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Continuer la lectureLa mauvaise saga hôtelière de George Lucas en Provence
En 2017, le célèbre producteur de Star Wars a racheté un château varois pour le transformer en hôtel de luxe. Depuis, les ennuis se sont multipliés et les dépenses aussi.
Voilà une saga dont George Lucas se serait bien passé. Acquéreur d’un domaine provençal en 2017, le réalisateur et producteur de Star Wars y enchaîne les déconvenues. Son projet ? Transformer le Château Margüi en un superbe hôtel de luxe. Le milliardaire américain touche enfin au but - les premières réservations ont été enregistrées cet été - mais entre les travaux plus lourds que prévu, les retards liés au covid et les problèmes de déco, l’affaire a tourné au mauvais film à rebondissements : l’histoire aura demandé cinq ans et des dizaines de millions d’euros d’investissement.
Retour en arrière. Il n’y a pas si longtemps dans une région pas si lointaine, George Lucas débourse 8 millions d’euros pour mettre la main sur une belle bastide de Châteauvert, dans le Var. Le producteur n’est pas un padawan dans l’immobilier de luxe : à la tête de l’empire Skywalker Vineyards, il détient déjà Skywalker Ranch, un magnifique domaine californien, et Il Convento del Viandante del Cielo, un ancien monastère italien. En Provence, il s’offre là un ensemble de bâtiments, un terrain de 114 hectares et un vignoble de 17 hectares. Mais l’opération devient vite un gouffre financier. L’activité viticole ? Elle reste limitée : « Leur production bio labellisée AOP en rosé, rouge et blanc ne dégage pas de gros rendements car la parcelle est de taille moyenne et située dans une zone plus froide », indique Thomas Giroud, directeur du syndicat des vins Coteaux Varois en Provence. Surtout, l’homme d’affaires engage de lourds travaux pour transformer les lieux : création de quatre suites (des maisons indépendantes), d’un terrain de tennis, d’une piscine, d’un sauna, d’une salle de sport et de cinéma ou encore d’une salle de réunion de 18 places… l’artiste voit grand.
Il injecte 10 millions d’euros et prévoit de lancer son activité en 2019, pour atteindre l’équilibre dès 2020. C’était sans compter sur les mauvaises surprises de chantier : la qualité des fondations laisse à désirer, il faut les renforcer… « La société a terminé (...) la réhabilitation fin 2020 mais de nouveaux travaux de décoration ont été entrepris en 2021 en vue d’un démarrage à l’été, note Château Margüi, dans l’un de ses rapports annuels. Malgré les difficultés rencontrées, nous gardons cependant bon espoir face à l’avenir. » Malheureusement, nouvelle déception, le covid touche la France et bouscule, encore, l’agenda. « Suite aux difficultés de déplacements mondiaux sur la période estivale, la société a dû différer son début d’exploitation » et « la boutique et le domaine ont dû fermer leurs portes du fait du confinement », indique l’entreprise l’an dernier.
Avant la reprise, les pertes s’accumulent. Château Margüi enregistre plus de 2,2 millions de déficits pour un chiffre d’affaires de 744 000 euros en 2021 et la holding a, quant à elle, creusé sa dette vis-à-vis de son généreux propriétaire. Elle devait 41,15 millions d’euros l’an dernier à Lucas Hospitality Holdings, la société du réalisateur. Ce montant est près de trois fois supérieur à l’investissement initialement prévu. « George Lucas commence à en avoir assez de devoir remettre de l’argent au pot », confie un connaisseur du dossier.
Il s’agit pourtant d’une goutte d’eau pour lui : selon le magazine Forbes, sa fortune est évaluée à 5,1 milliards de dollars, depuis qu’il a vendu Lucasfilm en 2012 au groupe Disney pour 4,1 milliards de dollars. Dans la petite commune de Chateauvert, où on s’est habitué aux ballets d’hélicoptères, la présence du milliardaire américain n’est pas passée inaperçue. « Nous avons de bonnes relations avec le propriétaire même si nous avons eu un sujet concernant l’accès à l’eau, indique le maire du village, Serge Loudes. Le nombre de résidents double avec les touristes du Château Margüi, ce qui nous a obligés à chercher des ressources supplémentaires en eau potable. Mais il a accepté de prendre à sa charge les travaux jusqu’à 200 000 euros. »
L’établissement a été placé sous la direction générale de Yann Jouët. Contacté, le responsable n’a pas répondu à nos diverses sollicitations. George Lucas se fait également très discret et « préfère mettre en avant ses vins plutôt que sa personne », confirme un communicant. Les crus sont vendus à la boutique du domaine : la Cuvée Château (entre 16,5 et 22 euros la bouteille) et la Cuvée Bastide 1784 (entre 28 et 40 euros la bouteille). Des tarifs plus accessibles que l’hébergement : comptez une facture à six chiffres pour une semaine sur place.