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Continuer la lectureInstitut de beauté, bars… Bernard Laporte plaqué par le fisc
Les très nombreux investissements personnels de l’ancien rugbyman lui ont valu deux redressements, dont l’un vient d’être confirmé par la justice.
« Je n’ai jamais rien eu fiscalement », clamait Bernard Laporte en 2017. Depuis, l’ancien rugbyman s’est fait rattraper par la patrouille. Selon nos informations, il a fait l’objet d’un redressement pour l’année 2015, qu’il a contesté. En outre, sa holding personnelle BL Communication a aussi été red...
Créée en 2000, BL Communication a d’abord servi à gérer l’image de l’ancien entraîneur utilisée dans ses multiples contrats publicitaires : ils lui rapportaient 700 000 euros rien que pour l’année 2007. À cela s’ajoutait l’animation de séminaires pour des entreprises, facturés 12 000 euros la journée. BL Communication détient aussi une partie des participations de l’ancien président de la Fédération française de rugby. À fin 2022, cela représentait 4,7 millions d’euros (3,1 millions d’investissements, plus 1,6 million d’avances d’actionnaires). Mais au fil du temps, ces placements ont été dépréciés à 3,6 millions, ce qui a réduit les profits de la société, et donc l’impôt sur les bénéfices.
C’est justement ce que le fisc a contesté, jugeant deux dépréciations infondées. La première concerne les avances effectuées à une société civile immobilière (SCI) baptisée Treize zéro. Elle est détenue par Bernard Laporte, sa première femme Nadine, leurs enfants, et l’associé de Nadine, David Janaszewski. En 2005, cette SCI avait acquis une maison à Arcachon pour 450 000 euros. La demeure abritait un salon esthétique baptisé Les Bains du Moulleau, qui appartenait à Nadine Laporte et David Janaszewski. Ouvert en 2006, il a baissé le rideau fin 2008. Pour justifier la dépréciation des avances faites à la SCI, BL Communication a argué avoir revendu ses parts à Nadine Laporte en 2012. Mais cet argument a été rejeté par Bercy et le tribunal : « Il ne saurait être déduit de cette cession que la créance sur la SCI serait devenue irrécouvrable ».
Des revenus modestes mais un patrimoine qui gonfle
Dans diverses procédures, Bernard Laporte a dû rendre public ses revenus déclarés au fisc français. Des revenus qui s’avèrent assez modestes : 26 917 euros en 2019, 7 000 en 2020, puis 28 800 en 2021. À cela s’ajoutent 52 508 euros perçus en 2021 comme vice-président de la Fédération internationale de rugby (World Rugby) et du comité du tournoi des Six nations, imposés en Irlande.
Les raisons de ces émoluments relativement faibles ? Tout d’abord, il présidait la Fédération française de rugby à titre bénévole. Ensuite, sa holding personnelle BL Communication ne lui a plus versé de dividendes depuis 2020. Après lui avoir quand même distribué 1,6 million d’euros depuis sa création en 2000.
Ces rétributions modestes n’ont pas empêché l’ancien sélectionneur du XV de France d’étoffer son patrimoine. En 2009, comme le montrent les documents consultés par l’Informé, l’actif net du couple qu’il formait avec sa première femme Nadine avait été évalué à 2,9 millions d’euros dans le cadre de la procédure de divorce. À fin 2022, BL Communication affichait 5,5 millions d’euros d’actifs, près de deux fois plus donc : 1,7 million au titre de biens immobiliers, et 3,6 millions au titre d’investissements financiers, le principal étant sa participation dans le casino de Saint-Julien-en-Genevois, qui avait été évaluée à 2,8 millions d’euros en 2014.
En 2018, Bernard Laporte, alors président de la Fédération française de rugby, avait dû remplir une déclaration de patrimoine auprès de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP). Cette déclaration est confidentielle mais, selon nos informations, le gendarme de la transparence y a relevé plusieurs « inexactitudes ou omissions », portant sur des comptes bancaires, des investissements financiers, quatre contrats d’assurance-vie, et l’omission d’une dette fiscale de 124 176 euros. Un an plus tôt, le fisc avait d’ailleurs pris en garantie sa maison à Lumio (Haute-Corse) pour s’assurer du paiement de 127 452 euros dus au titre de l’impôt sur le revenu pour 2014 et 2015.
La seconde partie du redressement porte sur le Bar Basque, un bar à tapas de Biarritz. Le fonds de commerce avait été racheté en 2006 pour 245 000 euros par Bernard Laporte et Michel Béraud, un ancien joueur du club de rugby local. L’établissement déclarait entre 500 000 et 600 000 euros de chiffre d’affaires par an, mais restait déficitaire. Finalement, en 2013, le fonds de commerce a été revendu à cinq Biterrois, réunis dans la société Gones Biarritz. Pour un prix de 800 000 euros : une belle transaction a priori. Dans ce deal, Bernard Laporte acceptait un paiement étalé sur six ans : 230 000 euros étant versés lors de la cession, le reste par mensualités de 8 612 euros. Hélas, à peine un an et demi après la reprise, le repreneur a déposé le bilan, alors qu’il devait encore 490 886 euros à la société de Bernard Laporte. Cette dette s’est ajoutée au passif de Gones Biarritz, dont le remboursement a été étalé sur dix ans dans le cadre d’un plan de continuation adopté en 2015.
