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Continuer la lectureUne ancienne présentatrice fait condamner LCI après sa dépression
Écartée après vingt-deux ans à l’antenne, Katherine Cooley estime avoir été discriminée en raison de son âge.
« Je ne peux plus regarder les chaînes d’infos. Ni LCI, ni aucune autre. » La journaliste Katherine Cooley reste marquée par ses deux décennies passées à l’antenne. Mais surtout, par 8 ans de procédures judiciaires face à son ancien employeur, LCI. « Je n’envisageais pas une telle fin de carrière, re...
Katherine Cooley était l’un des visages historiques de LCI. Alors âgée de 32 ans, elle avait été embauchée comme présentatrice des journaux télévisés en 1995, un an après la création de la chaîne. « C’était génial, se souvient la journaliste. Nous étions la première chaîne d’information, avant la création d’i-Télé et de BFM. J’y étais très heureuse. » Jusqu’en 2016, où on lui confie la mission de créer et de co-animer une nouvelle émission, Au cœur de nos différences - qui deviendra un an plus tard Vis leurs vies. « Au départ, je ne m’en suis pas plainte, parce que je faisais quelque chose de différent. Je voyais bien qu’il n’y avait aucune présentatrice femme de plus de 50 ans à l’antenne : j’ai compris qu’il fallait que je me déporte. » Elle estime aujourd’hui avoir été placardisée en raison de son âge.
Pendant un an, elle travaille sur l’émission avec deux autres journalistes. Jusqu’en octobre 2017, où Thierry Thuillier, le directeur général de LCI tout juste promu directeur de l’information du groupe TF1, lui annonce que l’émission sera diffusée tôt le dimanche matin, réduite à 30 à 20 minutes et que le nombre de personnes sur le projet passera de trois à... une seule, c’est-à-dire la présentatrice, qui devra désormais faire aussi tout le reste - préparation et présentation des émissions, enregistrement des interviews. Une charge de travail qu’elle juge intenable. Dix jours plus tard, elle est placée en arrêt maladie. Elle interroge alors son employeur sur le format de l’émission, sa durée et les conditions de sa réalisation, mais LCI refuse de lui donner ces informations avant son retour. Katherine Cooley tombe en dépression. Trois ans plus tard, la médecine du travail déclare que son état de santé fait « obstacle à tout reclassement dans un emploi », y compris au sein du groupe TF1. Elle est alors licenciée pour inaptitude.
Entre-temps, en 2018, la journaliste avait saisi les prud’hommes, leur demandant de reconnaître que LCI avait de facto modifié son contrat, et l’avait harcelée moralement. Elle dénonçait sa mise à l’écart, une surcharge de travail et l’absence de réponse de son employeur sur la nature et le périmètre de ses missions. Elle soutenait que sa dépression était directement liée à l’annonce de la modification de son émission et que LCI avait manqué à son obligation de protéger sa santé, ce que contestait la chaîne. En face, LCI expliquait que changer les conditions de travail de ses journalistes relevait de son pouvoir de direction. La chaîne soutenait que la réduction des effectifs et de la durée de l’émission avait seulement été évoquée au stade de « projet ». En 2022, le conseil des prud’hommes de Boulogne-Billancourt a donné raison à la journaliste, jugeant que « l’ajout de nouvelles tâches non conformes à la qualification de Mme Cooley [était] constitutif d’une modification unilatérale de son contrat de travail et d’une dénaturation des fonctions qui lui étaient précédemment confiées ». Il a cependant estimé que les preuves manquaient pour faire le lien entre les conditions de travail de la salariée et son état de santé.
Mais l’affaire ne s’est pas arrêtée là. Katherine Cooley et LCI se sont aussi affrontés devant la commission arbitrale des journalistes, une instance qui fixe les indemnités de licenciement pour les professionnels ayant plus de 15 ans d’ancienneté. Or il y a débat sur ce point : LCI refuse d’intégrer les trois ans d’arrêt maladie dans l’ancienneté, qui serait ainsi réduite de 25 à 22 ans. En 2023, la commission a renvoyé l’affaire devant les prud’hommes, leur reprochant de ne s’être pas clairement prononcés sur le sujet. La chaîne a fait appel de cette décision, puis a saisi la cour de cassation, qui l’a déboutée récemment. L’affaire doit donc être renvoyée devant les prud’hommes, avant de retourner devant la commission arbitrale. « On peut parler d’acharnement judiciaire, pointe Katherine Cooley. Ils font durer l’affaire artificiellement mais je ne plierai pas. »
Mais ce n’est pas tout. Le conflit se joue aussi sur un dernier front. La journaliste a entrepris des démarches en 2018 pour que sa dépression soit reconnue comme une maladie professionnelle. « Je l’ai fait pour moi, mais aussi pour tous ceux qui sont partis en burn out, en arrêt maladie, et qu’on n’a plus jamais revus à TF1, explique-t-elle. J’ai vu des jeunes partir, d’autres qui ont abandonné le métier de journaliste… J’espère que mon dossier pourra faire jurisprudence. » Dans un premier temps, elle a obtenu gain de cause. Une décision lourde de conséquences pour son ex-employeur : la chaîne doit prendre en charge la maladie et ses cotisations accident du travail/maladie professionnelle sont majorées. LCI a fait un recours et obtenu un nouvel examen par un second comité de reconnaissance des maladies professionnelles. Ce dernier a estimé que le lien direct entre la pathologie et le travail n’était pas suffisamment établi. L’affaire doit être à nouveau examinée par le tribunal de Nanterre.
Contacté, le groupe TF1 a fait savoir, à travers ses avocates, Mes Jocelyne Clerc-Kaczmarek et Catherine Harnay, qu’il ne commentait pas les procédures individuelles.