprise reprochait aux époux de s’être « lancés dans une campagne de dénigrement (presse, réseaux sociaux, radio etc…) à son égard, tout en ménageant d’autres concurrents du secteur avec qui ils entretiennent des intérêts commerciaux. »

Et d’ajouter : « si Nikita Bellucci est libre de raconter ses différentes expériences sur des tournages pornographiques, elle ne peut en revanche pas dénigrer constamment les contenus Jacquie et Michel, d’autant qu’elle et son mari sont producteurs de films et donc directement concurrents de la société ARES. » Pour réparer son préjudice, l’entreprise réclamait donc aux époux 700 000 euros de dommages et intérêts. Un montant correspondant à la perte d’un contrat que la plateforme avait signé avec Canal+. Perte que Jacquie et Michel imputait donc aux propos de leur ex-actrice star.

De leur côté, Nikita Bellucci et son mari estimaient que les faits relevaient davantage de la diffamation, compétence du tribunal judiciaire, que du dénigrement, compétence du tribunal de commerce. Des arguments entendus par ce dernier, qui s’est donc dessaisi, condamnant au passage la société à verser 10 000 euros de frais d’avocats aux époux. Contacté, Ares précise avoir décidé de faire appel de la décision, estimant « que les propos de Nikita Bellucci et son mari relèvent du dénigrement commercial et que la compétence du tribunal de commerce est justifiée ». De toute façon, Ares n’a pas d’autre choix que de poursuivre dans cette voie puisqu’une procédure en diffamation est aujourd’hui impossible : le délai de prescription en la matière est de trois mois, or les propos litigieux datent de 2022.

Quant à lui, l’avocat de Bellucci Richard Malka a regretté une « procédure qui était une aberration juridique et un moyen de pression pour empêcher ma cliente de témoigner sur les actes qu’elle a relatés » et a salué « un camouflet justifié pour Jacquie et Michel ». Les époux Bellucci ont également réagi à la décision dans un communiqué en date du 2 février : « Cette affaire met en lumière les moyens mis en œuvre par la société ARES pour tenter de museler les témoins d’éventuelles dérives constatées sur les tournages, et dont l’objectif n’est que de dissuader toute prise de parole liée aux scandales à répétition qui visent, depuis 2020, le site internet Jacquie et Michel. »

Article modifié le 31 janvier à 10 h 25 puis à 10 h 59 suite à la réaction des deux parties, puis le 2 février avec le communiqué diffusé par les époux.

Les bons comptes de Jacquie et Michel

Le business de Jacquie et Michel se porte (presque) toujours aussi bien. La société Ares a enregistré un chiffre d’affaires en hausse de 88 % entre 2018 et 2021, passant de 4,8 à 9 millions d’euros. Sur l’exercice 2022, les revenus ont légèrement baissé, à 7,9 millions d’euros, mais les bénéfices sont restés solides, à 2,5 millions d’euros. Comme à son habitude, l’entreprise a reversé une grande partie de ses profits - 80 % pour être exact - sous forme de dividendes. Sur les cinq dernières années, Ares a ainsi distribué 10,1 millions d’euros à ses actionnaires, Michel Piron, sa compagne Araceli, et son fils Thibault, président de la société depuis la mise en examen du patriarche en 2022.

Une réponse de la société ARES
Contrairement à ce qui peut être sous-entendu dans cet article, ARES n’a jamais eu, ni lors de l’engagement des poursuites contre Nikita Bellucci et son mari, ni aujourd’hui encore après cette décision du tribunal de commerce, la volonté d’attaquer les propos tenus par ces personnes sur le terrain de la diffamation. Ces propos ne sont pas diffamatoires mais constitutifs de dénigrement de la part de concurrents agissant sur un même secteur d’activité, peu importe donc que la prescription en matière de diffamation soit acquise. Appel sera ainsi interjeté. Il ne peut donc être laissé sous-entendre qu’ARES persisterait dans son action en détournant les voies de droit.