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Médias - Culture

La société de production de Cyril Hanouna tombe dans le rouge

Jusqu’à présent très rentable, H2O Productions (producteur de Touche pas à mon poste) a vu ses revenus baisser et ses coûts fortement grimper. Sa dépendance à C8 rend son avenir incertain.

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Lafargue Raphael / ABACA

Cyril Hanouna a-t-il mangé son pain blanc ? Longtemps, les émissions du trublion du PAF ont rapporté gros à sa société de production, H2O, derrière Touche pas à mon poste ou encore Face à Hanouna. Mais il semblerait que cette période faste soit révolue. Selon les comptes que l’Informé a pu consulter,...

La baisse du chiffre d’affaires, tombé à seulement 34 millions d’euros en 2023 (cf. graphique ci-dessous), explique pour une part la chute du résultat. À l’origine, ces revenus avaient été dopés en 2015 par le contrat en or de 50 millions d’euros par an octroyé par Canal+ à la société de Cyril Hanouna. Mais l’animateur ne parvenant pas à fournir le volume d’émissions suffisant, le contrat avec la filiale de Vivendi a d’abord été étalé, puis renégocié à la baisse. Selon le Parisien, il s’élève à 35 millions d’euros par an et court encore jusqu’à mi-2026. Parallèlement, « certaines productions ont quitté l’antenne, comme Balance ton post, arrêté en mars 2022 », précise-t-on chez H2O.

D’autres facteurs ont aussi pesé sur la rentabilité. D’abord, l’accord de cession de H2O au groupe Banijay de Stéphane Courbit signé en 2012 prévoyait que Cyril Hanouna reçoive une partie du prix d’achat de manière différée, en fonction des résultats ultérieurs - un système appelé earn out. « Une partie de ce complément a été versée en 2023, ce qui a augmenté les dépenses en salaires », explique-t-on chez H2O. De fait, la masse salariale a bondi de 12,5 millions d’euros en 2023, une hausse qui correspond à ce bonus. Cela s’additionne à la quinzaine de millions d’euros de cash déjà empochés par l’amuseur grâce à ce mécanisme, auxquels s’ajoutent des actions représentant 2,4 % du capital de Banijay. Hors cet earn out, la masse salariale de la société s’élève habituellement à 3,6 millions d’euros pour une vingtaine de salariés.

Dernière explication : les nombreuses amendes infligées par l’Arcom suite aux dérapages intervenus dans les émissions produites par H2O, pour un total de 7,6 millions d’euros dont 4,5 millions pour la seule année 2023. Certes, les douloureuses sont toujours payées par le diffuseur, à savoir C8, mais Cyril Hanouna a expliqué, lors d’une audition à l’Assemblée nationale, partager en partie l’addition : « Quand il y a une sanction, je demande aux dirigeants de Canal+ et C8 : ‘comment puis-je payer une partie de la sanction, et peut-être faire des efforts financièrement ?’ Ce n’est pas écrit dans un contrat, mais je ne laisserai jamais C8 prendre entièrement les sanctions. Ça serait fou de ma part de dire à C8 : ‘débrouillez-vous, continuez à me payer normalement’. Quand je prends les sanctions, c’est sur mes deniers personnels, c’est surtout ma société ou moi, ça a été beaucoup moi qui aie demandé à C8 de réduire mon salaire. » En pratique, « quand C8 a une amende, derrière, on est obligé de faire des prime time, des émissions en moins. C8 dit à H2O qu’on ne va pas pouvoir faire tel programme. H2O a toujours été impacté par les sanctions. C’est très pénalisant pour nous », a-t-il ajouté devant les députés. En outre, « nous avons eu des arrangements avec C8 en leur faisant parfois des rabais sur le prix de certaines émissions », ajoute H2O Productions auprès de l’Informé.

Les dernières années n’ont donc pas été simples mais l’avenir apparaît encore plus incertain. En effet, H2O Productions a actuellement pour seul client la chaîne C8, à qui elle fournit essentiellement TPMP, Face à Hanouna, Pascale Eric Yann et les autres, et coproduit Y’a que la vérité qui compte. Après l’arrêt de la chaîne fin février, la société créée et présidée par Cyril Hanouna « n’aura plus aucun programme audiovisuel à l’antenne, ni donc d’activité », expliquait une lettre aux salariés datant du 19 décembre et lue à l’antenne.

Certes, l’animateur a assuré travailler à deux plans B : une diffusion de TPMP sur le web et/ou sur CStar (chaîne de la TNT propriété comme C8 du groupe Canal+). Il a promis que cela permettrait de reprendre tous ses salariés actuels. Toutefois, l’économie du talk-show devra a priori être allégée. En effet, les recettes publicitaires d’une web TV restent encore très faibles par rapport à celles obtenues en télé. Quant à CStar, elle n’avait consacré que 12 millions au total à l’ensemble de ses programmes en 2023, et ses recettes plafonnaient à 25 millions. Sans nul doute, l’arrivée du bateleur du PAF dopera l’audience de cette chaîne musicale. Mais elle restera handicapée par sa 17e position sur la TNT, puisque l’Arcom a décidé de la maintenir à sa place actuelle, malgré une refonte du plan de numérotation prévue en juin.

H2O Productions a été créé en 2010 comme filiale commune entre Cyril Hanouna (49 %) et Havas (51%). En 2012, l’animateur avait racheté tout le capital pour le revendre ensuite à Banijay. Il avait gardé une petite participation qu’il a finalement cédée au groupe de Stéphane Courbit, détenteur aujourd’hui de la totalité du capital.

NB : les chiffres figurant dans cet article sont issus des comptes sociaux de H2O Productions, et n’incluent pas les filiales H2O Divertissement (16 millions d’euros de chiffre d’affaires et 37 salariés en 2023) et H2O Jeux (911 408 euros de chiffre d’affaires et 5 salariés en 2023).

Cyril Hanouna se diversifie

Cyril Hanouna veut élargir la palette de ses activités, déjà très étendue. Il vient d’ajouter à l’objet social de sa holding personnelle V2H (connue sous le nom commercial Hanouna Holding SRL) « la fourniture de prestations de gestion, d’exploitation, et de promotion de l’image de personnalités, incluant leurs attributs de personnalité ».  « Il s’agit de gérer l’image de célébrités, comme le fait un agent, mais c’est encore un projet », indique-t-on chez H2O. V2H détient déjà des filiales dans l’immobilier, des participations dans le cinéma (Darka movies), le cannabidiol (Califormi), les cosmétiques (Blackbox), ainsi qu’un mini-fonds d’investissement avec son avocat Stéphane Hasbanian (Hahapping).