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Énergie - Environnement

Ademe : la directrice de la prospective plie bagages à son tour

Le départ de Valérie Quiniou s’ajoute à plusieurs autres démissions au sein de la direction de l’agence de l’environnement. Le tout dans un climat de défiance à l’égard du nouveau PDG Boris Ravignon.

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AMAURY CORNU / Hans Lucas via AFP

Ce 4 janvier, le nouveau PDG de l’Ademe vient rencontrer ses équipes et leur présenter ses voeux, au siège, à Angers. Peut-être leur souhaitera-t-il un peu de stabilité… Car l’agence de l’environnement a connu une année 2022 mouvementée, avec le départ de son patron Arnaud Leroy en avril, puis de son directeur général délégué, Fabrice Boissier, en septembre. Et, selon nos informations, cette vague de départs se prolonge en ce début d’année :  la directrice exécutive Prospective et Recherche, Valérie Quiniou, quitte l’entreprise le 20 janvier, a appris l’Informé.

Après avoir piloté la direction Changement climatique de Total, l’ingénieure a pris la direction de la Prospective de l’Ademe en 2019. Elle y a notamment coordonné la production de Transitions 2050, un rapport socle pour l’agence, décrivant les 4 scénarios envisageables pour que la France tienne ses objectifs climat. Elle rejoint aujourd’hui le groupe d’énergies renouvelables marines Skyborn Renewables.

Inquiétudes sur les effectifs

Cette série de départs inquiète en interne, d’autant qu’elle survient à un moment délicat pour l’Ademe. La loi dite « 3DS » (pour différenciation, déconcentration, décentralisation et simplification), adoptée cet été, modifie le cadre réglementaire qui entoure son activité et renforce le contrôle de l’Etat. Concrètement, certains actes qui étaient jusqu’alors décidés de façon autonome par l’agence doivent désormais être validés par les préfets de région devenus « délégués territoriaux » de la structure.

Par ailleurs, l’arrivée d’un nouveau PDG de droite et pro-nucléaire suscite des interrogations dans une agence chargée de développer les énergies renouvelables, une mission inscrite dans ses statuts. « Le nucléaire à titre personnel ne me pose absolument aucun souci » a-t-il indiqué aux parlementaires lors de son audition. Membre du parti Les Républicains, maire de Charleville-Mézières et vice-président de la région Grand Est, Boris Ravignon s’est vu reprocher son manque d’expérience pour gérer une structure dont le budget atteint 4,3 milliards d’euros, mais aussi le fait qu’il ait l’intention de conserver son portefeuille de maire, « alors que le poste est un gros plein-temps » plaide-t-on en interne.

Sénateurs et députés ont d’ailleurs voté en majorité contre sa candidature, sans que les opposants n’atteignent les trois cinquièmes des votes exprimés, ce qui l’aurait de facto éconduit. Son arrivée est aussi fragilisée par une tribune publiée dans Libération, d’un collectif baptisé « La Vigie » et représentant des experts de la transition énergétique, qui appellent à un nouveau processus de candidature à la tête de l’agence.

Crainte d’un président godillot

« Nous avons besoin d’un président qui ne soit pas un président godillot qui applique les consignes de l’État, mais qui se pose en véritable interlocuteur, notamment pour éviter que n’importe quel ministère nous attribue des missions supplémentaires », estime Ruven Gonzalez, délégué syndical Syndicat National de l’Environnement àl’Ademe. Selon l’élu, la forte croissance des budgets de l’agence n’a pas été accompagnée d’une hausse des effectifs (904 équivalents temps plein aujourd’hui hors contrats temporaires), alors que de nouvelles missions ont été dévolues à l’Ademe en dehors de ses expertises directes, sur le secteur forestier par exemple. La question de la surcharge de travail, des burn-out et d’une baisse de qualité des dossiers traités a été au cœur de la dernière réunion du CSE en décembre dernier.

En plus de répondre aux controverses et de combler les postes manquants, le nouveau PDG devra dans ses premières semaines faire ses devoirs, comme l’a demandé le ministre de la transition écologique lors du congrès de l’Association des Maires de France à l’automne. L’Ademe, comme l’Agence Nationale de Cohésion du Territoire et le Cerema doivent désormais présenter à leur ministre de tutelle une feuille de route annuelle. Le maire de Charleville-Mézières s’est aussi engagé durant son audition à revoir sa rémunération, jugeant étonnant qu’elle soit plus importante que celle de son ministre de tutelle, soit de 15 830 euros par mois. Le salaire d’un ministre est actuellement de 10 136 euros.