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Industrie

Centigon, fabricant de blindés pour le Raid et la BRI, dans le viseur des Canadiens

La PME bretonne, qui a aussi assuré le blindage ou la customisation de véhicules du président Emmanuel Macron, devrait bientôt changer de mains.

Centigon
Centigon ANDBZ / ANDBZ/ABACA

Après les Chinois, les Canadiens. Centigon, fabricant de véhicules blindés basé à Lamballe-Armor en Bretagne, devrait bientôt changer de mains. Selon nos informations, ses propriétaires actuels - le fonds Red Star Macalline et le constructeur automobile Dongfeng - sont en discussion avec le groupe Roshel, dont le siège social est à Brampton dans l’Ontario. La PME française est habituée aux capitaux étrangers. Créée il y a 78 ans dans les côtes d’Armor, elle a tour à tour été reprise par les Américains O’Gara Hess & Eisenhardt et Armor Holdings, les britanniques BAE Systems, le fabricant belge Carat Duchatelet, avant de tomber dans l’escarcelle des Chinois en 2015.

Présidé depuis l’été dernier par Léo Rohmer, qui en a été le directeur administratif et financier pendant cinq ans, Centigon France a stabilisé son chiffre d’affaires ces dernières années : 36,5 millions d’euros en 2025, en ligne avec les 32 et 38 millions d’euros engrangés lors des deux exercices précédents, pour un effectif d’environ 150 collaborateurs. Autrefois plus tournée vers le blindage automobile des véhicules civils (transport de fonds, voitures diplomatiques…), l’entreprise a notamment assuré le blindage de véhicules du président Emmanuel Macron.

Face à une concurrence mondiale accrue ces dernières années, dopée par l’émergence de nouveaux acteurs très compétitifs, Centigon a amorcé un virage vers la Défense, dont les produits moins standardisés sont à plus forte valeur ajoutée. L’entreprise, qui réalise trois-quarts de son activité à l’export, a été retenue mi-mars par le ministère de l’intérieur pour fabriquer et assurer la maintenance de véhicules blindés pour les forces de sécurité intérieure (police et gendarmerie). La firme bretonne s’est vue attribuer un lot d’un peu plus de 8 millions d’euros dans cet accord-cadre d’un montant maximal de 33 millions d’euros. Elle a par ailleurs réussi sa séquence médiatique lors du dernier salon mondial de la défense Eurosatory, mi-juin, où elle a dévoilé son dernier véhicule d’intervention - « The Raven » (le corbeau) - destiné au RAID et à la BRI.

De quoi intéresser le Canadien, qui poursuit activement son développement en Europe. Le fabricant de blindés dirigé par Roman Shimonov a par exemple annoncé, à Eurosatory, la signature d’un protocole d’accord avec l’allemand Daimler Truck sur un partenariat de fabrication de blindés militaires pour l’Otan et ses alliés. Très présent dans le conflit ukrainien où le groupe a déployé près de 2 000 de ses véhicules « Senator », Roshel a aussi lancé une coentreprise pour la production locale de blindés en République tchèque en 2025 et s’est engagé dans un vaste programme de fournitures de véhicules aux forces armées moldaves dans le cadre d’un financement européen. Si le rachat de Centigon se confirme, il disposera de sa première implantation industrielle en France.

Contacté, Centigon n’a pas souhaité commenter nos informations. Roshel n’a pas répondu à nos sollicitations à l’heure de la publication de cet article.