Offrez un coup d’avance à vos collaborateurs

Santé

Le groupe Avec au bord du précipice, Bernard Bensaid toujours là

Le plan de continuation du groupe médico-social de 10 000 salariés qui devait être présenté ce mercredi devant les juges ne sera pas examiné faute d’être finalisé. Un nouveau délai s’impose.

Le groupe hospitalier mutualiste de Grenoble fait partie de la galaxie Avec
Le groupe hospitalier mutualiste de Grenoble fait partie de la galaxie Avec BENOIT PAVAN / Hans Lucas via AFP

Ce mercredi 7 mai, le tribunal de commerce de Bobigny se penchera – une nouvelle fois – sur le devenir de plusieurs entités du groupe Avec et en particulier sur celui de sa holding, la société Avec SA, en redressement judiciaire depuis février 2024. Mais la nouvelle gouvernance constituée par Patrick François, choisi par Bernard Bensaid pour lui succéder au poste de président d’Avec SA, et Adam Oubuih, le directeur général désigné par Patrick François, ne présentera pas un plan de continuité finalisé et les juges consulaires devraient accorder un nouveau délai. Prolongeant encore l’attente pour les près de 10 000 employés du groupe qui compte des centaines d’entités, principalement dans le secteur médico-social (cliniques, aides à domiciles, Ehpad…).

Un recours déposé par une entité de la galaxie, le groupe hospitalier mutualiste de Grenoble (GHM), ne facilite pas le déroulement de la procédure. Cet établissement de plus de 400 lits, employant 1 100 salariés et 200 médecins est placé depuis 2023 sous administration provisoire indépendante du groupe. Le GHM demande que ses créances sur Avec SA (de l’ordre de 8 millions d’euros) soient affectées dans une classe propre, afin de ne pas être traité comme n’importe quel créancier, après les salaires, le fisc, l’Urssaf… L’audience sur ce recours est programmée plus tard dans le mois. Ce point est contesté par les nouveaux dirigeants d’AVEC qui indiquent à l’Informé que « cela n’a rien à voir, le plan de continuation d’AVEC n’est pas dépendant de l’UMG GHM, l’audience du 7 mai est un point d’étape essentiel pour valider le plan de continuation, les grandes orientations et la fiducie ». Bernard Bensaid conteste purement et simplement la créance.

Ce dernier a, de plus, bien du mal à lâcher les rênes de son empire. Le 5 mars, un communiqué avait annoncé le remplacement du PDG par un nouveau président, Patrick François, et un directeur général qui devait être nommé « dans les jours suivants ». En fait, Bernard Bensaid n’a été remplacé sur cette dernière fonction par Adam Oubuih que ce lundi 4 mai. Et le patron historique est toujours administrateur d’Avec SA aux côtés de son épouse Frédérique et de son fils Jacob. Au grand dam de Patrick François et Adam Oubuih qui sont allés jusqu’à présenter leur démission durant la semaine du 1er mai. Jusqu’à ce que l’administrateur judiciaire d’Avec SA parvienne à calmer le jeu. Finalement, les trois Bensaid quitteront le conseil d’administration lorsque la structure en fiducie envisagée sera opérationnelle, le plan accepté, et l’augmentation de capital bouclée, ont indiqué ce mardi matin les nouveaux dirigeants dans une conférence de presse. Contacté, Bernard Bensaid dément ce bras de fer, alors que les nouveaux dirigeants précisent « que la nouvelle gouvernance est parfaitement indépendante et sera prête à démissionner si les engagements de l’actionnaire ne sont pas respectés ».

Cette mise à l’écart de Bernard Bensaid sous tension n’est évidemment pas gage de sérénité et peut poser d’autant plus problème que c’est quand même sur lui et son épouse que tout le monde compte pour renflouer le groupe. Ainsi, la situation de la trésorerie d’Avec SA serait très détériorée. Des difficultés financières contestées, tant du côté de Bernard Bensaïd que de ses successeurs. Pourtant, selon nos informations, environ 500 000 euros de dettes nées depuis l’ouverture de la procédure seraient impayées. Selon nos informations, Bernard Bensaid a réalisé une injonction de fonds du même montant ces derniers jours afin de payer les factures. Mais pour combien de temps ? Une rupture de service par un fournisseur comme Google serait catastrophique pour tout le groupe puisque tous les salariés se connectent aux applications avec leur adresse Gmail professionnelle.

