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Industrie

Les camions Petit Forestier devraient enfin boucler le départ de leur deuxième actionnaire

L’entreprise familiale de camions frigorifiques se prépare depuis 2022 au départ d’un gros minoritaire, le belge Sofina. Le suspens pourrait bientôt s’achever.

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Alamy Stock Photo / Abaca

La route aura été longue pour le roi de la location de camions frigorifiques Petit Forestier. Cela fait plus d’un an et demi que le groupe familial de 5 600 salariés attend plus ou moins un remplaçant pour l’un de ses actionnaires, Sofina, qui détient une participation minoritaire... Mais la sortie du capital est peut-être enfin à portée de main pour la holding d’investissement belge cotée sur Euronext, suite au nouveau round de négociation lancé fin 2023. Selon plusieurs sources, la dernière ligne droite des discussions s’est ouverte sur un face-à-face entre deux fonds, KKR et Wren House. Présent dans le deal au travers de sa branche infrastructures, le géant américain de l’investissement bataille avec un gestionnaire d’actifs affilié au fonds souverain du Koweït, actionnaire en France du numéro quatre de l’hospitalisation privée Almaviva. Parmi les quelques autres investisseurs aux poches profondes qui se seraient manifestés dans le dossier ces derniers mois, on trouverait le français Antin, les américains Apollo et BlackRock, mais aussi deux fonds souverains d’Abu Dhabi, Adia et Mubadala.

Pour encadrer les discussions, les actionnaires de Petit Forestier s’appuient sur les bons offices de deux banques d’affaires : Rothschild & Co est à la manœuvre via ses associés Grégoire Chertok et Brice Lemonnier, tandis que Natixis Partners intervient par l’entremise de l’un de ses « managing partners », Ludovic Tron. Ces banquiers de choc ont été chargés de dégeler la situation actionnariale du champion des camions frigorifiques. En 2022 - soit quinze ans après son entrée au capital de Petit Forestier pour l’aider à se retirer de la Bourse - Sofina s’était montré prêt à sortir pour de bon. Sa participation dans le Français est l’un des plus gros actifs de la holding contrôlée par la famille Boël, célèbre dynastie des affaires du capitalisme belge. Sofina a même tenu des négociations très avancées avec deux investisseurs pour vendre ses parts, l’australien Macquarie et le français EDF Invest, le fonds « maison » de l’énergéticien public. Sauf que les discussions ont fini par capoter, des sources évoquant notamment la difficulté de trouver un terrain d’entente avec la famille Forestier autour d’un pacte d’actionnaire. Après ces échecs, Sofina a pu donner l’impression d’obtenir un lot de consolation à l’été 2023 en cédant un bloc de 9 % du capital de Petit Forestier à ses actionnaires familiaux, ce qui a eu pour effet de ramener sa participation de 43 à 34 %. Il est toujours le deuxième actionnaire de la société.

Créée en 1907 sous le nom de Transport Forestier Frères et spécialisée à ses débuts dans l’acheminement du bétail vers les abattoirs, l’entreprise s’est orientée plus tard vers le transport frigorifique avant de se lancer dans la location de camions à partir des années 1960. En 2020, l’un des représentants de la quatrième génération familiale, Léonard Forestier, a pris les commandes opérationnelles comme président du directoire, son père Jean-Claude demeurant à la tête du conseil de surveillance. La branche de la famille à laquelle ce tandem est rattaché avait conforté sa position de contrôle au capital du groupe en 2021. La branche d’Yves Forestier (le frère de Jean-Claude) avait effectivement cédé une partie de ses actions dans la holding familiale, ce qui avait donné lieu à l’arrivée du fonds For Talents de Mathieu Leclercq (ex-patron de Decathlon) à son capital.

La croissance du groupe est régulière : de 352 millions d’euros en 2006, son chiffre d’affaires a grimpé à 614 millions en 2016 et 1,07 milliard d’euros l’an passé… Petit Forestier communique moins depuis sa parenthèse boursière, qui a duré de 1998 à 2007. Le loueur avait fait parler de lui en 2017 en étant tout près de racheter Fraikin, son rival alors en grande difficulté. Mais l’opération ne s’est pas faite, Petit Forestier ayant fini par jeter l’éponge face à la méfiance de l’Autorité de la concurrence à l’égard de ce rapprochement qui aurait donné à l’acquéreur une trop grosse part de marché. Constamment en train d’investir dans des nouveaux camions (elle en compte près de 80 000), conteneurs et autres meubles frigorifiques, l’entreprise s’est lancée dans un ambitieux chantier : l’électrification de sa flotte de véhicules. Si son Ebitda se compterait en centaines de millions d’euros (la société ne publie pas ses comptes), Petit Forestier doit ainsi faire face à de lourds investissements.