En raison des pertes d’exploitation, BL Communication avait déprécié à zéro dès 2010 les 244 750 euros investis dans le capital du Bar Basque. Mais cela n’a pas été du goût du fisc, ni du tribunal : « BL Communication n’apporte aucun élément relatif à la valeur réelle de la société Le Bar Basque à l’issue de la cession du fonds de commerce à la société Gones Biarritz. La circonstance que Gones Biarritz aurait été placée en redressement judiciaire en 2014 n’a par elle-même pas d’incidence sur la valeur de la société Le Bar Basque, en l’absence de toute preuve d’un risque de non-recouvrement d’une créance de BL Communication sur Gones Biarritz ».
Contactés à de multiples reprises, Bernard Laporte, son avocat Thierry Nesa et son agent Serge Benaïm n’ont jamais répondu.
Les maillots de la discorde
Historiquement, les contrats exploitant l’image de Bernard Laporte avaient été confiés à une agence de communication, baptisée Paulimaxi, dont le rugbyman était actionnaire symbolique (0,04 %). Elle était dirigée par Serge Benaïm, qui se présentait comme l’agent de Bernard Laporte. Selon le Figaro, l’agence touchait ainsi une commission de 20 % sur ces contrats.
En particulier, le rugbyman avait confié en janvier 2007 à une PME du Val-d’Oise, Cathasia, la confection de vêtements, de ballons et de sacs de sport à son effigie, contre une redevance de 75 000 euros minimum. Ce contrat comprenait une clause d’exclusivité, qui interdisait à Bernard Laporte d’accorder d’autres licences, sauf à Nike. Mais l’affaire a tourné au vinaigre. D’abord, en septembre 2007, l’ancien entraîneur a mis en vente sur son site bernardlaporte.com 10 000 répliques du maillot du XV de France ornées de son autographe. Prix de vente : 130 euros, plus 16 euros de frais de port, alors que les maillots sans signature sont vendus seulement entre 52 et 75 euros. Face au scandale, le sélectionneur avait annoncé dans la presse que les bénéfices de l’opération seraient versés à l’association Greffe de vie.
Puis, en octobre 2007, il a dû annoncer qu’il renonçait à tout merchandising suite à sa nomination comme secrétaire d’État chargé des sports. Cela n’a pas fait les affaires de Cathasia, qui s’est retrouvé sur les bras avec 84 274 euros de maillots et 61 017 euros de ballons invendables. Ne parvenant pas à se faire rembourser, la PME a attaqué Bernard Laporte, BL Communication et Paulimaxi devant le tribunal de grande instance de Paris, leur réclamant 370 526 euros. Elle a fini par obtenir 175 000 euros en première instance, puis 206 000 euros en appel. La somme comprend 100 000 euros pour la vente des maillots sur son site en violation de la clause d’exclusivité. Bernard Laporte a bien argué que cette vente s’était faite au profit d’une association, cela n’a pas convaincu les juges : « Le site Internet ne fait aucune mention d’un don à une association ou fondation, de telle sorte que l’internaute qui ignore la destination des fonds, ne procède pas à un achat dans un but caritatif et aurait pu également acquérir un maillot commercialisé par Cathasia ». En outre, « Bernard Laporte et Paulimaxi ne rapportent pas la preuve de l’absence de bénéfice résultant de cette vente ».
Finalement, en 2014, Paulimaxi a écopé d’un redressement fiscal de 90 983 euros, puis a été placée en liquidation un an après, laissant un passif de 220 874 euros. Suite à cela, Serge Benaïm a été condamné à une faillite personnelle de dix ans. La justice lui a reproché de ne pas avoir tenu de comptabilité régulière. Selon les juges, il a aussi « détourné les actifs » de Paulimaxi alors que la société était déjà en cessation de paiements, en effectuant une série de versements à des tiers, notamment 24 000 euros payés à la holding personnelle de Serge Benaïm.
Les start-up de Bernard Laporte
Au cours de sa carrière, le rugbyman a investi dans une série de start-up, qui ont toutes fermé.
- Bernard Laporte News : en 2007, Bernard Laporte crée ce site internet d’information et de communication sportives, avec son agent Serge Benaïm, le promoteur immobilier Didier Demonchy, et le commerçant Jean Pierre Udave. L’année suivante, le site web est revendu pour 30 000 euros à l’Association des commerçants de la Teste de Buch.
- Fan2Sport : en 2009, Bernard Laporte s’associe avec des sportifs (Basile Boli, Denis Charvet) et l’entrepreneur Anthony Dinis (patron de Vocalcom) pour lancer un réseau social dédié au sport. Un investissement d’un million d’euros est évoqué dans la presse. La société est dissoute en 2016, après un million d’euros de pertes cumulées.
- Tickxpress : toujours en 2009, Bernard Laporte investit dans ce spécialiste de la billetterie sur mobile, aux côtés d’autres rugbymen (Patricio Albacete, Thierry Dusautoir, Christian Califano). La société lève 680 000 euros. Elle est liquidée en 2013, laissant un passif de 400 000 euros.
- Sportzap : en 2017, Bernard Laporte, le rugbyman Denis Charvet et le dirigeant de télévision Xavier Couture rentrent au capital de cette société britannique qui veut lancer « une application gratuite financée par la publicité destinée aux passionnés de sport », puis se développer dans l’acquisition de droits sportifs pour retransmettre des matches. Laporte revend ses actions en 2019. La société est finalement liquidée en 2022, sans jamais avoir eu d’activité.