Repousser la présentation d’un plan de continuation semble inévitable car le volet financement n’est pas validé tant que la vente de l’ensemble immobilier et foncier de Bonneveine à Marseille n’est pas bouclée. Celle-ci devrait permettre de dégager 25 à 30 millions d’euros. « Les cessions d’actifs ont fait l’objet d’offres fermes et non-révocables, elles sont sécurisées » indique la nouvelle gouvernance à l’Informé. Il faut aussi que Patrick François et Adam Oubuih parviennent à mettre sur pied un plan pour un groupe Avec qui rétrécit au cours du temps. Au fil des semaines, les tribunaux délibèrent à Bobigny, à Metz, à Toulon… et prennent des décisions qui aboutissent souvent à une diminution du périmètre. À Compiègne, les élus locaux et notamment Éric Woerth se sont démenés ces derniers mois pour extraire la clinique des Jockeys de l’empire en dépit de l’opposition de Bernard Bensaid. L’établissement a été cédé au groupe Pauchet courant avril.

À quelques jours d’intervalle, le tribunal judiciaire de Toulon a statué sur les Mutuelles de France du Var (MFV), et donné les pleins pouvoirs à l’administrateur judiciaire. Les MFV ont notamment en charge la clinique Malartic, établissement d’une centaine de lits à Ollioules (Var), mais ont servi également de véhicule juridique pour la prise de contrôle du GHM à Grenoble. Le jugement du tribunal, qu’a pu consulter L’Informé, n’est pas tendre à l’encontre de l’ancien gestionnaire : « La perte de confiance envers M. Bensaid est un réel élément de blocage, elle est relevée tant par les salariés que par le corps médical », tancent ainsi les magistrats. « Les risques de rupture totale de l’activité de la polyclinique Marlartic sont évidents », relèvent-ils par ailleurs. Alors qu’un appel à reprise avait été lancé en tout début d’année, rien ne s’oppose désormais à la cession de cet établissement au mois de juin.

Les activités hospitalières du groupe se réduisent désormais à deux cliniques : Saint-Cœur à Vendôme (Loir-et-Cher) et Saint-Jean l’Ermitage à Melun (Seine-et-Marne). La Commission médicale d’établissement (CME) de la première vient d’écrire aux administrateurs judiciaires d’Avec SA pour leur dire qu’ils « ne voulaient plus du groupe ». La seconde clinique est en procédure de sauvegarde, plusieurs solutions sont envisagées pour la renflouer en dehors du groupe. La chaîne de cliniques privées Pauchet, qui a repris les Jockeys, étudierait le dossier. Le dossier du GHM est bien plus complexe, et il est à ce jour en dehors du périmètre.

Du côté de l’Amapa, l’association mosellane d’aide aux personnes âgées qui emploie 4 500 personnes du groupe dans le secteur de l’aide à domicile, le périmètre tend aussi à diminuer. Ainsi, le 24 avril s’est tenue à Metz une audience sur la cession des actifs de l’Association seniors temps libre (ASTL). Une audience poignante selon les observateurs, car une quarantaine de personnes âgées et parfois handicapées avaient fait le déplacement : locataires des résidences seniors de l’ASTL, elles sont menacées de devoir quitter les appartements où elles pensaient finir leurs jours, si les offres de reprises – pour l’instant jugées trop peu disantes par le juge – n’aboutissent pas. Se profile donc une reprise à bas prix, voire une liquidation.

Pour l’Asdapa (association de services pour l’aide à domicile et aux personnes âgées, dans l’Oise, rattachée à l’Amapa), qui compte plus de 400 salariés, un appel à reprise a été lancé et deux repreneurs associatifs, dont l’ADMR, sont sur les rangs. Mais Patrick François a obtenu un report de l’audience à début juin, car il espère inclure cette structure dans son hypothétique plan de continuation. Lundi prochain, le 12 mai, le sort de dix agences de l’Amapa va se décider et pourrait se solder par une vente ou une fermeture.

Enfin, l’Ehpad du Val Monjoie à Saint-Gervais (Haute-Savoie), qui affiche un passif de plus 1,4 million d’euros à l’égard de l’Urssaf – environ 25 000 euros de charges impayées par salarié ! – mais un patrimoine immobilier de valeur avec vue sur le Mont-Blanc, a fait l’objet d’une audience au Tribunal des affaires économiques à Paris le 30 avril. Ici aussi, un report d’un mois a été accordé, le temps de voir si cette structure associative est acceptée par le tribunal de commerce de Bobigny, qui statue sur le plus gros des procédures collectives du groupe, ou si le dossier reste à Paris. Entre-temps, le Val Monjoie devait faire l’objet d’une déclaration en cessation de paiements, tardive. Seules les activités hôtelières – ou du moins ce qui n’a pas déjà été vendu par Bernard Bensaid pour procéder aux premières recapitalisations intervenues cet hiver – pourraient voir leur plan de continuité validé mercredi.

Pour les semaines suivantes, l’actualité reste chargée, avec une audience sur l’Amapa et une autre sur DG Investissements, la « foncière » du groupe qui détient notamment le patrimoine de Plombières-les-Bains (Vosges).