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Médias - Culture

L’Equipe pouvait-elle quitter le kiosque Cafeyn ? L’Autorité de la concurrence saisie

Le kiosque numérique a attaqué le quotidien sportif suite à son départ en août 2022. Il accuse le groupe de presse d’avoir abusé de sa position dominante.

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STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Le conflit s’envenime entre le kiosque en ligne Cafeyn et L’Équipe. En août dernier, le groupe de presse sportive a retiré l’ensemble de ses titres du bouquet numérique, son quotidien comme ses magazines France Football, Vélo magazine et L’Équipe magazine. Cafeyn a beau commercialiser un large éventail de 1600 journaux (à 9,99 euros par mois), la perte est lourde pour cette start-up : 18 % de ses abonnés lisaient les publications sportives aujourd’hui disparues. Pour compenser, le service tente, depuis le mois de septembre, de développer une offre alternative, avec une agrégation de différentes sources comme BeIn Sports, Basket USA, Onze, le Parisien, Var Matin… Mais la jeune pousse met aussi tout en œuvre pour contraindre le groupe L’Équipe à revenir à la table de négociations. Affirmant que son ancien partenaire a abusé de sa position dominante dans l’information sportive pour mettre fin à leur relation, elle a porté plainte auprès du Tribunal de commerce de Paris. En première instance, le juge avait rejeté cette notion d’abus mais, selon nos informations, le mois dernier, la cour d’appel de Paris a décidé, elle, de demander l’avis de l’Autorité de la concurrence. Les sages de la rue de l’Échelle ont désormais sept mois pour rendre leur verdict.

« Le fait que la question ait été renvoyée témoigne bien de la nécessité d’y apporter un éclairage, assure à L’Informé un porte-parole de Cafeyn. Nous restons, quoi qu’il en soit, dans une position d’ouverture et de discussion, comme cela a été le cas depuis le départ. » Il souligne d’ailleurs que l’hebdomadaire le Point a fait son retour en janvier et que des discussions avec Ouest France et les Échos sont toujours en cours. Tout reste donc ouvert pour L’Équipe veut croire la start-up.

Pour faire pencher la balance de son côté, Cafeyn s’appuie sur une décision de 2014 de l’Autorité de la concurrence. À l’époque, elle avait constaté que le journal était seul sur le marché de la presse quotidienne nationale d’information sportive et se trouvait donc en position dominante. Mais aujourd’hui, L’Équipe estime cette analyse obsolète. Pour le groupe, le marché pertinent à prendre en compte va bien au-delà du seul papier et doit inclure les sites Web où la concurrence est forte avec Eurosport, RMC, Sports24, BeIn. Dès lors, son poids est moins important et sa position dominante n’existe plus… Or, le gendarme de la concurrence, lorsqu’il analyse le secteur, considère toujours les deux marchés, papier et numérique, comme distincts et n’a pas fait évoluer à ce jour sa jurisprudence. Contacté, l’éditeur, remonté, souligne que « l’avis de l’autorité sera sans incidence sur la sortie de L’Équipe. Il ne conduira pas à réintégrer Cafeyn quel qu’en soit le sens. »

La jeune pousse accuse aussi son ancien partenaire d’avoir abusé de son pouvoir pour renégocier son contrat. Aux différents groupes de presse, le site propose un minimum garanti pour pouvoir inscrire leurs titres à son catalogue, puis un complément en fonction du nombre de clics sur leurs parutions. Lors d’un renouvellement de contrat, L’Équipe a demandé une augmentation de 84 % de son minimum garanti par rapport au précédent accord. Le kiosque reproche, en outre, au quotidien d’avoir pratiqué des prix prédateurs lorsqu’il a vendu (pendant une durée limitée de 7 jours) sa propre offre numérique d’abonnement à 2,99 euros par mois début 2022. L’entreprise réclame à ce titre 12,2 millions d’euros de dommages. En juin 2022, le tribunal de commerce a rejeté ces accusations mais elle a réitéré ses demandes en appel.

Le sujet est sensible au moment où le journal sportif a enregistré une baisse de sa diffusion papier en kiosque (-12,8 % sur un an à la fin novembre) alors que son édition numérique a progressé (10,75 %). Selon les dernières données de l’organisme de contrôle et de certification de la diffusion de la presse (ACPM), il se vendait en moyenne 55 815 exemplaires du titre par jour sous format papier contre 135 069 en version numérique.


Les contrats entre Cafeyn et l’Équipe

- Décembre 2018 : accord pour distribuer L’Équipe contre un minimum garanti de 225 000 euros la première année et 300 000 euros la seconde.

- Novembre 2020 : alors que Cafeyn a repris le kiosque SFR, la start-up propose L’Équipe aux abonnés SFR pour un forfait de base de 1,4 million d’euros. Au-delà de 9,3 millions de téléchargements, le deal prévoit un complément de 0,14 euro HT par exemplaire lu.

- Mars 2021 : L’Équipe demande 3 millions d’euros par an pour poursuivre le partenariat. La start-up fait une contre-proposition à 2,14 millions d’euros, refusée.