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Transports - Auto

Comment le fonds Atlas Capital a pris le contrôle d’Hopium, l’ex-« Tesla à la française »

Installé dans les îles Vierges britanniques, le fonds à OCABSA a obtenu un changement de direction et de stratégie au sein de la start-up spécialisée dans l’hydrogène.

Emmanuel Macron au volant d’un prototype Hopium lors du mondial de l’Auto 2022, à Paris.
Emmanuel Macron au volant d’un prototype Hopium lors du mondial de l’Auto 2022, à Paris. GONZALO FUENTES / AFP

Les temps sont rudes pour Hopium, société star du Mondial de l’Auto 2022. Censée lancer une voiture de luxe propulsée à l’hydrogène, la société avait suscité les convoitises en promettant de développer une « Tesla à la française ». Son projet avait attiré l’attention du président, Emmanuel Macron s’installant même au volant d’un prototype, puis celle d’un ex-ministre du Transport, Jean-Baptiste Djebbari, recruté comme administrateur à sa sortie du gouvernement, entre 2022 et 2023.

Hopium se concentre désormais sur la fabrication d’une pile à combustible hydrogène, un objectif moins ambitieux mais plus atteignable, avec une trentaine de salariés plutôt que 160. Cela n’a pas suffi à garantir son avenir : la société a été placée en redressement judiciaire en juillet 2023. Pour se sortir de cette situation, Hopium a présenté en avril 2025 un business plan tablant sur une levée de fonds importante, de 50 millions d’euros, avant juin 2026, accompagnée de financements au fil de l’eau auprès du fonds Atlas Capital Market, via des OCABSA (obligations convertibles en actions à bons de souscriptions d’actions), une forme de prêt que l’investisseur peut convertir en capital (voir encadré). La levée de fonds d’envergure ne s’est pas encore concrétisée, mais la société a redonné confiance au marché en présentant le prototype de sa pile en environnement opérationnel, soit l’étape dite « TRL7 » dans l’industrie. Par ailleurs, des experts de Stellantis qui ont audité la pile d’Hopium face à celles de ses concurrents jugent « remarquables » les densités massique et volumique de la pile, deux propriétés essentielles pour la mobilité.

Pourtant, la structure cotée en Bourse est en train de changer de stratégie, et pourrait s’éloigner de la pile à hydrogène après le départ rocambolesque de son président-directeur général, Stéphane Rabatel. Ex-ingénieur de chez Renault et spécialiste de l’hydrogène, il a été poussé dehors fin février par le fonds d’investissement. Et ses fonctions réallouées : il a été remplacé par Pascal Ghoson à la présidence et par Thomas Picquette à la direction générale. Le directeur financier Rodolphe Cadio et l’administratrice indépendante, Anne-Cécile Mathon-Montes, une ancienne de Renault, sont aussi partis. Derrière cette révolution de palais se cache un coup de pression sur le conseil d’administration : le fonds Atlas, installé aux Îles Vierges Britanniques, aurait conditionné la poursuite des financements nécessaires à la survie de la société - environ 500 000 euros par mois -, à leur départ.

Ancien de Rothschild & Co, Pascal Ghoson est visiblement proche d’Atlas puisque présent dans de nombreuses sociétés financées par le fonds. Il est ainsi administrateur d’Adomos (immobilier) et de Vergnet (éoliennes), directeur financier d’Energisme (énergie) et enfin PDG d’Oxurion, une biotech belge reconvertie dans la cryptomonnaie. Thomas Picquette est de son côté réputé proche des fonds à OCABSA : ancien salarié du fonds Perpetua, il a notamment dirigé l’ex- spécialiste de santé connectée Visiomed, désormais appelé Kleaholding.

Chez Hopium, leur prise de pouvoir s’est faite dans la douleur. Lors d’un premier vote le 8 janvier, Ghoson, qui était déjà administrateur de la société, est le seul des cinq membres du conseil à avoir voté pour le départ de l’ingénieur. Les deux camps ont tenté ensuite de défendre leurs stratégies respectives auprès d’Isabelle Didier, l’administratrice judiciaire en charge du plan de redressement d’Hopium. D’un côté, l’équipe dirigeante a plaidé pour une poursuite du développement de la pile à hydrogène pour les marchés maritimes, aériens et routiers, les gros camions représentant un débouché idéal selon elle. De l’autre, Pascal Ghoson a défendu l’idée d’un nouveau pivot en proposant de développer un électrolyseur compact ainsi que les technologies de stockage d’électricité au-delà de la mobilité, et ce par le biais d’acquisitions potentielles, afin de muscler la communication financière - et donc le cours de Bourse, auquel le fonds est directement intéressé.

