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Grande conso

À Courchevel, le fondateur de Grand Frais se croit tout-puissant dans son chalet

Denis Dumont voulait détruire un immeuble de la station pour le reconstruire en quatre fois plus grand. Problème : il n’a jamais demandé l’accord de l’autre copropriétaire. Et vient d’être à nouveau condamné pour obtention frauduleuse de document.

Denis Dumont, fondateur de l’enseigne Grand Frais
Denis Dumont, fondateur de l’enseigne Grand Frais CC BY-SA 4.0 /Marc Rochat

C’est une bicoque de 340 mètres carrés nichée dans la cossue station de Courchevel. Un chalet de huit appartements, un peu désuet avec son toit plat et son style des années 50, mais à la localisation idéale dans cette vallée où le foncier se fait si rare. Ces derniers temps, c’est surtout le théâtre ...

Mais reprenons au commencement. En trente-cinq ans de promotion immobilière, Denis Dumont a appris à flairer les bons coups. En 2019, il imagine alors aisément raser ce bâtiment vieillot pour y installer un nouveau chalet XXL de 1 450 m2. Chaque année, ses cinq appartements datés rapportent déjà plus de 50 000 euros de revenus fonciers à sa société civile immobilière, imaginez le potentiel avec quatre fois plus de logements flambant neufs… Denis Dumont dépose donc une demande de permis de construire valant permis de démolir « Altitude 1870 », le petit nom du bâtiment. Problème, notre homme néglige de prévenir l’autre copropriétaire des lieux et de recueillir son avis, sinon son accord. Un préalable pourtant nécessaire : en signant, le demandeur d’un permis de construire atteste « avoir qualité pour demander la présente autorisation » comme il est écrit noir sur blanc sur le formulaire. Ce qui n’est pas le cas de Denis Dumont.

Durant l’été 2019, une voisine des lieux passe devant le chalet et découvre, surprise, un permis de démolir placardé à l’extérieur. Monsieur Lecomte, qui ne réside pas sur place, en est averti... Et tombe probablement de sa chaise : lors de l’assemblée générale de l’immeuble tenue quelques mois plus tôt, aucun projet en ce sens n’avait été évoqué. Le propriétaire des trois appartements restants réussit à faire retirer le permis litigieux, et porte l’affaire devant la justice.

Pour l’homme d’affaires, la signature controversée visait surtout à figer les droits à construire, alors que le bruit courait à Courchevel d’une possible restriction à venir. Et le fondateur de Grand Frais, pour sa défense, assure qu’il n’a jamais eu l’intention de raser le chalet seul, puisqu’il lui fallait de toute façon l’autorisation de 100 % des copropriétaires pour le faire. Mais ses arguments n’ont pas convaincu : Denis Dumont et sa SCI ont été condamnés par le tribunal d’Albertville pour « obtention frauduleuse de document administratif constatant un droit ou accordant une autorisation ». Les sanctions financières ont été aggravées par la cour d’appel de Chambéry. Cette dernière a statué qu’« une peine d’amende (…) est une peine nécessaire et proportionnée à la gravité des faits qui lui sont reprochés, permettant de le sanctionner tout en évitant son incarcération et en préservant son insertion familiale et sociale ». Quant à la peine d’inéligibilité, ajoutée en appel, elle pourrait éloigner Denis Dumont de tout mandat public, mais rien ne dit que l’homme d’affaires, discret, en aurait chassé un. Ces condamnations sont, quoi qu’il en soit, en suspens puisqu’il a très récemment décidé de se pourvoir en cassation.

Le fondateur de Grand Frais a aussi investi dans l’hôtellerie de luxe

La lecture du jugement d’appel comporte toutefois quelques éléments remarquables. Auprès de la justice, l’entrepreneur a indiqué être père de deux enfants mineurs à charge, avec un crédit pour son logement sur le dos, d’environ 100 000 euros par an… Tout cela pour un patrimoine de « plusieurs millions d’euros ». Tout se joue dans la notion de « plusieurs millions » avancée modestement par l’homme d’affaires. Le magazine Challenges estime sa fortune à 700 millions d’euros en 2023. Et pour le mensuel suisse Bilan -pays où il réside- elle serait 2 à 3 fois plus élevée.

En attendant, Denis Dumont, qui fuit les caméras et micros -il n’a d’ailleurs pas répondu à nos sollicitations, tout comme son avocat- peut continuer à faire des affaires. Toujours propriétaire d’une partie de Grand Frais (après avoir cédé une majorité de ses parts au fonds Ardian) il s’occupe aussi d’immobilier de luxe, notamment à… Courchevel, via son groupe Alp’azur propriétaire de plusieurs hôtels haut de gamme. Durant l’été 2022, il avait échoué à racheter l’ancienne villa de Bernard Tapie dans le sud de la France. Une masure de 500 m2 sur les hauteurs de Saint-Tropez, vendue plusieurs dizaines de millions d’euros.