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Continuer la lectureQuatre géants de l’analyse médicale soupçonnés d’entente par l’Autorité de la concurrence
L’institution a annoncé en mars enquêter sur des pratiques anticoncurrentielles dans la biologie… Sans donner l’identité des acteurs suspectés. L’Informé vous les dévoile.
Comme à son habitude dans une affaire en cours, l’Autorité de la concurrence s’était montrée bien peu bavarde. Mi-mars, le gendarme français de l’antitrust révélait l’existence d’une enquête dans le secteur de la biologie médicale. En cause ? Des soupçons de « pratiques anticoncurrentielles » chez plusieurs entreprises. Le bref communiqué de presse de l’institution évoquait des opérations de saisie et des visites inopinées… Mais pas un mot, sans surprise, sur l’identité des groupes suspectés. Selon plusieurs sources concordantes, quatre des six grands acteurs de l’analyse médicale en France sont au centre des soupçons, dans cette enquête où l’instruction poursuit son cours.
Trois d’entre eux sont français. Il y a d’abord le groupe coté en Bourse Eurofins, et plus précisément sa filiale de biologie médicale Biomnis. On retrouve aussi Cerba, l’un des acteurs tricolores à avoir surfé sur la financiarisation du secteur avec une demi-douzaine de LBO à son actif. C’est le fonds de private equity scandinave EQT qui le contrôle depuis 2021. L’Autorité de la concurrence s’intéresse enfin à Biogroup, un autre géant qui a émergé plus récemment sous l’impulsion de Stéphane Eimer (disparu en 2022). Le groupe a parmi ses actionnaires la Caisse de Dépôts et Placement du Québec ou le fonds britannique ICG.
Quant à la quatrième entreprise ciblée par l’Autorité de la concurrence, il s’agit de Synlab, un Allemand bien implanté dans notre pays depuis l’acquisition de Labco en 2015, un des tout premiers groupements de laboratoires à avoir gagné une envergure nationale. Synlab est le seul acteur à reconnaître auprès de l’Informé qu’il a bien fait l’objet d’une opération de visite et de saisie de la part des équipes de l’Autorité de la concurrence, « exclusivement pour les activités de (sa) filiale française Synlab Gestion ». Le groupe, qui dit « prendre cette investigation très au sérieux » et collaborer « pleinement avec les autorités » n’a pas souhaité faire d’autres commentaires. Eux aussi contactés, Biogroup et Eurofins n’ont pas répondu à nos sollicitations, tandis que Cerba n’a pas souhaité réagir.
Un cinquième groupe de biologie médicale est impliqué dans l’affaire… mais ne risque plus rien. Le suisse Unilabs, connu notamment au travers de l’enseigne francilienne Biopath, a en effet fait le choix de collaborer avec le gendarme de la concurrence, dans le cadre d’une clémence. Ce dispositif permet à une entreprise de se repentir en dénonçant des pratiques anticoncurrentielles qu’elle a aussi exercées. En échange, elle échappe totalement ou en partie à une amende si l’existence d’une entente est établie. Si Unilabs a choisi cette voie, ce n’est sans doute pas un hasard : le groupe est contrôlé depuis 2021 par la holding AP Moller de la famille Maersk, une structure qui « se revendique comme un investisseur à impact positif pour la société au travers les entreprises qu’il détient, souffle un conseil. On comprend donc aisément l’attitude d’Unilabs à l’égard de l’Autorité de la concurrence. » Également interrogé par l’Informé, Unilabs n’a pas souhaité de commentaire, se contentant de rappeler que « l’enquête est en cours ».
Difficile d’en savoir plus sur ce que soupçonne précisément l’Autorité de la concurrence : le secret est bien gardé. Une entente sur les prix ? Peu probable, puisque les tarifs sont fixés par l’assurance-maladie… Les enquêteurs pourraient néanmoins s’intéresser à la facturation de prestations non-remboursées, dont la part reste assez marginale dans le chiffre d’affaires des laboratoires. À moins que les investigations ne portent sur d’autres sujets, comme des soupçons de répartitions de marché entre concurrents… En tout cas, les griefs de l’Autorité de la concurrence seraient au nombre de quatre. « Des sujets épars, balaie un proche du dossier, qui ne veut pas en dire plus. On prend de prétendues infractions qui, bout à bout, pourraient faire masse et supposément donner de l’ampleur, mais ce n’est pas très solide. »
Bras de fer avec l’assurance maladie
L’enquête se poursuit dans un contexte de tensions récurrentes entre les groupes d’analyses médicales et la Sécurité sociale. Dans un souci de maîtrise des dépenses, l’assurance-maladie vient d’imposer au secteur des baisses de tarifs des analyses pour 2024, afin de compenser une augmentation du nombre d’actes beaucoup plus forte que prévue. Les laboratoires crient à la décision unilatérale : leurs syndicats professionnels ont appelé à un mouvement de grève et à une fermeture de sites du 20 au 23 septembre. L’épisode suit un premier bras de fer qui avait eu lieu en 2022, lors des négociations des tarifs pour 2023. Le directeur de l’assurance maladie Thomas Fatome ne manque jamais d’alerter sur les effets de la « financiarisation » de la santé et de la consolidation de la biologie médicale entre une poignée de très gros acteurs. « Il y a chez lui une volonté de mettre à contribution un secteur qui a profité largement du remboursement des tests Covid-19 pour doper leur rentabilité, glisse un défenseur de l’un de ces grands groupes. Et l’enquête de l’Autorité de la concurrence affaiblit d’une certaine manière leurs positions. »