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Grande conso

Whirlpool, Smeg, Miele, Darty… des centaines de millions d’euros d’amende en vue contre les géants de l’électroménager

Plusieurs fabricants et distributeurs sont soupçonnés d’entente sur les prix par l’Autorité de la concurrence. Celle-ci avait déjà condamné un premier cartel en 2018.

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MAGALI COHEN / Hans Lucas via AFP

Après le lavage, place à l’essorage. Fin 2018, l’Autorité de la concurrence (ADLC) a infligé 189 millions d’amendes à 6 géants de l’électroménager (BSH, Candy Hoover, Electrolux, Indesit, Whirlpool et Eberhardt), qui s’étaient notamment concertés sur des hausses de prix lors de réunions secrètes. Auj...

Selon nos informations, la conclusion de ce deuxième volet est proche, l’instruction du dossier étant terminée, et la douloureuse promet d’être salée : plusieurs centaines de millions d’euros d’amende vont être réclamées. Contactés par l’ADLC dans le cadre de la procédure, plusieurs grands noms de l’électroménager ont d’ores et déjà préféré négocier une fourchette de règlement. Le groupe Whirlpool qui avait été le plus sanctionné lors de la première entente de 2018, s’attend à payer cher ces petits arrangements avec les règles. Après des échanges avec l’Autorité, le fabricant a mis de côté 62,5 millions d’euros en attendant le verdict final, selon des éléments du dossier auxquels nous avons eu accès. Le fabricant Miele en a fait de même, pour 17,3 millions d’euros.

Le groupe chinois Haier (mis en cause au titre des marques Candy, Hoover et Rosières depuis leur rachat en 2018) a lui provisionné 39 millions d’euros. Chez l’allemand BSH (produits Bosch), qui avait bénéficié de la procédure de clémence et d’une réduction d’amende en 2018 pour avoir contribué à l’instruction, le risque a été évalué à 20 millions d’euros. La marque Smeg, connue pour ses frigos et grille-pains au look rétro est également dans le collimateur des enquêteurs et craint d’avoir à débourser environ 4 millions d’euros.

Coté en Bourse, l’industriel suédois Electrolux (AEG, Faure, Arthur Martin…) n’a eu d’autre choix que de révéler officiellement en 2023 avoir conclu un accord avec l’ADLC : en attendant la sentence, il a provisionné 56 millions d’euros (en grande partie pour ce dossier) l. De même, le groupe Fnac Darty s’est fendu d’un communiqué l’an dernier, annonçant « renoncer à contester le grief qui lui a été notifié par les services d’instruction ». Le groupe a sollicité le bénéfice de la procédure dite de transaction - il précise toutefois que cela « ne constitue ni un aveu ni une reconnaissance de responsabilité » - et provisionné 85 millions d’euros.

Ensemble, ces acteurs de l’électroménager se préparent donc à une amende de plus de 280 millions. Mais cette liste des fabricants et distributeurs n’est pas exhaustive, l’addition finale pourrait donc être plus élevée. Seb (Moulinex, Rowenta, Krups…), par exemple, a reçu des notifications de griefs mais a décidé de les contester de bout en bout, estimant avoir respecté les règles. Idem pour l’enseigne Boulanger ou le spécialiste des machines à café De’Longhi. Durant la procédure, des perquisitions avaient eu lieu chez la quasi-totalité des entreprises précitées, ainsi que dans les locaux français de Samsung, LG, de l’enseigne Pulsat ou du Gifam.

Cette entente pourrait vite figurer au Top 10 des sanctions infligées par l’Autorité

Dans le cadre de l’enquête, plusieurs acteurs ont été entendus au premier semestre 2024 par le collège de l’Autorité de la concurrence, ce qui leur permet notamment de faire valoir leurs arguments. L’autorité administrative indépendante travaille désormais aux derniers ajustements, autrement dit à la rédaction de sa décision, sans vouloir nous préciser la date de publication attendue. « Les amendes sont généralement calculées en pourcentage du chiffre d’affaires des lignes de produits concernées par les ententes, commente un ancien dirigeant d’une société du secteur. Ces sanctions vont faire mal aux entreprises, surtout que le marché est difficile depuis un an et les marges assez faibles. »

Les montants finaux devraient être très proches des fourchettes déjà négociées. Ils seront peut-être contestés par des opérateurs, qui ont la possibilité de faire appel. Mais dans ce cas de figure, le recours n’est pas suspensif, et l’amende doit être versée en attendant de connaître l’issue définitive du dossier, des années plus tard. Quoi qu’il en soit, le montant des sanctions avant recours pourrait propulser ce dossier d’entente dans le top 10 des plus grosses sanctions décidées par l’ADLC depuis 2009, le « palmarès » débutant à 250 millions d’euros. Contactées, les entreprises citées n’ont pas répondu ou n’ont souhaité faire de commentaires.