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Médias - Culture

Les enfants Belmondo se déchirent sur l’héritage de leur père

Les deux filles de l’acteur, Florence et Stella, accusent leur frère Paul d’avoir détourné frauduleusement plus de 100 millions d’euros.

Paul, Stella et Florence lors de l’enterrement de Jean-Paul Belmondo
Paul, Stella et Florence lors de l’enterrement de Jean-Paul Belmondo THOMAS COEX / AFP

Beaucoup s’inquiétaient pour le clan Delon. C’est en fait la fratrie Belmondo qui se déchire, en toute discrétion, depuis le décès de leur père il y a trois ans. Selon nos informations, les trois enfants de l’As des as - Florence, Paul et Stella [*] - se disputent actuellement l’héritage de la star d...

La question est donc de savoir si les nombreux biens aujourd’hui possédés par le fils cadet font ou non partie de l’héritage, et dans quelles conditions il les a obtenus. Comme l’explique l’avocate Carine Piccio, « si vous faites des dons par avance de votre vivant à l’un de vos enfants, quel que soit la nature de ces dons, alors, au moment du décès, leur valeur doit être déduite de la quote-part de celui qui en a bénéficié -c’est ce qu’on appelle un don rapportable. En revanche, si vous vendez un bien à l’un de vos enfants, alors il n’y aura pas de soustraction à faire lors de la succession. Il est donc très important de déterminer si les actifs ont été donnés ou bien vendus, cela change tout lors du partage ».

En pratique, le débat porte sur trois biens valant au total plus de 100 millions d’euros. Les deux sœurs affirment que leur frère ne les a pas achetés, mais les a reçus en don, puis qu’il ne les a pas déduits de sa part lors de la succession – ce qu’on appelle un « recel successoral ».

Première possession disputée : une superbe propriété de plusieurs hectares posée sur l’île caribéenne d’Antigua, que Paul expose régulièrement sur son compte Instagram. Stella affirme que le fils unique du comédien est devenu propriétaire du domaine via une « donation déguisée dans des conditions obscures sur lesquelles il ne s’explique pas ».

Sur l’île, l’interprète d’À bout de souffle possédait aussi une société immobilière, New century development, qui a construit un vaste ensemble résidentiel valorisé à 93 millions d’euros par les deux sœurs. Une entreprise dont son fils avait reçu la moitié du capital. Florence affirme qu’il s’agissait d’un don rapportable. Mais Paul l’a contesté en produisant un acte de cession.

Dernier actif contesté : des parts dans la société de production de l’acteur, Cerito Films, vendue à Studio Canal en 1990. Selon Florence, le père avait donné au fils, dans les années 80, une partie de ses actions, estimée à 10 millions d’euros. Un autre don rapportable selon elle. Une affirmation démentie par Paul, qui assure avoir reçu ses titres de son grand-père paternel, le célèbre sculpteur Paul Belmondo.

Mais ce n’est pas tout. Le père et le fils avaient mis en place en 1990 une importante dette de Jean-Paul vis-à-vis de Paul. Lors de la succession, le cadet a donc pu demander le remboursement de cette créance, augmentant ainsi sa part d’héritage. En pratique, Paul avait signé devant notaire un prêt sans intérêts à son géniteur s’élevant à 66 millions de francs (10 millions d’euros), qui avait ensuite été prolongé jusqu’en 2025. Aujourd’hui, les deux soeurs affirment qu’il s’agissait d’un stratagème de leur père afin de favoriser leur frère. Pour Stella, cet emprunt est fictif et sans aucune logique : Jean-Paul venait de toucher le produit de la vente de sa société de production, tandis que Paul n’avait aucun revenu à cette époque. Selon Paul, son père voulait ainsi éviter que son fils dilapide son argent, et lui a ensuite remboursé 8 millions au fil du temps. Mais Stella rétorque qu’il n’existe aucune trace ni du versement des fonds ni de leur remboursement.

Enfin, hors héritage figure aussi une assurance vie, souscrite en 1994 et valant aujourd’hui 2 millions d’euros. L’inoubliable Professionnel avait prévu que cette somme aille pour 50 % à Stella, à 40 % à Paul et 10 % à Florence.

Dans un premier temps, le notaire en charge de la succession a établi en 2022 un projet d’acte de liquidation partage, selon lequel Paul devait déduire de sa part seulement 620 000 euros. Mécontente, Stella a attaqué en juillet 2023 en référé Paul, mais aussi Florence et le notaire chargé de l’exécution testamentaire. Elle demandait notamment la mise sous séquestre de l’assurance vie. Cette demande a été soutenue par Florence, au motif que ce contrat était le seul bien localisé en France, les autres étant situés dans un paradis fiscal, Antigua, avec « un risque important de disparition des fonds détenus par Paul ».

Le tribunal judiciaire vient de rendre un premier verdict en référé. Il a débouté Stella, la condamnant à payer 3 000 euros de frais de procédure à Paul comme à Florence. « Le caractère illicite ou illégal du dommage n’est pas démontré, indique le jugement. Les recels successoraux allégués par Stella et Florence Belmondo ne sont, en l’état, pas établis par les pièces versées aux débats ». En particulier, « les articles de presse, photographies ou extraits de vidéos télévisées versés sont insuffisants à prouver le caractère fictif du prêt accordé par Paul à Jean-Paul Belmondo ». Concernant la société immobilière à Antigua, les documents fournis « ne permettent pas de déterminer les conditions dans lesquelles Paul Belmondo a obtenu les actions ». Enfin, aucun document n’a étayé le don à Paul des actions de la société de production. Le juge ajoute que le fils détient actuellement un patrimoine immobilier estimé à 7 millions d’euros, ce qui couvrirait donc largement le montant de l’assurance vie.

Pour Carine Piccio, « la juridiction des référés a visiblement redoublé de prudence pour apprécier les preuves des accusations portées contre Paul Belmondo par ses sœurs, vu les sommes en jeu et la célébrité de la famille ».

Mais ce n’est pas tout. Stella a aussi attaqué en justice Florence, l’accusant elle aussi d’avoir reçu des « donations déguisées » devant être réintégrées dans la sucession, notamment deux appartements et un immeuble entier. La benjamine demandait à ce que son aînée mette sous séquestre 2 millions d’euros. Mais, là encore, le juge des référés l’a débouté faute de preuves, et l’a condamnée à payer 3 000 euros supplémentaires à sa soeur.

À noter toutefois qu’il s’agissait d’une procédure en urgence, où les preuves doivent être indiscutables et le dommage imminent. Les deux héritières peuvent faire appel, et ont aussi la possibilité de se lancer dans une action au fond. On n’en est donc sans doute qu’au début de cette âpre bataille…

Contactés, les avocats des trois enfants (Rama Chalak pour Stella, Nicolas Graftieaux pour Paul, Cécile Rebiffé et Grégory Dumont pour Florence) n’avaient pas répondu au moment de la publication de cet article.

[*] Une quatrième enfant, Patricia, est décédée en 1993

NB : l’article a été mis à jour avec des éléments de contexte et l’analyse de Carine Piccio