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Continuer la lectureImpayés, acrobaties comptables… les dessous pas très chics de la Maison Gainsbourg
Malgré son succès populaire, l’établissement à la mémoire du chanteur est en difficulté financière. Charlotte Gainsbourg se retourne contre son partenaire d’affaires Dominique Dutreix.
En ce mardi 2 avril, tout va pour le mieux à la Maison Gainsbourg, rue de Verneuil (Paris VIIe). Du moins en apparence. Charlotte Gainsbourg apparaît tout sourire face aux objectifs et caméras, en compagnie de son fils, Ben Attal, et de la ministre de la Culture et maire de l’arrondissement, Rachida ...
En coulisses pourtant, point de sourires. Selon nos informations, l’établissement à la mémoire du chanteur est en fâcheuse posture, plombé par de graves dissensions entre la fille de l’artiste et son partenaire d’affaires dans le projet, le promoteur immobilier Dominique Dutreix.
C’est bien simple, la Maison Gainsbourg accumule les impayés. Au mois de février 2024, Arteum, le prestataire chargé de la gestion quotidienne du lieu (billetterie, communication, boutique…) a dû envoyer une mise en demeure : il attend plus de 800 000 euros, et l’échéancier prévu n’est pas respecté. Pas moins embêtant, EDF et la société de gardiennage, qui attendent aussi des règlements, ont menacé, il y a quelques mois, de cesser toute prestation. Des menaces qu’ils n’ont heureusement pas mises à exécution : sinon, il aurait fallu suspendre les visites du public…
Au total, selon un décompte arrêté fin octobre 2023, la Maison Gainsbourg a accumulé 1,65 million d’euros de dettes auprès de ses différents fournisseurs. Et ce, alors qu’elle doit déjà rembourser plusieurs prêts bancaires : elle a emprunté un total de 3,5 millions d’euros pour mettre sur pied l’établissement. Une situation pour le moins préoccupante…
Pour Charlotte Gainsbourg, un responsable : Dominique Dutreix. Pour créer la Maison Gainsbourg, la comédienne s’est associée à parts égales avec le riche promoteur immobilier. Son groupe familial, Coffim, fondé il y a plus de trente ans, revendique 5 500 logements en production sur 2023-2024. Mais le septuagénaire est aussi mécène et grand amateur d’art : La Gazette Drouot voit en lui « un collectionneur hors pair ». Son implication, à partir de 2018, dans ce qui deviendra la Maison Gainsbourg fut presque providentielle pour Charlotte. Depuis la mort de son père en 1991, elle rêvait du projet, sans parvenir à le faire avancer. « Charlotte Gainsbourg était désespérée, découragée de n’arriver à rien avec cette maison et prête à la vendre », racontait ce dernier au journal Le Monde, en septembre dernier.
Mais aujourd’hui, la rupture entre les deux est consommée. Un mandataire ad hoc a été désigné, et la situation de l’établissement se discute devant le tribunal de commerce de Paris. Selon une ordonnance de référé rendue fin mars, consultée par L’Informé, Dominique Dutreix a été condamné à renflouer les caisses de l’établissement à hauteur de 1,5 million d’euros.
L’homme d’affaires n’a pas tenu ses promesses d’investissement, a plaidé l’avocat de Charlotte Gainsbourg, emportant la conviction du tribunal. Selon leur accord scellé par écrit en 2019, elle apportait le bâtiment où avait vécu son père, et lui se chargeait, seul, d’assumer les financements. Il lui revenait de trouver les prêts nécessaires ou d’apporter des fonds propres, dont il obtiendrait le remboursement une fois la Maison Gainsbourg devenue bénéficiaire.
Au passage, le tribunal de commerce épingle les acrobaties de gestion de Dominique Dutreix aux manettes de la société. Ainsi son compte courant d’associé était débiteur de près d’un demi-million d’euros – une pratique interdite par le code du commerce et susceptible de poursuites pénales. Il a assuré avoir fait compenser la somme par sa holding personnelle, Coffim groupe. Un jeu d’écriture comptable validé par une lettre de Dominique Dutreix, président de Coffim, adressée à… Dominique Dutreix, gérant de la Maison Gainsbourg ! Le tribunal de commerce y a vu un « courrier de complaisance ».
Charlotte Gainsbourg a-t-elle péché par excès de confiance envers son partenaire d’affaires ? Selon l’ordonnance du tribunal, la société, créée il y a quatre ans maintenant, n’a jamais réuni son assemblée générale pour faire approuver les comptes, laissant l’artiste (pourtant officiellement co-gérante et associée à 50 %) dans le flou. Le siège social de la Maison Gainsbourg est implanté au domicile personnel du promoteur immobilier d’où, jusqu’à présent, il recevait et expédiait seul la correspondance de la structure. Au tribunal, la comédienne a demandé et obtenu l’accès à tous les documents.
De son côté, Dominique Dutreix avait sollicité l’ouverture d’une procédure de conciliation, arguant notamment de « la complexité du dossier et l’imbrication des relations interpersonnelles avec les relations d’affaires entre les parties ». La demande a été repoussée par le juge, dans l’attente du renflouement de la société par l’homme d’affaires. Interrogés, ni Dominique Dutreix, ni Charlotte Gainsbourg (contactée via son avocat) n’ont apporté de commentaires.
Une réponse de Dominique Dutreix
Dans un article intitulé « Impayés, acrobaties comptables...les dessous pas très chics de la Maison Gainsbourg » rendant compte du conflit judiciaire opposant Madame Charlotte Gainsbourg à Monsieur Dominique Dutreix, ont été publiées des imprécisions et des affirmations inexactes qu’il importe de rectifier :
1. Le pacte d’actionnaires prévoyait que le financement de l’opération serait assuré par des prêts bancaires et des subventions, ce qui a été fait et ce dont je me suis porté garant. Les factures des fournisseurs restant à payer seront payées par un prêt bancaire complémentaire.
2. L’article indique que « le Tribunal épingle les acrobaties de gestion de Dominique Dutreix aux manettes de la société. » en faisant référence à un compte courant d’associé débiteur. Ce compte courant n’étant pas débiteur, j’attire l’attention de vos lecteurs sur le fait que la décision du Tribunal est erronée, que j’en ai immédiatement interjeté appel et que je conteste toute acrobatie.
3. Les difficultés financières d’une société en cours de démarrage d’activité sont courantes et ne sauraient masquer l’immense succès de la mise en valeur de la Maison Gainsbourg à laquelle je suis d’autant plus attaché que c’est moi qui ai mené depuis le début jusqu’à l’ouverture le 20 septembre 2023 l’ensemble du projet (rénovation de la maison de Serge GAINSBOURG, transformation des locaux abandonnés au 14/16 rue de Verneuil en Musée Serge GAINSBOURG, restaurant piano-bar et boutique liée à Serge GAINSBOURG) avec une équipe composée des meilleurs spécialistes (architectes, bureaux d’études, décorateur (Jacques GARCIA) scénariste (Nathalie CRINIERE) exploitant du restaurant (Paris Society).