Ces visions opposées ont cristallisé les tensions et Atlas Capital a choisi la manière forte pour imposer ses vues. Dans un email envoyé le 24 février à l’administratrice judiciaire et consulté par l’Informé, le fonds a expliqué que la démission de Stéphane Rabatel et de Rodolphe Cadio représentait une « condition non négociable » pour le versement de l’argent, et que le refus par l’équipe dirigeante de convertir en actions les OCABSA lui a causé « un préjudice financier significatif ». Ce n’est qu’après un nouveau vote du conseil d’administration deux jours plus tard, le 26 février, que le fonds a obtenu gain de cause.

Ce que les OCABSA rapportent aux fonds qui les proposent.
Le mode de financement par OCABSA a fait débat en lors de la commission d’enquête parlementaire sur la prédation des capacités productives françaises par les fonds spéculatifs, lancée en décembre dernier. De nombreuses sociétés cotées à la Bourse de Paris en font encore les frais. Pour l’entreprise en difficultés, l’intérêt d’une OCABSA est d’obtenir de l’argent frais lorsque les banques ne répondent plus. Mais dans de nombreux cas, ces sociétés finissent en liquidation. En effet, les fonds à OCABSA n’ont souvent pas intérêt à ce que les sociétés renouent avec la rentabilité ou trouvent un actionnaire stable. Ils font même parfois pression - en plaçant des administrateurs ou des dirigeants - pour que la dérive se prolonge le plus longtemps possible. Ces fonds peuvent ainsi continuer à vendre à l’entreprise cible des plans d’OCABSA, qui s’approchent d’un mécanisme de prêt à taux très élevé, payé par les petits porteurs lorsque la société est cotée. C’est en effet en vendant des actions, et en communiquant de façon optimiste sur des projets mirifiques, que les fonds attirent des investisseurs, et génèrent des liquidités. Selon un habitué du secteur, leur retour sur investissement serait d’environ 15 % en raison des frais énormes qu’ils réclament aux entreprises aux abois.

« Après plus d’un an sans avancées significatives par rapport aux jalons prévus au plan de continuation, les conditions n’étaient pas réunies pour que nous procédions à un nouveau tirage » assure à l’Informé Mustapha Raddi, dirigeant du fonds Atlas Capital Market. Le financier conteste également tout lien avec Pascal Ghoson. « Sa nomination à la présidence d’Hopium est une décision du conseil d’administration, prise en concertation avec le commissaire à l’exécution du plan, afin d’assurer la continuité de la gouvernance et la bonne exécution du plan de continuation, dans l’intérêt des salariés, créanciers et actionnaires. Il ne s’agit pas d’une décision unilatérale d’Atlas » précise-t-il. Quant à la nomination de M. Picquette, il indique que « dans le domaine spécifique de la restructuration de sociétés cotées, le nombre de professionnels disposant de l’expertise et de l’expérience nécessaires est limité. Il est donc naturel que certains profils soient sollicités sur plusieurs dossiers ».

Le conseil d’administration d’Hopium est désormais composé de quatre personnes : Hervé Lenglart, ancien administrateur, Pascal Ghoson et Thomas Picquette, ainsi qu’un nouveau venu, Gabriel Rafaty, un communicant également intervenu sur les sociétés Metavisio ou Energisme. « Je ne veux plus travailler pour des sociétés à OCABSA, parce qu’on risque des impayés » explique paradoxalement ce dernier à l’Informé. Si elles utilisent ce mécanisme de financement c’est qu’elles sont en train de mourir. Mais Hopium a une chance de s’en sortir.»

Certains proches d’Hopium s’inquiètent aussi d’éventuelles manipulations de cours ou délits d’initiés, en raison de volumes d’échanges importants sur les titres autour de la publication de communiqués de presse de la société, et parfois avant.

Autant d’éléments qui risquent de poser question lors du retour d’Hopium devant le tribunal des activités économiques de Paris (TAEP) en mai. En effet, le plan de redressement validé l’an dernier avait été fortement poussé par le gouvernement, par la voix du comité interministériel de restructuration industrielle (Ciri). Malgré l’avis négatif de Fouzia Lahibi, la procureure en poste au TAEP, qui s’inquiétait du mode de financement retenu, susceptible de « léser » les petits porteurs, le tribunal avait tout de même retenu la proposition de financement d’Atlas Capital en raison d’un coup de main du ministère de l’Économie et des Finances. Preuve de son soutien, Bercy avait accepté de renoncer à plus de 60 % des créances publiques (Urssaf, TVA...), quand bien même la dette sociale et fiscale de l’entreprise dépassait les 8 millions d’euros. Un geste plutôt rare.

Contactés, Pascal Ghoson, Stéphane Rabatel, Rodolphe Cadio, Anne-Cécile Mathon-Montes et Isabelle Didier n’ont pas répondu aux sollicitations de l’Informé.

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