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Continuer la lectureTikehau embarque des investisseurs de classe mondiale dans Egis
Offre professionnelleLe financier français a levé un fonds de continuation de près d’un milliard d’euros pour jouer les prolongations au capital du groupe d’ingénierie privatisé en 2022.
Egis a véritablement la cote chez certains des plus gros investisseurs de la planète. Depuis que la Caisse des Dépôts a cédé en 2022 le contrôle du groupe d’ingénierie spécialisé dans les infrastructures de transport et d’énergie (tout en conservant 34 %), c’est Tikehau qui joue le rôle de l’actionnaire de référence avec 40 %... Et selon nos informations, ce dernier s’apprête à faire tourner sa participation en s’appuyant sur des acteurs de renom. L’un d’entre eux, Adia, l’un des principaux fonds souverains d’Abu Dhabi, va concrétiser son entrée dans la galaxie de la société, à qui il faisait les yeux doux depuis quelque temps. Mais un autre grand nom de la finance mondiale, l’américain Apollo, s’invite également s’inviter parmi les investisseurs du groupe français. Un autre gestionnaire basé outre-Atlantique, Neuberger Berman, fait aussi partie des souscripteurs*.
Techniquement, ni l’un ni l’autre ne sera actionnaire en direct d’Egis : Tikehau va les faire investir dans ce que les techniciens du private equity appellent un fonds de continuation. D’après plusieurs sources, ce véhicule sur-mesure - dont Tikehau avait publiquement confirmé la création - a rassemblé près d’un milliard d’euros auprès d’Adia, d’Apollo et d’autres souscripteurs pour reprendre la participation que Tikehau possédait via l’un de ses fonds dédiés à la transition énergétique. La banque JP Morgan avait été chargée de gérer la levée de fonds. L’opération ne devrait a priori pas avoir d’impact pour les autres actionnaires d’Egis, notamment la CDC ainsi que les dirigeants et salariés, qui se partagent 26 % du capital.
La transaction se réalise alors que l’activité d’Egis est actuellement sur une bonne lancée. En 2024, le groupe de 20 000 salariés a totalisé un chiffre d’affaires de 2,16 milliards d’euros, soit 15 % de plus qu’un an plus tôt, pour un Ebitda de 282 millions d’euros et 128 millions de free cash-flow. À la fin du premier trimestre, il revendiquait un carnet de commandes de 4 milliards d’euros. Egis semble tirer les fruits d’un certain nombre de grands contrats, tels que le Grand Paris Express ou la centrale EPR de Penly (Seine-Maritime). Depuis la privatisation de 2021, il a également accentué sa présence à l’étranger, qui comptait pour 72 % de son chiffre d’affaires 2024, avec une volonté de pousser les feux en Amérique du Nord. Une évolution liée en partie à la stratégie de croissance externe que mène Egis : depuis 2020, le groupe a signé 41 acquisitions, la dernière en date, annoncée au printemps, portrait sur la société britannique Omnia Projects, un spécialiste de la transmission et de la distribution d’énergie.
Contacté, Tikehau n’a pas souhaité faire de commentaires. Egis n’avait pas donné suite à nos sollicitations au moment où nous publions ces lignes.
*Information ajoutée le 7 juillet, après officialisation de la transaction par Tikehau.
Les fonds de continuation, une mécanique complexe
Les fonds de continuation sont devenus monnaie courante dans le monde du private equity, y compris en France et même pour des sociétés valorisées à peine quelques centaines de millions d’euros. Ce type de montage permet à un gérant de se revendre à soi-même un actif : le gérant le transfère de l’un de ses véhicules généralistes (qui compte en général dix à quinze participation en portefeuille) à un nouveau fonds sur-mesure. Dans un marché où les sociétés de gestion ont du mal à céder par la voie classique leurs participations, l’intérêt est de renvoyer de l’argent aux souscripteurs du premier fonds (les fameux LPs ou limited partners) grâce aux capitaux amassés auprès d’autres investisseurs pour le fonds de continuation. Les gérants réalisent en général ce type d’opération en s’appuyant sur des investisseurs sophistiqués qui assument le rôle de « cornerstone investors », à l’instar d’Adia ou d’Apollo dans le dossier Tikehau-Egis, ou de fonds de private equity secondaire. Ces investisseurs clés entraînent dans leur sillage d’autres souscripteurs plus classiques.
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