L'abonnement à l'Informé est à usage individuel
Un autre appareil utilise actuellement votre compte
Continuer la lectureLes Échos s’organisent après la plainte de Sébastien Lecornu sur la fuite du budget 2027
Dans un mail interne, le directeur de la rédaction liste à ses journalistes cinq règles à suivre pour protéger leurs sources suite au signalement effectué par le Premier Ministre au procureur après la parution d’un article. RSF s’inquiète d’une tentation de l’État de verrouiller l’information.
Branle-bas de combat aux Échos. Le quotidien économique est visé par un signalement du Premier Ministre au procureur de la République après un scoop du journal titré « Budget 2027 : l’épargne salariale dans le viseur du gouvernement ». Excédé, Sébastien Lecornu cherche à savoir qui est à l’origine de...
Voilà pour le message externe. En interne, le dirigeant s’est fendu le même jour d’un mail à toute la rédaction pour mettre ses troupes en ordre de bataille. Dans ce message, que s’est procuré l’Informé, il leur rappelle que la procédure « peut conduire les enquêteurs à interroger les journalistes ayant révélé ces informations. » Il égrène cinq « bons réflexes » à avoir pour éviter l’identification d’un ou des agents publics à l’origine de cette révélation. D’abord, il est indiqué de ne pas répondre aux questions d’un enquêteur permettant d’identifier l’origine de la fuite, tout en avertissant le service juridique des Échos. En cas de convocation par la police, la loi du 29 juillet 1881 sur la protection des sources doit être mise en avant et le reporter peut être assisté d’un avocat si nécessaire. Christophe Jakubyszyn recommande également à ses équipes de ne pas consentir à fournir les données de leur smartphone ou de leur PC (en rappelant l’arrêt de la Cour de cassation du 17 mars 2026 concernant l’ordinateur et du mobile du reporter de Warning Trading, Philippe Miller), et de s’opposer à la saisie de ces appareils en cas de perquisition à la rédaction ou au domicile des journalistes (en application de l’article 56-2 du code de procédure pénale). Dans ce cas, les objets saisis seront placés sous scellé fermé jusqu’à la décision d’un juge compétent, explique le mail. En dernier lieu, le directeur de la rédaction liste les choses à ne surtout pas faire, en rappelant que « protéger juridiquement une source ne signifie pas détruire des éléments susceptibles d’intéresser une enquête ». Il rappelle enfin que, même si « un fonctionnaire est soupçonné d’avoir violé son secret professionnel, cela ne justifie pas automatiquement des investigations intrusives concernant un journaliste. »
Interrogé par l’Informé, Matignon précise que l’objectif est avant tout d’envoyer un message en interne pour arrêter les fuites - le quotidien économique a toujours été très bien informé sur les projets de Bercy, particulièrement au moment du budget - et qu’il reviendra au procureur d’ouvrir ou non une enquête en utilisant les moyens jugés nécessaires. De son côté, Christophe Jakubyszyn souligne auprès de l’Informé qu’une telle procédure dépasse le cadre des Échos et pourrait concerner demain n’importe quel titre de presse.
Contacté, Reporters sans frontières (RSF) s’inquiète aussi de cette situation. « Nous faisons face à tous les niveaux de l’État à une tentation de verrouiller l’information, estime Thibaut Bruttin, directeur général de RSF. Que ce soit le Premier Ministre qui donne le la est particulièrement regrettable. » Le responsable de l’association juge la manœuvre de Matignon « grossière » pour faire taire des agents publics, et craint de voir étendre à l’infini des dispositions réservées jusqu’ici à la protection des secrets d’État ou au secret des affaires. Dans son dernier classement annuel des pays et de la liberté de la presse, la France pointe seulement en 25e position. « Ce signalement ne devrait pas être suivi d’effets. Mais si tel n’était pas le cas, alors nous n’hésiterions pas à nous mobiliser », ajoute-t-il.
Contacté, le procureur de la République n’a pas répondu à nos sollicitations