Offrez un coup d’avance à vos collaborateurs

Médias - Culture

Le groupe de supporters de l’OM n’avait pas le droit d’utiliser la photo du Che Guevara

Pendant plusieurs années, les South Winners ont utilisé l’image du révolutionnaire sur leurs produits dérivés. L’héritière du photographe Korda les a attaqués en justice, avec succès.

Photo
John Berry - Contributeur/ Getty Images

C’est l’une des photographies les plus connues de l’histoire. Pris en 1960, « Guerillero Heroico » d’Alberto Korda est un portrait du Che Guevera, symbole de la révolution cubaine. Plus de 60 ans après sa prise de vue, l’œuvre est au cœur d’une bataille judiciaire entre Diana Evangelina Diaz Lopez, fille et légataire universelle du photographe, et les South Winners, l’un des plus gros groupes de supporters de l’Olympique de Marseille. Pendant plusieurs années, ces derniers ont utilisé cette image du Che sur les écharpes, t-shirts, sweats et autres goodies vendues par la boutique de l’association.

« Tout le monde dans le Virage Sud (ndlr : la localisation du groupe de supporters dans le stade) était fier de porter le Che sur un t-shirt ou un sweat orange », nous raconte un supporter. Une « reproduction dénaturante à des fins promotionnelles » de la photographie de Korda, ont dénoncé Diaz Lopez ainsi que la société Legende Global, titulaire des droits d’exploitation, de reproduction et de diffusion de l’œuvre du Che. Estimant que le groupe avait tiré plus d’un million d’euros de chiffre d’affaires par an de ses produits dérivés, dont 75 % venaient des produits à l’effigie du révolutionnaire, les ayants droit ont attaqué en justice le groupe de supporters en 2015, leur réclamant environ 750 000 euros.

« Des chiffres lunaires, dénonce un ancien membre du groupe, ajoutant : Les South Winners se servaient de ce portrait bien avant que la famille Korda décide d’attaquer les utilisateurs de cette reproduction. »

En 2020, le tribunal judiciaire de Nanterre a donné raison à l’héritière Korda mais condamné les South Winners à régler une indemnité bien moindre que ce qu’elle escomptait : 12 000 euros pour atteinte à l’intégrité de l’œuvre, violation des droits patrimoniaux ainsi que pour indemniser les frais de justice. L’association de supporters a rapidement fait appel de la décision, estimant que le personnage du Che apparaissant sur ses goodies n’était pas la reproduction de l’œuvre de Korda, mais celle du peintre irlandais Jim Fitzpatrick, appelée Irish Che. Pour appuyer leur défense, les South Winners ont aussi argué que Korda, décédé en 2001, n’avait « jamais querellé de son vivant » l’utilisation de cette œuvre.

Dans un arrêt daté du 27 septembre dernier, la Cour d’appel de Versailles en a toutefois décidé autrement, et a confirmé en tout point le premier jugement du tribunal judiciaire de Nanterre, condamnant en sus les South Winners - qui n’ont pas souhaité nous répondre - à une amende civile de 2 000 euros. Une décision « pas assez ferme et peu dissuasive », estime Randy Yaloz, avocat des ayants droit. De son côté, le conseil des supporters Fabrice Trolliet dénonce une décision absurde. Dans un billet de blog consacré à l’affaire, il regrette « un acrobatique dévoiement mercantile de l’esprit de Korda », porté par ce qu’il considère comme l’« inextinguible voracité [de ses] héritiers ».

À ce jour, la boutique en ligne du club de supporters ne vend plus aucun article à l’effigie du Che Guevara. Pour ses tifos, ces animations visuelles proposées par les supporters dans les gradins, les South Winners sont désormais plus prudents. Le 6 novembre dernier, lors du match opposant l’OM à l’Olympique Lyonnais, ils ont déployé une autre photo de Che Guevara. Libre de droits on l’espère pour eux.